CHA.P1TRE XXIII
le savoir, à en ruiner d'autres. Venait ensuite le chapitre des appas de la princesse qui, quand loccasion et le secret la décidaient^ se mettait elle-même en circulation.
Quant à D' **, sa foi et sa ferveur étaient teUes^ qu'il n'y avait plus de remède à sa démence : d'ailleurs , quels risques courait un homme à qui il ne restait qu'un habit noir et un estomac ! J'eus à écouter ses argumens pour le plus illustre des hommes, et ses plaintes de l'inconvenance de mon procédé. U avait déjà toutes les arguties de son école, et je vis son cas désespéré. Je me bornai à l'assurance que de si magnifiques décou* vertes répugnaient à ma raison , en déconcertant la faiblesse de' mes orgaûes, et je le fis convenir qu'il fallait que je ne pusse pas la surmonter, pour abandonner une carrière si brillante. Il ne me comprit plus, quand je lui confiai que des trésors si immenses m'épouvantaient moins en? core que la vie éternelle : je la lui souhaitai. L'infortuné eût mieux fait de courir après elle , que d'aller en France chercher la mort la plus affreuse *.
Lord F**, fils du comte de D**, qui avait été en mesure de connaître l'alchimiste Saint-Yldro,
* Il fut massacre lentement k coups de baïonnette, danis un four où il s*était caché.
me donna des renseignemens qui me conduis!-^ rent aux premières traces de cet aventurier.
II était né dans une île de l'Archipel, et fils d'un Grec qui s'était enrichi dans le commerce des diamans : le fils avait fait des fredaines, et s'était enfui à Smyrne avec une poignée de perlas et de diamans , blancs , rouges , verts et jaunes. Il y avait connu un habile professeur qui l'avait dévalisé et l'avait payé par des leçons. Après avoir couru le monde, il vint faire se^ exercices en Italie, alors le théâtre naturel du charlatanisme. Il se lia, à Florence, avec une courtisane née pour le seconder : il en fit la princesse Irène. Quand il eut fait une abondante moisson dans ce pays-là, et dévoré les biens de l'Eglise dans la personne de deux cardinaux qui le dénoncèrent à l'inquisition, il vint à Londres, et ne resta pas longtemps chez un peuple sage. Je sais positivement que son immortalité était allé mourir (momentanément sans doute) à Carthagène. Sa veuve s'est retirée, pendant son absence, à Cadix : elle y cache ses diamans dans une utile obscurité, et cultive sous un autre nom la musique et l'amour : sa voix est son artifice , et ses yeux son sortilège.
Mon entrevue avec François I" me porta malheur. Quelques semaines après avoir eu l'honneur de lui faire ma cour, je fus atteint (je le