CHAPITRE XXIV
tort. Tout ce dont je me rappelle parfaitement , c'est qu'il y mit un emportement excessif, sur lequel je renchéris, en présence du baron de Batz * et du comte D'**^. Si M. de La C** eût été
* Pierre-Louis ; baron de Batz , né en 1 755 , grand sénéchal du pays et duché d* Albret , député de la noblesse de Nérac aux États- Généraux de 1 789 , siégea au côté droit , s^occupa plus particulièrement des finances , fut même appelé à en délibérer dans les comités , mais n'en attacha pas moins son nom aux protestations des la et i5 septembre 1791 contre les innovations faites par l'Assem* blée nationale. Après Ja Session , il sortit de France et y rentra bientôt pour servir en secret la cause des Bourbons. Une note de Louis XVI, trouvée dans les papiers saisis aux Tuileries dans Tarmoire de fer indique la nature des services qu'il rendait alors à ce prince j on y lit ces mots de sa main, à la date du i^r juillet 1791 : « Retour et parfaite conduite de M. de Batz , à qui je » redois 613,000 francs. » Il sortit de nouveau de France, après la journée du 10 août , revint à Paris au mois de janvier 1793, conçut le projet de délivrer le Roi , projet qui eut un commencement d'exécution ; puis travailla aussi à sauver la Reine et ne fut pas plus heureux. Il avait cru ne pouvoir réussir dans ses entreprises qii en s*insinuant dans Tintimité de plusieurs membres influens de la Convention et de la commune de Paris ; plusieurs fois il feignit même de s*associer k leurs principes et à leur langage. Ses desseins ayant été pénétrés en partie, les Comités de sûreté générale et de salut public réunis le signalèrent , dans un rapport plein d'incohérence et d'exagération, comme le chef de la conjuration dite de Batz ou de l'étranger , et même comme tenant dans ses mains tous les leviers destinés à renverser la république Le fait est que toutes les personnes arrêtées comme ses complices portèrent leur tête sur l'échafaud, et que lui seul, bien qu*il ne sortit point de Paris tout le temps du régime de la terreur, parvint )k se soustraire à la mort. Compromis dans de nouvelles intrigues politiques, par suite des événemens du i3 vendémiaire (5 octobre 1796 ) , il fut enfermé alors dans la prison du- Plessis , et dénoncé le 9 juin 1796 au Conseil des Cinq-Cents par Tallîen , comme un des plus vils suppôts de la royauté et un des agens de la terreur; mais, parvenu dans cette entrefaite à s'évader de sa pri-
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un curé de campagne, j'aurais pris un tout autre parti , mais avec un homme de son nom , et qui avait été à la veille d'être colonel de dragons , il fallait concilier de doubles bienséances.
Le comte d'Egmond, lieutenant-général, chevalier de la Toison d'Or , était alors à Aix-la-Chapelle. C'était un homme d'une loyauté citée , qui , après avoir eu toute sa vie l'énergie de mille belles qualités, avait fini par une de ces faiblesses communes aux héros et à ceux qui ne le sont pas : un attachement peu judicieux, suivi d'un mariage plus inconvenant encore.
If thou not rememberest the slightest foUy That love niade thee fall into , Thou hast not lov'd.
son , il se réfugia de nouveau en pays étranger. Sous le gouvcr^ nement consulaire il rentra en France et fut signalé derechef à la police comme agent de la Maison de Bourbon ; mais il eut encore Tadresse de se soustraire à toutes les surveillances , ce qui donna lieu de croire qu'ayant eu quelques entrevues avec le ministre de la police , Fouché, sa sécbritélui avait été garantie. Après la restauration , il fut nommé successivement maréchal-decamp, chevalier de Saint-Louis et commandant du département du Cantal ; il est mort d'apoplexie dans sa terre de Chadieu , près Clermont en Auvergne, le i«' janvier 1822, avec la réputation d*un homme singulièrement actif, ingénieux, souple , fécond en ressources , mais dont l'activité ne s'est point élevée au-dessus d'intrigues subalternes et occultes. U est à craindre que l'Histoire ne le range parmi les mille agens secrets enfantés par la révolution, et dont les opérations, pqur être appréciées , auraient besoin d'être mises au grand jour dans des Mémoires sincères, sous peine de paraître louches et ambiguës, aux deux partis opposés.