CHAPITRE XXIV
Vil Un homme d'un véritable mérite tombé , vers sa fin, dans les filets d'une vieille intrigante * qui le laissait sans excuse aux yeux de ceux qui la regardaient.
Oublierais-je combien il était curieux d'entendre alors tous les rêves de l'émigration? il ne s'agissait de rien moins chaque semaine, que d'en-trer en France la semaine suivante , de pardonner à une certaine classe, d'en punir une autre, de donner au Roi un ministère assez vigoureux pour le sauver, le reste du règne ^ de sa propre faiblesse, d'organiser l'armée sur des bases d'une tout autre profondeur, de mulcter Paris en changeant le alége du gouvernement, de le transporter à Lyon, ou ailleurs^ etc. etc. Innocens châteaux en Espagne ! vous consoliez dés hommes qui avaient tout perdu , et qui ne devaient plu^ retrouver, la plupart , qu'une tombe sur un sol étranger ! Le dérangement des têtes était tel que je fus blâmé sans, ménagement, pour avoir osé dire que M"* de Maintenon (dont on parlait je ne sais plus comment ) avait été la tache du règne de Louis XIV, de ce roi que personne, plus que moi, n'est prêt à nommer grand. On m*écoute avec tous les signes de l'indignation, et M. de Rabo-
* Min« de Cassini , dont il a déjà ëté question, et qui nous paraît traitée ici fort sévèrement^ et peut-être à cause de Tâge qu'elle avait alors, par l'auteur de ces Mémoires.
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danges, sortant du salon en même temps , s'écria dès le haut des degrés : « Vous avez commis une 9 faute impardonnable. Je ne puis concevoir que
30 pensant avec sagesse^ comme nous le savons > tous , vous ayez attaqué uw mémoire qui tient 4 de si prèa à celle d'un de noç plu^ grands rois. » Toutes ce9 thèses*là sont ^ocr^^, jeune homme ; » et il n'est pa$ permis dans ces temps, à un xr Français fidèle , de les discuter.
» M*^' de Maintenon sacrée , lui dis-je ; et le » père Le Tellier ?
» Aussi , me répondit^il.
» £h bien , repris-je , je vous le passe ; mais ne » vous avisez pas de parler mal de M"*' de Pomn padour et du duc de la VrilUère... Je vous dé-
31 noncerai surtout , si je vous entends jamais » vous expliquer légèi*ement sur le compte de » feu Louis XIII
» Voilà, cria-tril en cachant son visage de ses » mains ^ des plaisanteries bien indécentes pour » qudqu'un d'aussi /wr que vous! »
Honaéte gobe-mouche!
Certes I c'était bien de cçla dant«>il s'agissait pour refouler ce torrent que vous aviez laissé débcnrder. Mais, lecteur, je \q\xk penser un Itioment pour mon compte.... restez assis, si vous ne voulez pas me suivre.... je veux céder au plaisir de me dire (surtout aujourd'hui qu'il y a
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une Ugue * pour louer en masse et sans examen tout ce qui porta les livrées de l'hypocrisie religieuse ) combien c'était une vilaine femme que cette M""* de Maintenon! je puis d'autant moins réprimer ce désir, que je sors délire des Lettres et Mémoires où tout ce qui peut l'honorer est entassé avec affectation , où tout ce qui servirait v 4 }a faire connaître , est retranché avec partialité , ou dissimulé sans pudeur. On n'ose pas y dire tout-à-fait, qu'elle n'eut jamais d'amans, mais on insinue qu'il est plus que vraiseinblable qu'elle (ut exempte de cette faiblesse , et qu'il serait impossible d'en nonoimer un avec certitude.
<c Mange;ii un veau , monsieur, et soyez juste ! » disait le duc de Montausier à M. le Dauphin qui s'excusait de manger de la viande un vendredi...
« j^^ez des hommes , ma bonne amie , mais »ne les persécutez pas, ne les trompez pas, ]» ne les inmiolez pas à votre ambition , à » votre désœuvrement , k votre hypocrisie : » n'employez pas un vil manège gour sortir , au
* Dans les Ânnâieg de la t^rtu , de Mf*^ de GenUs, femme aussi remarquablç aujourd'hui par sa religion et sa piété , qu'elle le fut jadis par ses grâces un peu profanes j on trouve dans ses abrégés • chronologiques , tel roi , qui fut un héros et qui gagna des ba^ tailles , cit4 seulement pour avoir bâti une chapelle ou fondé un couvent de Allés. M<ne de Geulis y voyait mieux que cela autrefois. Ses lunettes ne yalent pas ses yeux , . . . mais elle croit que cela fascine les nôtres. ( Note de VAulew. )
^2 MÉMOIRES DE TILLT.
7> nom du ciel , de la place où il vous a fait naître^ » soyez juste avec eux jet avec vous-même. » Voilà ce que je vous dis , moi ; et ce que vous répéteront tous les honnêtes gens de tous les pays , et la plus distante postérité.
Ninon, revenez nous dire ce que vous en
savez? venez confondre le panégyriste vous
avez vu plus clair que lui dans cette affaire.., elle fiit votre amie... vous fûtes sa confidente.... lous lui prêtiez votre maison sans préjudice du courant... Toute dissimulée qu'elle était, ce fut une femme.... Elle aura parlé avec vous... la première fois, au moins. Le cœur le plus serré n'est jaçiais en amour, ou dans l'acte qui lui ressemble, entièrement sur ses gardes. Tillarceaux , Miosans , Vardes , Richelieu , reparaissez parmi nous , et dites-nous cette vérité qu'il est si indifférent de connaître. Roi qu'elle abusa, dont elle avait séduit les niinistres avec lesquels elle s'entendait pour vous égarer, vous ne dissimuleriez pas vous-même, sî vous triomphiez du sépulcre, qu'elle seule obscurcit la fin de votre règne immorteL Victimes de son intolérance (quoiqu'elle fut née dans votre communion ), revenez donner le démenti aux écrivains qui l'adulent. Généraux , grands du royaume, obligés de vous prostituer devant cette vieille sibylle *, princes et princesses
* La respectable M»» de Genlû dit dans ua de ^^^ romans ou