‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 33 sur 95 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

plier? Veut-on lire ce que la sensible M* 'de Main tenon écrivait au duc de Noailles? « M"** de » Mantoue est à Vincennes : elle verra , je crois , 9 le Roi dans ma chambre , quand son exil sera »fini. On dit qu'elle est embellie et fort sage; » du re^te elle est princesse , lorraine , et inutile , » on commence à la décrier. » Jusqu'ici cela passe encore!

Lisons une autre lettre à ce même duc de Noailles , qui valait mieux que sa tante, ce M"''' la » duchesse de Mantoue , est dangereusement » malade, elle ne ferait point mal de mourir; elle » est embarrassée et embarrassante. Avec tout » cela a-t*on des raisons de vivre ? »

De qui parles-tu là, antique mégère, tache de la vie privée et publique de Louis4e-Grand ! c'est d'une princesse vertueuse et sage (tu en cooviens toi-même), belle comme un ange, morte dans sa vingt-cinquiènie année!... Tu lui conseilles la tombe!!... et toi, fardeau, visîr en corqçttes, élevée de la poussière sur un trône que tu as ébranlé^ dpnt tu déshonores le souvercân dans tous les jiges , quelles sont tes raisons pour vivre ?

Je n'en vois d'autre pour ta naissance et pour ta longue vie , que l'inexplicable fatalité qui régit le monde, qui donne, de temps à autre , à l'univers, de singuliers spectacles : je ne concilie ton

existence et ton élévation qu'avec la supposition d'un de ces mauvais génies qui dégradent le» plus grands rois à une époque préarrétée, et mûrissent la chute des plus grands Empires powr un certain avenir.

J'ai écrit tout ce paragraphe , d'indignation : je jette la plume, mais je ne l'effacerai pas; dussé-je me brouiller avec tous les Rabodanges * du monde.» Voilà, m'aurait dit un petit abbé S***, auteur d'un bon ouvrage qu'on dit qu'il n'a pas fait, mais qui était alors à Aix-la-Chapelle ; voilà, m'aurait-il dit, s'il avait lu ce morceau, « une de » ces diatribes qui ôtent des preneurs à un ou- » vrage. J'ai assisté à plusieurs de vos lectures **, » monsieur ; vous avez un style brillant et nerveux, » vous peignez à grands traits ***^ mais permettez- » moi de vous dire, que vous plaisez à peu de » gens, parce que vous devisez pour tous les partis.

» — J^écris pour la vérité, ou , du moins, pour » ce que je prends pour elle , l'abbé.

» — Notion erronée , monsieur : dans un ou- » vrage de ce genre , conmie dans une assemblée » délibérante, il faut prendre un parti, s'y jeter » tout entier, fiit-il mauvais, et ne jamais dévier » de la ligne adoptée.

* Maréckal-de-carap , brave officier, homme de qualité, et , qui plus est, homme d'honneur.

** Histoire complète de la jRévolution, brûlée complètement. ^*^ Je n*étais pas obligé de Ten croire^ ni mes lecteurs non plus«

Page 1