‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 34 sur 95 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

» — Il y a bien peu de droiture et d'élévation j> dans un tel plan.

» — C'est pour cela qu il en réussit mieux. »

C'est ainsi que tout constatait que la révolution était faite pour des gens qui ne la méritaient pas , contre des hommes qui la méritaient bien.

Venait un autre oWginal, un M. Senac de Meilhan , ancien intendant de Valenciennes * : « Tai eu de longues conversations avec le Roi, » me disait celui-là; j'étais presque parvenu à lui » Éadre goûter mes idées. L'Etat allait être sauvé, * c'était tout ce qu'on pouvait demander à un » homme de génie : on me préféra un homme » d'esprit, M. de Calonne, et la monarchie s'é- » croula. Quand nous rentrerons, il faudra en » revenir à moi. »

Ce bonhomme s'était mis au lit Ipng- temps avant de mourir, et n'en sortait plus; ce fut là son meilleur ouvrage , quoiqu'il en eut fait beaucoup d'autres. Un orgueil aussi sérieux, un amourpropre aussi tranquille, n'ont point été surpassés : leur trouver un objet de comparaison exacte, serait une tâche difficile.

Rivarol qui fut un géant , comparé à celui-ci , est le seul orgueilleux qu'on eût pu lui opposer.... Non que je conseille , malgré les idées communes,

* Dont il a déjà été question dans le tome i^'' de ces Mémoires,

la modestie aux gens d'un grand talent;.... justice leur sera faite après leur mort; mais neuf sur dix y .seront attrapés durant leur vie. Cette modestie si recommandée ressemble à ces monnaies d'un ancien coin, qu'on conserve comme les médailles 9 mais qui, lorsqu'on s'en âert pour payer, perdent beaucoup sur la place.

Je ne passerai point sous silence un trait de ce M. de Meilhan ; un moraliste y trouvera une preuve de plus de cette éternelle vérité : que les passions de la faiblesse et dé la nullité sont plus dangereuses que celles de In puissance et de la force, et que l'hypocrisie a plus d'inconvénicns ^ que le vice qui n'a ni précautions ni pudeur. Un imprimeur de la ville avait une très -jolie femme. Nous l'appelions M"' de la C**, parce qu'elle lui ressemblait. sEUe était galante aussi ; mai» je tie crois pas qu'elle se soit remariée, son premier mari vivant. Cela dépend du goût, et du degré de vigueur qu'on a dans le caractère ; et quand c'est pour épouser son amant, c'est un acte d'édification. Plusieurs de nous avaient été heureux (je parle de la femme de l'imprimeur), et n'avaient eu aucune raison de se plaindre. Une femme honnête a bien de la peine à rencontrerun amant discret : celle qui s'abandonne à plusieurs, espère-t-elle un secret dont sa conduite semble dispenser, quoique rien ne dût en af-

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