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de ma narration, elle s'indigna de l'atrocité de son accusateur. Elle m'avoua l'avoir reçu deux fois, en tout bien, et tout honneur; qu'il l'avait persécutée pour des horreurs qui l'avaient fait frémir. Il s'était jeté à ses genoux , lui avait offert tout ce qu'il possédait au monde pour prix de sa complaisance de le châtier; il avait surtout imploré comme le necplus ultra du bonheur.... un, coup de couteau!!! Humains! déplorables humains ! EUe Tavait assuré qu'il la navrait de terreur, et que, si lui ou son couteau reparaissaient chez eUc , elle braverait toutes les conséquences et ferait une déposition à la police. Furieux, et tremblant d'être démasqué , il crut , par le plus mauvais de ses romans, effrayer des hommes aussi faibles que lui , et leur dérober un secret qui n'aurait vraisemblablement pas été trahi, sanç les précautions fqu'il prit pour le cacher. Plusieurs personnes l'en plaisantèrent , plus ou moins indirectement : je confesse que je ne trouvai point à cela le mot pour rire , et que je le pris en aversion.
De quoi n'est pas capable le cœur de l'homme corrompu par les inventions sociales? Tu te pavanes ! sois humble , qui que tu sois !Les bêtes de la création que tu as soumises à ton usagen'ont pas de plus détestables penchans que toi! L'intendant se consola par une définition du luxe, que lui
Sa MÉMOIRES 1>E TILLY.
seul , idisait-il , avait trouvée ; et par une traduc*tion de Tacite, que personne ne pouvait traduire que lui. Il avak même pris ('engagement d'être plus concis. Ce que j'en ai lu n'était pas supportable, à quelques contre-sens près, qui en faisaient chercher et bientôt trouver d'autres. J'avais long-tetnps opposé mes poumons aux siens ; mais depuis la sale découverte que j'avais faite, je m'éloignai de lui : il y a une sorte de mépp>s qui défend même de railler celui qui en est l'objet. Je le laissai donc aux prises avec un personnage de comédie, dans un autre genre, le digne pendant du marquis de Tuffières ; mais celui4à était un homme d'une loyauté reconnue et d'un honneur chevaleresque : c'était un glorieux, dana Tacception la plus rigoureuse de ce terme; mais cet orgueil divertissant l'avait préservé de la moindre tache, et avait été un point d'a^ui dans sa vie^ à la hauteur des notions un peu exaltée^ qu'il s'était faites de la dignité d'un grand seigneur. C'était le comte d'Escars.
Une coiffure d'un goût soigné et mousseux ornait un visage effilé, et superbement goguenard; un habit étriqué et court, veste brodée; breloques antiques sur une culotte d'une couleur tendre; chaussé dès l'aurore avec la petite boucle , d*or sur le coude-pied; petite bourse, vulgairement nommée crapaud y liée au sommet de la
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nuque; caqne à prétention , chapeau sous le bca* à la brigadière ; col de batiste plissé où se jouait un petit (diamant qui rappelait de loin XœUnien bœuf; 1(6 cordon bleu bouffant sous la main qui s'agitait dans la veste; la démarche cadencée d'uft hoi:pn9e qui marche pour le public ^ toute Feoco^ lure d'up courtisan maigri qui a perdu son den-» nier procès; parlant avec le tremblotement d^unfi hésitation coi^fidentielle ; gesticulateur noble; s'arrét^jt d^%, fois dans cinquante pas, pour vous insjlimer du ppuce et de l'index le sens de chacpie phrase : jiQdépendamment de tout cela, le plus galant hQ^}me du mondes; parlant très*pertip nemment de tout; sachant la bonne chère et la chimie d'un dîner icomme sa généalogie et son Horaqe, et gourmand comme devait l'être cdui qui oçcup^iit upiiQ plaça telle que la sienne dans la Maj^on du roi d/e France.
Veut-on J'entendre? , ■ t
<( l4'aliiaj[)pç que uous avons eue, il y a quatre i> cents ans avec la Maison royale , ne fait tort ai ») à çu;x, ni à nous..... On a été d'une injust^ise'^ » parf^te ^vec MM. de Noailles : la rapidité » de leur faveur moderne a excité le déchaîne*
^ Ce qui çst très-vrai. MM. àfi No^ilUs sont des gen$ .de qoar lité de nom et d*armes : qu'un Noailles ait été ou n'ait pas été ofEcier dans la maison de Bouillon , alors princes souverains 4e SedaQ ,. cjfeçi P9 péjuge rien sur le fond de la chose.
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» ment de l'envie : on vdus en a fait dés genà y> d'hier , pendant qu'ils sont d'autant mieux gens » de qualité qu'ils nous appartiennent. Ils sont yi parfaits en Limousin, et viennent, saHs diffi-
i>. culte, après nous » Et puis une dtation
d'Horace, et puis une autre de Tacite : sachant beaucoup mieux le latin que le pédantesque Meilhan. Son brave frère le savait aussi bien que lui.
Ce derniei» était entré , depuis la révolution , officier-général au service d'une puissance qui a succombé sous les légions victorieuses du conquérant du monde. Jamais un homme ne fut plus obligeant , plus prêt à rendre service que lui : singulièrement instruit , excellent juge aussi d'un bon dîner eft d'un bon livre , brave officier , et ayant aimé si passionnément autrefois son métier, qu'il l'avait fait haïr à ceux qui avaient servi sous ses ordres. 11 a eu le bon esprit de rentrer dans son pays (d'où le meilleur parti serait de ne jamais sortir), avant la chute de celui qu'il avait adopté par la force des circonstances, et dans lequel il n'avait pas toujours été traité avec la distinction qu'il n'a jamais cessé d'y mériter. Mais dans quel pays de l'Europe a-t-on mis de la recherche et de la coquetterie avec les Français qui s'étaient expatriés ?
J'avais passé trois mois à Aix-la-Chapelle; c'était
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«assez; je retournai à Bruxelles : c'est une ville qui.^ sans offrir des agrémens du premier ordre, ft cependant bien d'autres ressources. J'y connaissais 9 d^ailleurs ^ beaucoup de monde^ Je m'y liai, particulièrement, avec des Anglais; ce qui ne manque guère d'arriver à un Français quand il en rencontre sur le continent , malgré l'ani'mosité innée des deux nations qui s'estiment sans s'aimer. La liaison qu'on forme a toutes les apparences d'une amitié durable , tandis. que tous deux savent qu'elle ne résistera pas au passage de la mer. Que si quelquefois il en arrive autrement, c'est alors un sentiment d'autant plus solide qu'il a fallu dompter plus de préventions pour l'établir. J'ai même fait une remarque , c'est que les hommes distingués des deux nations sont plus prêts à se rendre justice que les admirateurs pasr sionnés de l'une ou de l'autre , qui ont tellement adopté l'un des deux peuples, qu'ils louent ^0£^ avec enthousiasme chez l'un^ comme ils dénigrent tout avec fureur chez l'autre» Leurs préjugés sont à une plus grande profondeur, leur partialité plus exclusive ,. que ceux d'un Français , ou. d'un Anglais éclairé. Cela s'explique aisément. L'étranger qui a pris ce degré d'engouement pour la France ou pour l'Angleterre (les Anglais sont évidemment sur le déclin aujourd'hui, et la balance est toute en notre faveur ; mais j'ai em-
cbire vu l'Europe divisée*) est un homme qui se regarde pour ainsi dire sans patrie, et qui n^esttme pas la sienne ) qni â'est attaché avec fureur k celle que ses opinions lui ont élue ; qui ti'aintfé tant l'un de ces pays, que parce qu'il €bcéci*é l'autre^ et qu'avee peu d'esprit et de libéralité, vraisemblablement^ tout habitué aux usages et aux mœurs d'une des deuit mtiofis , il a titi cerèle •d'idées tiro|]l étroit pour se ployer k d'âuti*es coutumes i Un sens trdp borné pour triompher dés |tréjugés inculqués peut -^ être dès kon enfànôé, une âme quelquefois impressionnée par Une pfezùi^e amitié oii par un premier Urtiout*, dans Paris ou dans Londres; et qu'enfirf tin sentiment tuke foiâ reçu sans examen , une idée fixe sut'totit, ressemblent à un long mensonge qû'dii finit par prendre pour la vérité. Non qu'il ne soit trèsfiimple qu'un mandarin ou tm boyard ait tinè préférence pour l'Angleterre ou pour la France : je ne Êds allusion qu'à ces prônetirs îiitôlérans et maladroits qui feraient haïr l'Elysée , s'ils ehtreprenaient d'en faire l'éloge.
Je revis chez; le chevalier de R**, le seigneur lima, de Bruxelles, une comtesse de G***,insignifiamment belle. Il faisait pour elle quelques folles d'argent, avec la sagesse d'un homme qui
* Qu'on 8e rappelle qite ceci a été écrit en i8q5.
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sait compter : il s'en croyait aimé, et était effectivement adoré comme les gens de soixante ans le sont d'ordinaire. Elle a^vait d'abord le besoin de le trpnipcir ^ et J€| me fis; prcnupte^ment son complice : n'étant pas femme à le braver » elle me quitta au premier soupiiçoti qu'il en eut , avec un flegme si flamaud,^ qu'il eût été impossible de dire lequel de nous deitx elle levait le plus méprisé.
Cette bluëtte n'était que l'exorde d'un amour eh formes^ dont les conséquence^ faillirent d'être tragiques: L'obligeance dé l'bomme en qui rendait temp0i*airei£lent toute l'autorité ^ ne fut rien moins que nécessaire pour txxe tirer d'une trèsenibarrassantè situation. Çett^ passion , qui prit siir moi trop d'etnjwre^ me fit courir les terres et leis mers, me fut préjudiciable sôus plusieurs rapports, absorba uniquetnent toutes mes pensées, devint , pour quelque temps, mon intérêt unique, et me remit, plus dé^oùcupé où elle m'avait pris. Le tortm'en appartint tout entier, et jamais on n'eut plus de peine k se donner pour fiaira une faute. Il faut avouer pourtant que celle avec qui je m'égarai, justifiait par sa grâce, par tous les charmes de sa personne , toutes les folies où je l'amenai, et dans Jesquelle^ je fus entraîné par elle. /
Il y avait à Bruxelles une Comédie française très-passable.
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Cétait d'assez beaax yeux pour des yeux de province.
Tout ce qui venait assidumei^t dans la loge du duc d'Aremberg ( et le prince Louis d' Aremberg en avait donné Pentrée à presque tout ce qu'il connaissait) 9 avait été frappé comme moi de la beauté vraiment céleste d'une jeune personne , qu'Hun Anglais accompagnait tous les soirs au théâtre. Elle semblait âgée de dix-sept ou dix-huit ans, d'une tournure plus séduisante encore que sa beauté même. Qui était-elle? c'est ce que nous voulions tous découvrir. Mais je pensai qi^e le meilleur moyen de la connaître était de l'enlever , une fois pour toutes , à son éternel Argus. Je m^appliquai donc, à m'en faire remarquer, en la forçant de voir combien je m'occupais d'elle. Je voulais aussi qu'elle observât que toute ma réservenaissait de la seule crainte de compromettre son repos devant son père , son oncle , son tUfteur , tout ce qu'on voudra que fut ce monsieur qui ressemblait à tout le monde. Quand je fus sûr ' d'avoir été compris , j'attendis avec impatience le jour où elle ne serait accompagnée que d'une femme d'un certain âge , qui , depuis quelque temps, remplaçait parfois le Mentor. Malheureusement il pleuvait comme si toutes les cataractes du ciel eussent été ouvertes. Je l'attendis néan-^