‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 40 sur 95 · CHAPITRE XKIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XKIV

du tombeau plait davantage , quand il avait Un peu commencé par plaire. Rien de si tendre , de si sensible, et de si neuf, que ce qui fut dit et soupiré de part et d'autre, pendant une heut^ Je profitai de cette émotion pour proposer de ne plus nous séparer. On hésitait. Gomment faire avec un tuteur investi d'une autorité sans bornes, qui se mettrait en mesure de réclamer partout sa pupille ? Je serais poursuivi pour rapt ; je n'échapperais point à la vengeance d'un homme qui aurait pour lui le droit et la raison , et la rage d'un amour désappointé au fond du cœur. J^ priai de ne point se mettre en peine de ce dernier article ; et après bien des combats , des ins^ tances, des refus, des larmes (car il n'y a point d'amour sans cela^), on coqsentit à se laisser enlever. Je préparai tout; j'eus une voiture à minuit sous les fenêtres , elle y jeta quelques nippes de première nécessité ; et l'aimable fugitive tremblait et se rassurait tour à tour à mes côtés , eu volant vers un port de mer où nous allions nous embarquer pour la Hollande. Tout allait bien

* On a beaucoup reproché à Virgile d^avoir fait son héros pleureur :

Sic fatur laerjmans.

Lacrjmîs aSatur obortis.

Je ne soutiendrai pas que les larmes soient le véhicule de TÉ* popée , mais c*est décidément Tàme des drames de Tamour. Je ne sais pas ce qu*on peut refuser à une femme belle de ses larmes.

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