‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 43 sur 95 · CHAPITRE XX3y. IO · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX3y. IO

science, quand on est coupable, que d'avoir obtenu des instans de doute, et quelques heures de répit.

Toutefois j'arrivai à Bruxelles, bien décidé à avoir raison. A peine étais -je descendu de voiture, qu'un homme de ma connaissance, que distinguait fort le comte de Mercy, entra chez moi. Il me conseilla de ne pas perdre une minuté à mettre dans mon parti ce ministre; il ae chargea de m'annoncer immédiatement chez lui. Il ne me cacha point qu'il y avait beaucoup de déchaînement contre moi dans la ville ; que ce qu'on me reprochait le plus était l'enlèvement de la demoiselle P*** (cette petite bourgeoise à laquelle je ne pensais même plus), que cette affaire me causerait beaucoup d'embarras. Son avis fut que le procès concernant M"' de V** était une chose à régler avec des balles; il ajouta qu'autant il était persuadé que M. B...n se prêterait de bonne grâce à un dénouement de ce genre, autant il lui semblait difficile de faire entendre raison à un marchand bien épais et bien entêté qui calculait sa fille, et voulait remettre son honneur dans le magasin. Je lui protestai , dans toute la sincérité de mon cœur, qu'il retrouverait cet liaii»éur k la place qu'il occupait en partant , et que je n'avais pas demandé à cette ennuyeuse petite créature de quel sexe elle était, il me parut

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(enchanté de cette assurance : je crois, d'honneur, qu'il avait craint que j'en eusse enlevé deux. Rassuré sur cet article, je le vis prêt à me conseiller de plaider pour avoir été enlevé moi-même. Le fait est, qu'à l'instant du départ j'avais été violé sans réflexion par cotte petite bégueule , qui s'était trouvée dans ma voiture, sans avoir eu la permission d'y monter. C'est cette particularité surtoitf que je courus expliquer au comte de Mercy *. Il me reçut avec une politesse sévère ,

* Florimond., comte de Mercj-^Argentean , seigneur belge , chevali^r.de la toison d*or, était ambassadeur d^ Autriche en France, au moment où éclata la révolution Lui et le comte de Lamarck. formaient à eux seuls le fameux Comité autrichien qui se concertait ayec I^ouis X Vi et Marie Antoinette sur la marche à suivre par la cour au milieu des orages de la révolution. Dès 1789 il fut compromis par une lettre du comte d*£staing dans le complot pour la translation du Roi à. Metz. Il réclama pour faire cesser les bruits de Tenvoi de plusieurs millions en Autriche par la cour de France. En septembre 1790, il quitta Paris et se rendit en Brabant pour se concerter avec les puissances maritimes , garantes de la possession, de ses provinces ^ mais il conserva à Paris des relations mystérieuses. Après Tinvasion de la Belgique , par Oumouriez , il contribua puîssament It déterminer la cour de Vienne à en entreprex^dre la conquête dans le début de la campagne de 179$. Il était alors à la tête du parti belge qui s*efibrçait de maintenir ce pays sous- Ib sceptre autrichien, et qui, h cet effet, demandait une guerre d*lnvasipn contre la France. Mais en 1794 le parti autrichien rayant emporté dans les conseils de Fempereur , et les opétaticns ayant d^aitleurs été mal conduites^, la Belgique fVit abandonnée par le prince de Cobourg, et le comte de Mercy passa en Angleterre avec le titre d*ambassadéur ; mais à peine arrivé il y mourut ie 35 aoàt 1794 , laissant la réputation d*un négociateur assez adroit, mais immoral et trop adonné aux intrigues.

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