CHAPITRE XXIV
se dérida peu à peu, et enfin, après avoir entendu ma justification , plutôt deux fois qu'une , me promit son appui. Il me fit comprendre qu'il fallait préalablement m'absenter, ou me loger dans une maison sure, et ne pas sortir. Avant de profiter de ce conseil si sage , que je finis par suivre, je me transportai à l'instant chez M. B...n Il allait se mettre au lit. Je lui déclarai qu'il me ferait raison d'avoir prostitué mon nom dans je ne sais quelle plainte juridique; qu'il était vrai que sa pupille, qui ne voulait plus Têtre, s'était absentée, mais nullement par mon fait; que je savais qu'elle avait cherché dans la fuite un refuge contre les eâtreprises qu'il avait tentées, et contre lés violences dont elle se plaignait; que j'espérais que la réflexion le ramènerait à des sentimens dé justice et d^ prudence, et que j'attendais sous quelques jours qu'il me fît connaître sa détermination par M. de S** qui m'accompagnait. Les dépositions de M"** V**, continuai-je, vous feront comprendre , monsieur, à quel degré il est de votre intérêt (f arrêter une procédure où d'accusateur vous vous trouverez accusé.... Il allait parler de suite (car il avait balbutié jusque là), je sortis en l'assurant que cette entrevue n'était pas la dernière. S** me jeta un coup d'œil significatif, et resta après moi.
L'ami qui m'avait averti à mon arrivée obtint
no MÉBIOIRES DE TILLY.
sans peine de la petite P**, qu'il trouva le moyen d'entretenir, qu'elle écrivît que c'était contre ma volonté , et pour ainsi dire à mon insu , qu'elle était partie; qu'elle n'avait pu se résoudre à quitter sa protectrice et son amie , fuyant l'oppression de M. B...n; que tous les égards dus à son sexe lui avaient été prodigués, et qu'elle ne pouvait revenir plus innocente et plus édifiée d'une promenade de quelques heures faite avec son papa et sa maman , etc. etc. On eut soin de faire parvenir à M. de Mercy ce témoignage authentique : il l'attendait pour me faire dire de reparaître. De son côté , M""* de V** fit des dépositions tout-àfait en ma faveur, qui calmèrent merveilleusement toutes les agitations hostiles de M. B...n. Je .m'assure que ce fut plus à la bonne conduite de cette dernière, qu'à des menaces, que je dus le désistement de l'honnête tuteur qui retira sa plainte. Je dînai bien publiquement chez le comte de Mercy, malgré quelques bonnes âmes qui trouvaieijt qu'il aurait fallu donner un coup de ca\^eqon au vice triomphant; et la vieille princesse de St** , voulant m' embarrasser sans doute, me dit très -haut: «Vous voilà de retour; quel » conte ! on nous avait dit que vous aviez enlevé » une jeune personne !
» — A présent , madame , que vous et moi w sommes revenus y on rie le dira plus. »