‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 46 sur 95 · GHA.PITA£ XXIV · texte numérisé non relu

GHA.PITA£ XXIV

leur, qui n'aurait point de terme, me menait directement à la folie. C'était le sort qui m'attendait, si le ciel ne m'eût envoyé une idée simple, qui paraîtra peut-être un enfaintillage , mais que je tiens pour le plus bel effort de ma raison , puisqu'elle me l'a conservée. J'écrivis un Mémoire succinct et détaillé, une liste raisonnée de ses barbaries, de ses noirceurs, de ses froides perfidies, et de quelques mots atroces qui lui étaient échappés (c'était la plus jolie , la plus douce , la plus sensible , la plus aimable, la plus attachante personne de Timivers, quand elle le voulait, et je pourrais dire même quand elle ne le voulait pas). Cette liste, en forme d'acte d'accusation j je la lus toute la journée, je la^portai sur moi sans cesse , je l'appris par cœur : quand d'autres souvenirs venaient lutter avec ceux-là dans mon imagination, je déployais mon papier, je le récitais à haute voix , je m'animais , et j'obtenais de la haïr.... Je le croyais, du moins; mais bientôt , reprenant son ascendant , elle me poursuivait victorieuse de l'autre côté de son empire, et.^si je n'avais pas pleuré, je serais mort. Enfin je crus être sûr de mon fait : quatre mois s'étaient écoulés , je mis mon mémorandum dans mon se^ crétaire, et j'imaginai que je la déteistais. Pendant trois autres mois je n'eus pas besoin de relire

mon bienfaisant papier ... Je pensais à peine à

Page 1