CHAPITRE XXIV
^t vaincu. Je suis poussé violemment vers l'escalier. Je ne ménage plus rien j je frappe à coups redoublés. Il me semble que j'ai le bras cassé. Je détache les coups de pied d'une béte féroce: on me jette par terre sans précaution ; mes bras sont liés derrière le dos avec une corde ; je mords, on me tire les cheveux à me rendre chauve. Un genou me brise les reins; mes mains ^ liées, sont pressées à volonté par un nœud coulant ; on me Caiit enjamber l'escalier au péril de ma vie , et quand on m'a poussé plus qu'indvilement dans la rue, la porte se ferme. Je n'ai jamais été, j'espère que je ne serai plus,. dans une telle mge : je ne savais quel parti prendre. Frapper à la porte était impossible et ridicule; rentrer chez moi, les mains attachées par derrière ! Néanmoins valait-ii encore mieux se confier à mon laquais qu'à un autre. J'arrivai sans avoir été vu, et fus obligé de me dégrader par un mensonge devant un domestique , assez simple et assez honnête homme pour m'en croire. Je lui fis une histoire bien invraisemblable de voleurs qui m'avaient attaqué ; il ne revenait pas de son étonnement qu'ils ne m'eussent pas plus complètement dévalisé, et que je fusse revenu avec ma montre. Son observation était celle qu'un enfant aurait pu faire : peut-être pensa-t-il ,
Mon maître est un menteur.
1 1 8 MEHOIAES Dl TIIXT.
Oh! c'est, parfois 9 un noble métier que celui d'homme à bonnes fortunes!
Je pris définitivement le parti de faire expliquer M"* de V** : la manière et le ton dont elle m'assura qu'elle ne pouvait être heureuse qu'avec moi, dont elle le répéta à M. Bé..n^ levèrent tous mes scrupules, et pouvài^t suffire à la plus minutieuse délicatesse. Je dois Injustice à. celui-ci de reconnaître qu'il s'arma d'une fermeté que je ne lui croyais pas , et qu'il fut homme dans le sens le plus étendu : il affecta même de déployer dans cette dernière scène de la puissance d'un tuteur , et des regrets d'un amant caché , le faste de la géaérosité la ^us exaltée. Il prit le ciel à témoin qu'il souhaitait que la responsabilité d<^t je me dîargeais tie tournât jamais qu'au profit de mon bonheur ; que je n'eusse point à me Wpentir d'avoir pris par chmx une chaîne que la réflexion aurait dû me dissuader de porter si entièrement ; il ne balança point à me dii'e, mais avec un accent sensibles et désintéressé , qu'il doutait que je trouvasse une longue félicité dans ie^ lien que je ne pouvais briser sans être coupable, et garder long^temps sans reconnaître amèrement qu'il Me gênait : que la beauté de M*? de V** était tout ce que je voyais, c'est-àdire infinie , son esprit aimable et gracieux , son caractère inconséquent et léger; que l'efferves-