CHAPITRE XXI Y
cence de sa jeunesse et la mobilité de ses penchans n'offraient aucune garantie, ou plutôt étaient des indices destructeurs de toute con« fiance ; et que s'il est resté de l'incertitude dans son esprit sur Popinion quHl s'était faite depuis long'-temps sur elle, la témérité de cette première démarche la fixerait. Il ne Toulait pas trop in* sister, continuait-il, sur la foule des réflexions qui le pressaient; il craindrait de paraître trop intéressé à les faire , mais il désirait , ardemment et dans toute la candeur de son âme , que cette conversation restât présente à la mémoire de M** de V**, pour que l'avenir fût consacré à la démentir; me regardant plus particulièrement alors , il prit le temps pour arbitre et pour juge , entre ses craintes et mes espérances. Elle pieu** rait ; il la regardait d'un œil sec , avec la pâleur d'une douleur sombre et comprimée» « Il serait » encore temps de m'arrêter , me disais-je ; je de- » vrais bien la lui rendre : ils seraient trop mal- » heureux maintenant,.... et moi aussL»
Il nous ^igagea à passer la soirée chez lui , me donpa tous les renseignemens sur la famille de sa pupille , et me demandant de la traiter constamment avec douceur, qu'elle en fût digne ou non, et de permettre qu'elle lui écrivit quelquefois. U tira d'une cassette un portrait , et , croyant que j'étais ému , se hâta de dire qu'il avait été peint
lao MEMOIRES DE TILLT.
pour sa mère peu de semaines avant sa mort , par Plymer,.... que si j'y» tenais excessivemient , il me l'ofifrait de bon cœur.
Je ne l'aurais pas accepté , st ma Tie en avait dépendu. Je le remerciai d'un signe de tête trèsprononcé : il m'était possible de répondre par un salut, parler ne me Tétait pas. Après deux heures d'angoisses et d'un supplice qui le vengeait , nous le quittâmes; il nous promit de venir prendre congé de nous , le lendemain au point du jour. Il ne vint pas : je l'en remercie encore ! Je partis pour Paris, où j'allais être tourmenté par cette autre Hélène ; et je découvris , même dans ce trajet, que la femme qu'on dispute offre tout autrement de charme et d'intérêt que celle qui vous est cédée.
Ceux que la foUe de la maison y F imagination^ possède et guide exclusivement, n'ont pas deux heures de suite les mêmes raisons de se réjouir; mais leurs peines sont durables, parce qu! elle les varie à l'infini , en présence même de la raison, qui n'a rien à objecter à cette imagination ingoui^ernable qui franchit les espaces, tandis que sa froide rivale examine où ses pas s'imprir meront.
J'allais rentrer dans ce Paris que j'avais craiDt de ne revoir jamais , que depuis près d'un an et demi j'avais quitté , et dont il me semblait que jjft