‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 5 sur 95 · CHAPITRE XXtlI. 1 r · texte numérisé non relu

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qui ne se ressentait jamais du mauvais ton de ses mœurs. Avec un excessif amour-propre qui se mêlait à une plus grande insouciance , il faisait mille petites bassesses dont cet amour-propre, qui est parent éloigné de l'orgueil , devrait préserver; et comme il était très-timide au sein de la hardiesse la plus déhontée , il ne savait pas revenir sur ses pas, quand il s'était égaré. Eminemment susceptible et vindicatif, ces deux passions l'entraînèrent à tous les crimes qu'on lui conseilla. Il les conamit sans remords, mais de mauvaise grâce, et, comme je l'ai dit ailleurs, ♦s' ils ne l'épouvantaient pas, ils le gênaient. Cela s'explique d'autant mieux que la démagogie dans laquelle il vécut, vers la fin de sa vie, position dont il chenchait à s'étourdir avec des t^rr^os de vin de Champagne, répugnait à^a vanité de prince, dont il avait une assez bonne dose, quoiqu'il eût trop peu de l'orgueil d'un homme. Cette vanité, il l'avait ; boitant toutefois qu'il était capable de mettre de l'importance à quelque chose, lui qui ne croyait à rien... Avec un jugement faux, et un cœur qui n^ battait qii'à de longs intervalles^ il fut aisé de lui faire croire, après ses premières wreurs révolutionnaires , qu'il n'y avait plus de pardon «à espérer. Comme sa vengeance était sans repos, il imagina que celle de la cour serait sans pitié. Mirabeau , qm se (proposa un moment

de le faire au moins lieutenant-général dtf royaume, pour régner sous lui, le pénétra surtout de cette idée. On l'aurait conduit à tous les crimes, en lui promettant toujours que c'était le dernier, et qu'il l'absoudrait de tous les autres. Ce prince, quoique timide, était un esprit fort dans le sens le plus étendu et le plus dangereux : il n'estimait rien des choses de ce monde ; pas même la vie qu'on l'a injustement accusé d'aimer trop; pas même l'argent qu'il ramassait sans délicatesse, pour le dépenser sans discernement. Le crime et la vertu lui semblaient égaux , le mépris ou la considération des êtres de raison i toutes les actions humaines, indifférentes. Les jouissances matérielles de la vie , avaient pour lui du prix : c'était la seule certitude métaphysique qu'il eut acquise de tout ce qui se rencontre dans ce monde, ou de ce qui s'espère dans l'autre : il était constitué pour se rassasier des plaisirs avant de ^en lasser. Gall aurait dit qu'il avait l'organe de la crapule , et nullement celui des conspirations. C'est que la nature lui avait donné l'un , et que ceux qui avaient de l'empire sur lui, y grefifèrent l'autre. Ayant eu le mauvais goût de dire hautement, que l'opinion publique ne valait pas un écu , on trouva qu'il avait donné lui-même la mesure et le tarif de sa valeur. Ceux qui l'ont connu et qui ont su qu'il était bon père, bon mari (à des in-

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fidélités près , qui ne rendent jamais malheureuse celle qui ne les sait pas), maître indulgent, ne sachant pas refuser en face , amoureux de la vie privée, ceux-là diront justement que ce fut un homme immoral et sans caractère; ils pourront ajouter que moins de sévérité de la cour et du public , une meilleure éducation , et de bons conseils, lui auraient donné le masque d'un honnête homme ^ et la réputation d'un prince aimable et facile. Sa prison , le tribunal révolutionnaire, son interrogatoire, son passage dans les rue de Paris, l'échafaud , son supplice même, auront été pour lui^ ûbadeau dans toute la force du mot, un véritable spectacle : il avait vu tomber beaucoup de têtes y et notamment la plus sacrée de toutes ; il avait examiné le jeu de la guillotine comme une curiosité, il aura contemplé de même tous les préliminaires de sa propre destruction , et se sera pour ainsi dire regardé mourir.

J'ai parlé de ce prince trop longuement peutêtre : c*est que sans lui , la révolution qu'il n'a pas faite, ne se serait pas consommée : il en est le plus coupable , après M. Necker.

Le duc de Luxembourg qui , après avoir présidé le premier la noblesse, était sorti de France après la réunion des Ordres , qu'il avait tout fait pour empêcher , était aussi à Londres. Avec plus d'esprit qu'on ne l'a généralement cru, il avait

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un caractère séduisant et aimable. Beaucoup de gens avaient imaginé qu'il serait le partisan des nouveautés : la jeunesse orageuse du marquis de Royan, les torts même de son père, avaient jeté dans plusieurs esprits, des préventions défavorables sur sa conduite, dans ces circonstances solennelles : l'incertitude ne dura pas, et son choix ne fut pas long. Néanmoins j'ai souvent entendu dire qu'il s'était trop pressé, et qu'il avait mis dans son départ une précipitation pusillanime. Tel est l'avis des hommes, pour qui l'occasion d'un reproche est toujours précieuse : ce n'est pas le mien. Son obéissance aux volontés du Roi, l'avait entraîné dans une démarche qu'il avait combattue de tout son pouvoir. Dans une longue conversation avec ce monarque, il avait développé victorieusement tous les dangers de se réunir : il avait. prouvé que l'autorité royale, par cette mesure même , restait sans garantie et sans appui, et que la puissance populaire domiminerait sans modérateur et sans obstacles. Louis XVI , dont le sens était trop droit pour ne pas sentir la solidité de ses argumens , ne se laissa pas convertir. Accoutumé déjà à céder sur tous les points d'une révolution où il devait s'offrir lui-même en sacrifice , il fit taire sa raison devant l'amour de ce qu'il crut être le bien public. Il ordonna : sujet fidèle , il fallait obéir. M. le* comte

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