‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 6 sur 95 · CHAPITRE XXII I. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII I. l

d'Artois, inquiet sur les jours de son auguste frère, écrivit une lettre pathétique à l'Ordre de la noblesse, qui fixa ses irrésolutions. Le devoir d'un sujet était rempli ; M. de Luxembourg avait fait à son maître le sacrifice de ses . opinions , il avait concouru activement à une mesure que son jugement et sa conscience réprouvaient. Qui avait le droit d'exiger de lui qu'il sanctionnât plus long-temps par sa présence , et qui plus est f>ar ses oeuvres , des déterminations qu'il avait blâmées, et un système qu'il condamnait de tout son cœur et de toute sa raison? Il aima mieux *^ se vouer à une paisible obscurité, que de rester plus long-teïnps sur un grand théâtre , où il eût aimé à représenter tout comme un autre, mais où il entrevît de bonne heure, d'après la disposition des esprits, qu'il n'y avait à jouer qu'un mauvais rôle. U fut conséquent , et sa conduite fut noble. Voilà ce que je lui ai entendu développer à luimême, dès le principe, sans jactance et sans fumeur ; et ceux qui ont attribué sa sortie de Fraâce à la peur, auraient dû en faire honneur à sa sagacité. Je n'oublie point que c'est chez lui , que j*ai vu et entendu pour la première fois, le célèbre Burke *, avec lequel il s'était lié par l'in-

* J*ai imprimé ailleurs le témoignage de ma reconnaissance ^ personnelle pour Taccueil touchant qu'il me fit en Angleterre , après le lO août, et pour tout ce qu'il m'exprima de tendre et

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tennédiaire de M. de Galonné. Ce vieil orateur de Topposition avait changé dès Pinstant qu'il avait aperçu un danger pour l'Etat dans cette opposition même. Sa défection étonna quelques esprits , en modéra d'autres, et en rallia plusieurs au trône , contre lequel son exemple prouva mieux que des déclamations parlementaires , qu'il fallait se serrer. On sait que toutes les conséquences de la révolution française ne lui échappèrent pas dès son aurore , et que , s'il y a dans son éloquent ouvrage quelques exagérations, qu'un peu trop de déclamation fait ressortir encore davantage , son livre n'en est pas moins la prédiction d'un homme d'État, la preuve d'un bel enthousiasme, et le monument d'un noble talent. Sa conversation était encore plus chaleureuse , plus pleine peutêtre.

Il aimait à raconter sa vie politique , et à. échauffer sa conversation du feu de ses anciennes

de sensible sur les calamités de ma patrie. Son cœur fut au^ noble que son talent fut distingué. Anglais de cœur, comipe il devait rètre^il rendait une justice éclatante à la nation française qu*ii estimait, parce qu*il la connaissait, ainsi que sa littérature, tous ses genres de gloire et ses arts. Plus tard, quand il se fut bien convaincu que je savais Tanglais , il me proposa , en présence de M. de Calenne, de traduire son livre qui avait d'autant plus besoin d'être traduit qu'il Tavait déjà été. Je m*en défendis par des raisons que je ne lui dis pas, et la véritable ne fut point qu^une bonne traduction fait peu d^honneur , «t qu^ine mauvaise fait beaucoup de tort. ( JVote de l'Auteur. )

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