‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 57 sur 95 · CHAPITRE XXIV. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. l

Le spectacle d'un homme aux prises avec les regrets de sa vie passée , les besoins de sa situation présente , en proie aux intérêts qui faisaient palpiter son cœur, et aspirant à dominer l'avenir de tout l'empire d'une volonté forte et d'une intelligence imposante, frappa et toucha son noble ami.

Alors commencèrent, entre le comte de La Marck et Mirabeau, les plus graves entretiens sur l'état politique de la France. Le gouvernail était , selon Mirabeau , remis à des mains trop faibles pour le diriger au milieu des éclats de la tempête, ce Ces » gens-là se perdent , disait-il ; jamais ils ne résis- » teront à l'assemblée.

» — Fort bien ! vous criez à l'incendie , après w avoir attisé le feu ! Pourquoi donc vous ranger » du coté de l'Opposition ?

» — C'est leur faute ; il me faut une force , s> et je la prends où elle est. »

Mirabeau sentait la sienne , et se croyait seul en état de sauver la France , sans se dissimuler néanmoins tout ce qu'une malheureuse célébrité de sa vie antérieure pouvait opposer d'obstacle à l'élévation qu'il ambitionnait , et sans laquelle toute direction puissante devenait impossible. C'est alors qu'il déplorait avec amertume ses longs égaremens , et qu'avec un accent profond où per* çaient les regrets d'im grand citoyen y plutôt que

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les vues d'un factieux , il s'écriait en (>résence du comte de La Marck : Ahl que ïinunoraUté de ma jeunesse fait de tort à VÉtatl

Loin qu'il ait jamais pris la moindre part aux événeniens des premiers jours d'octobre 1789, il passa les deux journées du 5 et du 6 presque tout entières avec le comte de La Marck. En lui parlant de ces épouvantables scènes , il était pâle d'horreur. Quand la cour quitta Versailles , « Le 9 Roi est mort , dit-il , s'il reste à Paris ; on battra 9 son cadavre » ; et comme le comte de La Marck reculait glacé d'effroi devant la sinistre énergie d'une expression semblable, «Ckii, reprit-il plu- » sieurs fois, on battra leurs cadavres; ils l'au- » fHi>iit vcmln! »

Que faut-il faire? lui dit-on. Mirabeau rédigea un Mémoire; il fut porté tout entier à Monsieur, frère de Louis JtVÏ , q>ui le lut d'un bout à l'autre avec la plus sérieuse attention. Le prince l'approuva dans plusieurs parties , le <;ombattit sur d'autres, mais se refusa de le communiquer luimême au Roi.

Gependant les périls augmentaient , et il fallait pour les conjurer des résolutions plus fortes. On crut enfin Mirabeau seul en état de faire tête à l'orage. Dans les grandes discussions sur les pouvoirs de la couronne ne s'élait-il pas toujours refusé à ce qu'on la dépouillât des seuls attributs

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