‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 59 sur 95 · CHAPITRE XXIV. l^'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. l^'J

» donc la profession de foi que le Roi a dé- » sirée ; il daignera lui-même en désigner le dé- » positaire (car les règles de la prudence lui » interdisent de la garder), et cet écrit restera à » jamais mon arrêt ou mon témoin.

» Je m'engage à servir de toute mon influence » les véritables intérêts du Roi , et , pour que » cette assertion ne paraisse pas trop vague, je » déclare que je crois une contre-révolution aussi » dangereuse et criminelle ^ que je trouve chimé- » rique, en France, l'espoir ou le projet d'un » gouvernement quelconque sans un chef revêtu » du pouvoir nécessaire pour appliquer toute » la force publique à l'exécution de la loi.

» Dans ces principes, je donnerai mon opinion » écrite sur les événemens, sur les moyens de les » diriger , de les prévenir s'ils sont à craindre , » d'y remédier s'ils sont arrivés; je ferai mon » affaire capitale de mettre à sa place dans la » constitution le pouvoir exécutif, dont la pléni- » tude doit être sans restriction , et sans partage » dans la main du Roi.

» 11 me faut deux mois pour rassembler, ou » même, si je puis parler ainsi, pour me faire » mes moyens, préparer les esprits et conqué- » rir à la raison les citoyens sages nécesaires au » service du Roi. J'aurai dans chaque départe- » ment une correspondance influente , et j'en

l38 MEMOIRES DE TILLT.

» donnerai les résultats. Ma marche sera insenn sible, mais chaque jour je ferai un pas. Un » empirique promet une guérison soudaine , et » tue ; un vrai médecin observe , agit surtout par » le régime, dose , mesure, et guérit quelquefois.

» Je suis aussi profondément éloigné d'une » contre-révolution que des excès auxquels la » révcJution , remise aux mains de gens mal-ha- » biles et pervers , a coïKluit les peuples. Il ne » faudra jamais juger ma conduite partiellement » ni sur un fait ni sur un discours. Ce n'est pas » que je refuse d'«n expliquer aucun ; mais on » ne peut juger que sur l'ensemble, et influer » que par l'ensemble. Il est impossible de sauver » l'Etat jo^ir à jour.

»Je promets au Roi loyauté, zèle, activité, » énergie , et un courage dont peut-être on est » loin d'avoir une idée; je lui promets tout enfin, » hors le succès, qui ne dépend jamais d'un » seul , et qu'une présomption très-t;éméraire et » très-coupable pourrait garantir dans la terrible » maladie qui mine l'Etat et menace son chef. » Ce serait un homme bien étrange que celui » qui serait indifférent ou infidèle à la gloire de » sauver l'un et l'antre, et je ne suis pas cet » homme-là.

Le comte i>e Mirabeau.

Ce lo mai 1790.

Page 1