‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 7 sur 95 · CHAPITRE XXni. ÏJ · texte numérisé non relu

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harangues *. Il jugeait l'avenir avec la pierre de touche du passé; amoureux avec enthousiasme de la constitution britannique, il y reconnaissait pourtant quelques taches inséparables de rhumanité, et il l'adorait comme le Palladium des libertés d'un grand peuple.

Je proteste que dès l'année 1790 je l'ai vu réduire la révolution française à deux hypothèses , et y appliquer un raisonnement qui la dévoilait tout entière, telle qu'elle s'est déroulée, jusqu'à l'avènement du consulat **. Il avait tout vu , excepté la stature gigantesque de l'homme qui fermerait la caverne***.

Bien jeune encore , j'écoutais , et , aidé de mes réflexions, me formais à une école qui m'a du moins épargné tous les genres d'étonnement.

Le duc de Luxembourg évitait, sans affecta-

* Parmi une infinité de morceaux de la plus haute éloquence que j*ai retenus de lui , j'ai toujours distingué le discours qu*il prononça à Bristol, où il s* était aliéné Topinion populaire, en combattant la guerre d'Amérique. Paraissant au milieu de l'assemblée des électeurs, il fit un discours réputé son chef-d'œuvre, où il rendait compte de sa conduite, et commençait par ces mots . « Gentlemen , I decUne the élection ( Messieurs , je refuse Télec-

» tion )» Puis, dans une péroraison éloquente, faisant

allusion à la mort de Tun des électeurs, M. Coombc, frappé subitement dans la lutte électorale , il dit ces paroles : « JVhat » shadows we are and what shadows we pursuef (Quelles » ombres nous sommes et quelles ombres nous poursuivons.} »

( Note de P Auteur. )

** Novembre 1799.

*** Ceci a été écrit en 1 8o5.

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tion , M. le duc d'Orléans qu'il méprisait, et yU vait mesurément avec l'ambassadeur de France qu'il n'estimait pas , et dont il était haï. Ce der-* nier était le comte de la Luzerne , frère du ministre de la marine de ce nom , dont les principes ont été fort différens. On avait été surpris , avec raison , que la cour l'eut nommé à cette ambassade , déchue depuis long-temps de sa splendeur. C'était un personnage , au moral et au physique , d'une gaucherie contraire à tous les succès ; mais d'un esprit si médiocre, qu'il n'avait rien rencontré entre son ambition et son avancement. Il suivait respectueusement la marche de TAssemblée Constituante , répondant toujours à une sottise par une bassesse , et s'était fait monarclùen, pour être toujours prêt à détruire la monarchie. Ministre du Roi auprès des Etats-Unis ( ce qui , soit dit en passant , n'était guère, le chemin de l'ambassade de Londres), il avait mal digéré ce qu'il avait entendu là : sa conduite était insignifiante et ambiguë; et il n'y avait que le Roi de France qu'elle compromît plus que lui. Il n'était de bonne foi que dans la folie qu'il avait d'aimer une M"* Saint-A**, courtisane déliée, et maîtresse de lord Gh^* : elle était fort en règle, car elle se moquait de lui et de tout l'amour dont il s'enlaidissait encore. Plus attaché à sa place , qu'heureux dans les moyens de la conserver^ ii

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se vit forcé de donner sa démission , après avoir prêté un des mille sermens qu'on exigeait alors de ceux qu'on voulait qui n'en tinssent aucun. C'est là ce qu'il n'avait pas prévu , encore moins sa mort , qui arriva quelque temps après. Puisje ne pas me rappeler que M. de Luxembourg mettait son plaisir à le désoler avec des théones de despotisme, et qu'il se défendait ai^ec deux Chambres et une balance de pouvoirs : tout cela était présenté avec laconisme , parce que ne déraisonne pas long-temps qui veut, avec quelque apparence de raison. Bonnes gens! d'argumenter en pleine mer sur la construction d'un vaisseau , quand celui qu'ils mon t;]tient avait touché !.... Dans ce salon, arène de ces légères escarmouches , jargonnaient quelques femmes frivoles comme ce combat. C'était la duchesse de Laval , aigre comme une dispute, en. colère de vieillir, irritée de n'avoir jamais été jolie, quoiqu'elle se fût fait traiter comme si elle l'avait été. C'était M"' d'Ossun , sœur d'un des anciens amans de la duchesse, lequel avait été celui de toutes les femmes qui pouvaient servir sa fortune; M"* d'Ossun, dis-je, intéressante, tout près d'être belle, blonde sentimentale qui avait à soutenir une réputation de ^gesse. Elle avait épousé un homme probe et estimable , aimé avec raison de Louis XVI qui avait du penchant pour tous les honnêtes

no MEMOIRES DE TJLLY.

gens : il avait été désigné à la mission de Russie^ en remplacement du comte de Ségur. C'était encore une petite M"*' de La Luzerne , née Mon**, qui ne ressemblait point trop mal à un écureuil hérissé, à qui Ton a ravi ses noisettes. Avant ces dames, j'aurais dû nommer B**, qui se livrait peu ou point du tout , et qui , froid et réservé comme un premier ministre , semblait être dans le secret de ses futures destinées , qui ont manqué lui coûter si cher : c'était la providence de la maison.

Jusque là, il y avait un vaste champ à l'instruction et aux observations de tout genre ; mais il fallait un autre aliment aux passions ardentes de la jeunesse. Je fis, très-à propos , connaissance avec mîslriss Pove, femme d'un de ces caractères singuliers et piquans dont l'Angleterre offre une extrême variété : sa beauté était aussi extraordinaire que son caractère ; et les aventures que l'une et l'autre lui avaient suscitées n'auraient pas été indignes de figurer dans un roman.

Née d'une famille honnête , elle avait accompagné sa mère et une de ses sœurs à Cantorbéry. Un gentilhomme de la province de Kent conçut pour elle la plus folle passion. Trois femmes courant sur un grand chemin , dans une chaise de poste, ne sont pas fort imposantes, quand surtout peut-être le conducteur est gagné d'avance. Vers le soir, elles furent arrêtées par quelques

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