CHAPITRE XXV. l
pour être exclu des mesures de démence d*un grand homme , dont j'ai , Fun des premiers , célébré Tavènement à la puissance , quand on pouvait . encore redouter qu'elle ne fût pas assez cimentée ; rejeté d'une patrie dont je l'ai salué comme le rédempteur; d'une patrie, dont j'ai souvent été cité avec amertume par les étrangers , comme un enthousiaste idolâtre; il ne me reste que la résignation à opposer à la tyrannie du Destin : il a écrit sur ses feuilles d'airain , qu'après avoir erré sur des terres étrangères , touché quelquefois des rives inhospitalières , ma cendre oubliée ne dormirait pas avec celle de mes aïeux! Puissent ceux qui m'ont fermé les portes de la France ( et j'ai la consolation de savoir que be n'est pas le vainqueur de l'Europe ) , y trouver tout ce qu'ils m'ont ôté , ignorer cette fièvre ardente , cette faim de l'air natal, ce besoin qui consumé , d'arroser de larmes le seuil de la patrie, et de se prosterner aux frontières devant Dieu !
£t vous, jeune et touchante beauté, qui eûtes le dernier hommage d'un cœur qui fut à vous , dans cette belle France où vous succombâtes sous la hache, dans des jours désastreux; j'essayai tout ( vous le diriez, si vous parliez encore ) pour vous sauver. Le récit de la tendresse qui m'anima pour vous, celui des véritables et derniers plaisirs de ma jeunesse envolée , terminera
1 58 MEMOIRES i)E TÏLLY.
cette liste trop longiie de mes erreurs^ fermera €e cercle de folies criminelles aux yeiix de la morale et de la raison.... £n moins d'un an, je ne serai donc plus Français!.... Je le resterai par le cœur. Voilà un caractère indélébile : on neVefface qu'avec la vie.
Qui n'a pas connu M^*"" de Saint- Anmranthe et sa mère , deux fois Êimeuse par ses désordres et par sa famille * ? Cette mère , fille de qualité ( M^^* de Saint-Simon d'Arpajon ), avait été mariée au sieur de Saint- Amaranthe, fils d'un rece-*
* Jeanne -Françoise-Louise de Damier de Saint- Amaran'the , née h Saintes , habitait tour à tour Paris et Ccrcy , département de Seîne^t-Oise quand dh l'arrêta , en 1794 arec sa fitle et son fils , comme complices de la faction de Pétrunger, Un scélérat , nommé Annaud, qu'elle feignit de ne pas connaître lorqu'elle fut eKprisonnée, se vengea de ce dédain en la faisant comprendre avec ses deux enfans sur la liste des prétendus complices de Tassassinat de CoUot-d^'Herbois, membre du Comité de salut public. Tous les détenus fur^it attendris des transports de ces deux enfans , lorsqu'ils apprirent qu'ils étaient portés sur la même liste de mort que leur mère. « Ab ! maman , lui disaient-ils, en la pres- » sont dans leurs bras , nous allons mourir avec toi ! i» Ils furent tous les trois condamnés à mort comme conspirateurs et complices de l'assassinat de GoUot-d'Herbois ; on les conduisit au supplice en chemises rouges. Fouquier -Tin ville, qni les avait fait condamner , en sa qualité d'accusateur public du tribunal révolutionnaire , témoin de leur départ pour Téchafaud , fut indigné de la fermeté de la mère et de la fille. « Voyez , dit-il , comme elles » sont effrontées j il faut que j'aille les voir monter sur l'échafaud, » pour m'assurer si elles conserveront ce caractère j dussé-je me » passer de dîner, » Soixante victimes furent Immolées le même jour. .