‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 69 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

sur le fait. Quand elle eut débagoulé sa colère , 16 répliquai bien doucement, que je doutais qu^elle eut le droit de mettre au couvent sa fiHe , pour avoir choisi un amant de son goût , après le tort d'en avoir accepté un qui n'en avait pas été : que sur tout le reste, je prendrais les ordres de M^^' de Saint- Amaranthe , et jamais les siens. Après ce peu de mots , je me retirai au bruit des injures, des portes fermées avec fracas, et des porcelaines brisées dans sa furie.

J'informai Amélie de ce qu'elle aurait bien appris sans moi; je lui marquai que l'instant de nous séparer était arrivé , si le caractère et quelque énergie ne venaient pas à son secours : je lui rappelai qu'elle m'avait souvent promis d'en faire preuve si nous étions découverts. Elle surpassa mon attente : sa femme de chambre vint chez moi, dès l'après-midi, m'assurer que sa maîtresse, après une entrevue très-animée avec sa mère , m'attendait à sept heures du soir. Je ne me fis pas attendre, elle me raconta tous les emportemens, toutes les prières même qu'elle avait eu à braver; que sa réponse invariable avait été, qu'elle avait acquis par le passé le droit de disposer du présent , qu'elle était résolue à tout, même à sortir de la maison, plutôt que de se laisser tyranniser ; qu'aidée par moi , qu'elle avait instruit de tout ce qui la touchait depuis

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son entrée dans le monde, elle ne manquerait pas des moyens de recouvrer sa liberté; que le luxe, les superfluités dans lesquels elle nageait, ne contribuaient que très-peu à son bonheur, qu'il ne lui fallait que l'aisance avec celui qu'elle préférait i que je serais en mesure de subvenir à ses besoins ; et que d'ailleurs , dix mille louis déposés chez M. Tr*% notaire, étaient sa propriété , et plus qu'il ne fallait pour le genre d'existence qui serait le plus de son goût.

Tant et de si bous argumens soutenus par des larmes, effrayèrent tellement M"Vde Saint-Amaranthe; l'idée surtout que j'avais son secret, la consterna si profondément, qu'elle convint avec sa fille , de se dépouiller ce jour-là même de son autorité, de ne la, regarder que comme une sœur qui n'avait plus que des conseils à espérer d'elle ; ses souhaits allaient se borner à ne la voir jamais se repentir d'avoir secoué de si bonne heure , le joug de sa prudence. Le premier avis qu'elle lui donna fut de m'engager à venir sur-lechamp apprendre mon bonheur de la bouche mémed'Aîhéhe; quand j'en sortis, elle m'invita à commencer par sa maman ma visite du lendedemain.

J'y consentis sans peine.

Je trouvai un mouton, le mouton le plus traitable. Il ne tint qu'à moi de croire que j'étais

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