‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 71 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

long terme dans la plus longue carrière. Combien d'hommes sont morts sans avoir été trois mois heureux! Un essaim d*(^OM5€wr^ se présenta. L'un avait un nom assez beau, une figure qui ne l'était guère; l'autre était le fils d'un ancien ministre du Roi , et c'était tout ; un troisième enfin , dont le père avait été beaucoup trop ministre aussi , SartineSy se mettait sur les rangs déjà, quoiqu'il n'ait fait que plus tard ce funeste mariage qui l'a mené avec elle à Féchafaud : destinée qu'il aurait bien subie tout seul , puisqu'il était aussi com* mun alors d'être décapité , que de s'enrhumer.

Pour moi qui ne voulais point épouser, mais conserver ce que tous les maris du nK>nde peuvent tout au plus obteniV, je devins morose, inabordable, et d'une jalousie concentrée qui me rendit couleur de souris. L'orage à la fin éclata , les querdles succédèrent aux querelles. J'avais gagné , je l'ai déjà dit, une somme très-considérable ; j'en répandis la plus grande partie dans cette maison même , écueil où ma tranquillité et mon bonheur allaient se briser. On n'est point aimable quand on est jaloux devant tant de spectateurs. Les femmes ont un tact unique pour saisir un ridicule , et s'en dégoûter : elles ont aversion du malheur qu'elles ont causé.

L'idée de se marier ^près avoir uij peu fait ce qu'il fallait pour ne le pouvoir plus , devint une

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idée fixe dans la tête de M"* de Saint-Amaranthe : sa mère l'encouragea , et je ne puis l'en blsufner* L'espoir de quelque considération se glissa dans son cœur ; elle crut qu'avec un mari: de plus elle pourrait encore y prétendre, puisqu'elle. avait de la fortune. C'était connaître un siècle dont la devise pourrait être : Laissons là les porche^ minSy,,., nous parlerons un autre jour de vos vertus; montrez ^nioi de r or.

Quoi qu'il en soit , la sensible Amélie , ^ bien cal'échisée , me pria de l'écouter avec l'attention qu'Auguste obtint de Cinna : elle me fit part de la résolution qu'elle avait formée de se marier ; elle était trop sûre de mon cœur pour imaginer que je voulusse y mettre obstacle. Elle me conjurait de ne pas revenir de quelque temps xhez elle, et de répondre comme un homme d'honneur aux questions que la malignité pourrait m'adresser sur son compte : elle était pour moi, dans le fond de son cœur, ce qu'elle avait toujours été depuis l'instant qui nous avait unis ; je la retrouverais y la mort seule pouvait détruire les sentin:iens qu'elle m'avait voués. Elle se résuma, comme beaucoup d'autres avant elle, par redemander un portrait qui n'était pas assez ressemblant, et des lettres trop peu spirituelles, pour que j'y tinsse beaucoup.

Je reçus ce congé mielleux avec assez de stoï-

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