‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 72 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

cisme ; j*y étais préparé , et me sentis plus qu'à la hauteur dé la circonstance. Je la remerciai d'avoir assez bien présumé de moi pour être sûre qu'aucun sacrifice ne me coûtait quand il s'agissait du destin de toute sa vie; jdui dis sans détour qiie je m'interdisais sa maison à jamais; que mes indiscrétions ne flétriraient point la couronne de l'hymen , mais que son portrait lui ressemblait trop peu, comme elle l'avait trèsjudicieusement jugé , pour qu'il fut digne de lui être rendu, et pourtant trop, pour qu'il ne me fut pas pénible de le voir passer dans d'autres inains. Elle m'offrit de le briser : je irépondis que j'étais X assez superstitieux pour répugner à ces diestructions en peinture, présages souvent sinistres et vérifiés de destructions plus réelles. Quant à ses lettres , j'avais promis à ma première maîtresse, et à l'un de mes grands parens , à l'article de la mort, de n'en jamais rendre; qu'axe système d'ordre général en cette partie se joignait, pour elle en particulier, un intérêt plus tendre , un sentiment indéfinissable qui me rendait impossible de me dessaisir de témoignages à la fois si flatteurs et si instructifs , qui , me retraçant sa fidélité, me feraient illusion sur son inconstance.

' Je lui baisai la main avec le respect de l'indif* lérence ; elle me reconduisit comme une visite.

174 MEMOIRES DE TILLT.

Je ne dissimulerai pas que je fiis long-temps et sincèrement affligé : j'eus soin qu'elle ne le sût pas.

N'ayant plus qifê des devoirs à rem^plir^ je devins courtisan plus assidu , dans ces jours de mort de la puissance, quand il n'y avait plus rien à gagner à l'être. La Reine , sans être entièrement revenue de ses préventions contre moi (ce qu'elle n'a jamais obtenu d'elle-même, dans aucun temps ni avec qui que ce soit ) , me- montrait néanmoins infiniment de bonté, toutes les fois que j'allais aux Tuileries , soit à Pheure du jeu , soit aux ai»- . très instans de lui faire sa cour. Elle me fit Fhon* neur de me dire un jour, que je n avais rien écrit depuis ses malheurs qu'd;le n'eût lu; elle me fit comprendre qu'elle se plaisait à me voir si fidèle, quoiqu'elle eiit été si sévère , mais qu'halle crair gnait souvent que c^tte hardiesse ne me ni»^ sans les servir. Je répondis que des poignards étaient difficiles, en effet, à réfuter avec une plume, mais qu'aussi long<«temps que je pourrais me servir de la mienne, j'écrirais sous la dictée de ma conscience. Le merveilleux de cela est qu'elle ne m'a plus reparlé qu'une seule fois ( le ai juin). Mon zèle çt ma fermeté l'inquiétèrent apparemment plus qu'ils ne la rassurèrent : il est vrai qu'elle parlait sans cesse à ceux qui étaient en guerre ouverte contre le trône. Faites - t^ous

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