CHAPITRE XXV. fjS
craindre^ e^est le gage de tous les succès. Mais c'était bien peu connaître le cœur humain que de vouloir apprivoiser par de la condescendance deâ honKmes qui n'observaient que sa haine , ses préventions, et sa peur; qui, fidèles à leur plan de destruction, ne voyaient de bon dans leurs coQimumcaftions avec la cour , qu'une chance de plus pour frapper plus juste ! Déplorable victime ! d'avoir employé plus de courage à se perdre, qu'il n'en fallait pour se sauver ! de n'avoir ja- BBflis eu vn beau mouvement , une grande idée ; . . . . d'avoir erré à l'aventure , sans dessein , sans but et sans fixité l Cour infortunée ! qui n'eut que des amis inutiles ou dangereux , et des ennem^is si habiles, qu'on s'étonna que la férocité fût alliée à tant d'intelligence! On ne prit des conseils que de ceux qui ne pouvaient en donner que de funestes i s'il y eut un homme fort , on Féloigna ; et rarement s'en offrit- il un. C'est que le Roi n'inspirait pas la confiance, et que rarement la force va s'offrir à la faiblesse, qui délibère quand il faudrait brûler les vaisseaux.
Le jour, qui allait entasser plus d'outrages sur Louis XVI que la prison et l'échafaud même, allait Inire : ce vingt-un juin , autre souillure de nos annales, qui transforma le Roi, pour quelques heures, dans un héros, quand ce front sacré, souillé du bonnet de la licence, se montra plus
digne que jamais du diadème de Saint -Louis. C'était devant cette armée populaire qui violait Tençeinte de votre palais, parce qu'elle savait qu'il n'y avait aucun péril à vous insulter; qui venait vous demander votre couronne parce que vous l'aviez déposée , votre vie parce que vous la défendiez mal; c'était, dis-je, devant ces bandes furieuses qu'il y avait de la magnanimité et du courage à s'avancer désarmé, en face d'une mort presque inévitable. Et cependant, vous vîtes, illustre martyr, que cette magnanimité et ce courage servent et répondent à tout, et que les assassins qui vous auraient massacré obscurément caché derrière les portes brisées de votre palais, s'arrêtèrent et tombèrent presque à vos genoux, quand vous les ouvrîtes vous-même. Cet instant dut jeter toute sa lumière sur le derniei acte de votre règne : la pureté de votre cœur avait conservé à votre esprit toute sa présence ; vous pûtes reconnaître ce qu'est un peuple, ce qu'est un Roi : toutes les leçons, tous les conseils, tous les reproches étaient réunis dans cette scène lugubre.... Peut-être était-il encore temps de les entendre.
Et la Reine aussi déploya le plus subKme courage ! Celui de M""* Elisabeth fut noble comme l'ensemble et les détails de sa vie ; mais un seul mot sorti de cette bouche angéliquerend cette princesse la figure la plus historique , et le per-