‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 75 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

vers M""" de Saint-Amaranthe et sa fille :.leur donner un avis salutaire, les éclairer sur une situation qu'elles n'avaient peut-être pas mesurée, était une tâche facile à remplir; s'exposer à des dangers pour leur en épargner, braver avec elles le péril qu'il y avait à les y soustraire, me semblait un autre devoir que j'aurais trouvé doux et tout simple d'accomplir. Ayant appelé un valet de chambre, je me fis conduire dans une pièce voisine du salon : j'écrivis quelques mots au crayon , les priant toutes les deux de quitter leur compagnie, et de venir un instant me joindre. J'en fiis reçu avec émotion, et presque avec tendresse. Leur premier mot fut : « Avez-vous besoin de » nous? Quelque chose de funeste vous est-il ar- J5 rivé? Maison, argent, amis, démarches, nous » vous offrons tout; tout ce dont nous disposons » est à vos ordres, v Tout cela fut offert avec une volubilité et un accent qui ne laissaient pas de doute sur la sincérité de l'intention.

En leur exprimant ma sensibitité, je les fis asseoir : ie me souviens que je me mis aux genoux d'Amélie. Je leur dis que ce qu'elles voulaient faire pour moi , elles devaient se hâter de l'exécuter pour elle^-mêmes; qu'elles avaient à peine le temps de se mettre en mesure de quitter Paris, qui allait devenir plus que jamais le théâtre d'événemens incalculables, de calamités sans re-

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fuge, surtout pour des femmes; que l'immense fortune qu'elles avaient faite , si utile dans tout autre temps, ne serait dans celui-ci que leur condamnation. Je m'offris à leur procurer le lendemain , de bonne heure , des passe-ports pour l'Angleterre , à les y accompagner. J'adjurai Thonneur qu'à notre arrivée à Londres, je prendrais un appartement éloigné du leur, et qu'elles reconnaîtraient en moi l'ami le plus désintéressé, comme j'avais été le plus discret , depuis qu'un nœud trop peu solide s'^était rompu.

Amélie hésitait , ou plutôt elle était prête ; sa mère fut inflexible. « Arriverait-il rien de funeste » à des femmes? La mort , au reste , lui semblerait » moins horrible que tout le vagabondage de » l'émigration et de la fuite en pays étranger. Ses » affaires n'étaient pas de celles qui pouvaient se » régler si promptement. Elle ne laisserait pas sa » fortune en question , sa maison au pillage i elle » trouvait plus dangereux de s'échapper de » France que d'y rester. Combien de^yictimes » avaient été immolées dans leur fuite , qu'on auj) rait oubliées dans leur retraite ! etc. etc. etc. » Me tendant la main , sa voix se radoucit pour prononcer le mot adieu ; et sortant , elle me laissa avec sa fille, qui m'assura n'être point heureuse et ne m'avoir jamais repris son cœur. Elle céda à

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