CHAPITRE XV. l8l
un attendrissement très-marqué, mais me prit moi-même pour juge de son- impossibilité de séparer son sort de celui de sa maman. « Je suis » certaine, continua- t-elle , que cet acte de résî- » gnation me coûtera cher, et que je serai la vic- » time de son entêtement. »
S'avançant alors la première pour m'embrasser, je sentis mon visage inondé de ses pleurs ; la serrant alors étroitement contre mon cœur, je recommençai à la conjurer de partir. « Je ne puis. » Essuyant ises beaux yeux, elle s'éloigna lentement.... J'aurais dû la retenir,.... oser davantage pour la décider.
Je vois encore cette robe blanche se déchirer sous mon pied , qui l'arrêtait involontairement , je la vois flotter mollement sur le parquet, et plus haut dessiner cette taille divine , et les contours enchanteurs de ce beau corps qui s'éloigna pour toujours ; je vois y. et je la retrouverai sans cesse , cette tête d'ange se retourner pour me consoler d'un sourire , que des yeux inouillés rendaient plus touchant.
Ce fut là mon dernier entretien , mes derniers rapports avec la personne de France la plus universellement fameuse pour sa beauté unique; créature ravissante , que la nature s'était plu à parer de ses plus rares ornemens, et qu'elle ne montrait à. la terre que pour qu'en la citant tou-
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jours, on n'eût plus rieri à lui comparer *. Elle fut faible , mais essentiellement bonne et douce , avec un fond d'orgueil noble, qui l'eût rendue capable, mieux dirigée, de n'aimer que ce qui était noble aussi. Elle avait plus d'esprit qu'on ne lui en supposait généralement, parce qu'elle était froide, et très-disposée à cacher ce qu'elle en avait, et que d'ailleurs on accorde avec peine à la même personne un avantage, quand elle a éminemment une autre supériorité. Elle était d'une finesse que les femmes, seules, peuvent posséder , et que les plus spirituelles ont souvent le moins : il faut cependant observer que celles qui manquent tout-à-fait d'esprit ne l'ont jamais. Elle est morte avec un courage héroïque qui en donna à toute sa famille , qui aurait eu honte de ne pas imiter celle qui avait tant de titres pour chérir une vie, qu'elle dédaigna autant qu'elle méprisa ceux qui la lui ravirent. Elle était extraordinairement sévère dans ses jugemens, qu'elle portait tout bas, très-difficile même sur le compte de ceux qu'elle ne regardait pas avec des yeux de
* Cet éloge ne paroitra outré cju'k ceux qui ne Tont pas connue. Elle fut la plus belle personne de Paris, dans son temps; elle le fut complètement. Un peintre, un statuaire eusssent trouvé le sujet d*une seule louange, pas celui d'un seul reproche. Je n'ai vu dans aucun pays rien qui me Tait rappelée, rien qui me Tait fait ou* blier, rien d'aussi absolument parfait. Mon cœur a aimé d'autres femmes davantage, je n'en ai autant admiré aucune. (iV. de VAut.)