CHAPITRE XXVI
faux luxe de nos prétentions chimériques, que nous devrions intituler V Histoire de nos doutes, de nos ténèbres, et spécialement celle de nos erreurs. Ecrivons, dis -je, persuadés que nos écrits et nos dépositions seront altérés, que nos récits ne parviendront que mutilés à des générations distantes, effacées par d'autres qui n'en apprendront rien; de même que nous ne connaissons rien de la plupart des accidens du plus haut intérêt qui nous ont anciennement précédés.
Cet acte terrible et solennel qui me parait incontestable, et qui sera certainement défiguré et problématique pour quelques uns de nos suc^ cesseurs,>et tout-à-fait inconnu à ceux qui les suivront , se passe aujourd'hui sous mes yeux qui en sont épouvantés : mon cœur est glacé d'effroi , et ma raison chancelle. Si quelque chose de grand , de terrible, s'exécute et s'accomplit parmi les enfans des hommes, c'est l'œuvre de ce jour.... Vous spectres vivans qui passez avec moi dans l'ombre de cette vallée ; vous spectres à naître et à mourir bientôt , vous pouvez m'en croire ; .•.. j'en suis témoin, je l'ai vu.... Ecoutez-moi!
Le palais des rois brûle , une main divine attise le feu. Le possesseur du plus antique trône de l'univers en est renversé sans combattre; le rejeton des superbes dominateurs de cette superbe France est entraîné vers l'opprobre et la. mort.
I^a MEMOIRES DE TILLV.
au travers de son palais jonché de cadavres. Il fuit avec sa famille à la lueur d'un palais consumé qui s'écroule : il va mendier la liberté et la vie ; les présens de ceux qu'il implore sont l'esclavage ; leur traité de paix ne se signe que dans un tombeau. Au milieu de cette foule immense qui hurle sa déchéance et son supplice, ne reconnaissez-vous pas ces bandes d'assassins étrangers? n'entendez-vous pas leur jargon ? Ne voyez-vous pas à leurs traits qu'ils ne sont pas nés parmi vous ; qu'ils entraînent une populace crédule et sans frein, une armée de prolétaires, et qu'ils ne sont enfin que des brigands étrangers vomis dans ce royaume par les ennemis du nom français ? Us ont pour soutien et pour appui quelques uns de- vos compatriotes égarés, quelques autres à qui tout convient, même l'anéantissement de la France, pourvu qu'on les paie. Nation citée par votre fidélité à vos maîtres, qui vous êtes toujouirs honorée par votre amour et vos respects pour celui qui a l'honneur de commander à un aussi grand peuple que vous , regardez ce roi pressé par les flots de cette multitude qui fut ses sujets , dégradé par la menace et l'insulte dans le trajet qui conduit à l'enceinte où siège le Corps législatif*. Ah ! ne foulez pas plus long-temps aux
^ C*cst-a-dire , un corps qui promulgue des lois de mansuétude avouées par la justice et tous les seotimens généreux!!!