‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 86 sur 95 · CHAPITRE XXVI, 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI, 2o

d'une commission secrète , et les rendis respotisables des délais auxquels leur patriotisme m'assujettirait. Mon visage et un reste de toilette ou de décence ne leur revenaient point, quoique je leur tinsse les meilleurs propos sur les mesures que nous avions prises à Paris, après la chute du dernier tyran. Enfin le moins forcené de la bande opina pour le Laissez-le aller ^ et son avis prévalut : c'est là que j'achevai de me mettre particulièrement en règle , puisque j^eus la satisfaction de voir mon chiffon de papier corroboré de y^u passer en conseil permanent dans le lieu de nos séances , le présent passeport dûment exa^ miné et vérifié^ et jr ayant à ces causes apposé nos signatures j etc. etc. etc.

Avant de sortir de Paris , j'avais remis à Champcenetz la clé d'un secrétaire; je le priai instam-^ inent d'aller chez moi après mon départ , aussitôt qu'il le pourrait avec sûreté , brûler deux paquets de lettres étiquetés n® 5 et cachetés en vert. Je lui avais recommandé aussi de prendre tous les moyens en son pouvoir pour me faire parvenir un portrait auquel j'attachais un prix infini. Il ne lui a pas été possible vraisemblablement de remplir mon voeu , car non seulement je n'ai jamais reçu le portrait, mais j'ai su depuis, par un homme qui a rempli , bien malgré lui , des places à cette époque, que les lettres avaient été

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lues à la municipalité, et avaient singulièrement cU^ s^erti les honorables membres. C'est heureux ! mais ce qui l'est moins, c'est qu'une des personnes du monde dont l'estime m'est la plus chère, a été compromise aux yeux de l'homme qu'elle avait le plus d'intérêt à ménager. Si cet écrit arrivait jusqu'à elle , elle regretterait sans doute la lettre que j*ai reçue à Hambourg, en 1797 : elle reconnaîtrait que je ne fus coupable que d'avoir trop tardé à détruire les gages d'un sentiment qu'elle a tant oublié , dont je n'ai point parlé dans ces Mémoires , et dont la moindre trace n'y sera jà* mais consignée.

Et ce malheureux Champcenetz , aussi, j'avais tout fait pour l'arracher aux bourreaux qui l'ont immolé. Il n'était pas difficile de prévoir qu'un homme qui avait tant plaisanté de tout , irait à la mort, quand ceux qui \^.distribîiaierit exif^xs^îent une plaisanterie. Je lui démontrai trop aisément qu'un miracle ne se ferait pas en sa faveur , et que c'en serait un s'il échappait à une proscription si générale, quand il n'était possible de se sauver que par l'obscurité et le silence. Un homme dont la vie était de se montrer et' de faire du bruit, d être cité tlemain pour le mot d'aujourd'hui, de faire rireJes autres, ou de rire aux éclats pour eux et pour soi , ne pouvait guère être soupçonné de conspirer, mais deviendrait

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