‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 88 sur 95 · CHAPITRE XXVr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVr

ne fus pas long-temps à l'apprécier, et me déterminai vite à l'améliorer. Je fus m'asseoir à un bout de la nacelle : « Comptez , leur dis-je , en ti- » rant de ma poche deux pistolets que j'armai, » que si l'un de vous fait un mouvement pour » m'approcher, jele tue* Mais aussi , vous rece- » vrez les dix derniers louis que j'ai sur moi , si » nous arrivons de soir avant neuf heures à Dou- » vres , ou dans tel autre port d'Angleterre. » Ma harangue sembla les étonner, mais sans proférer, je CBois , une autre parole , pendant une traversée de dix heures, nous arrivâmes le soir, avant qu'il en fut sept , à Stockport , mouillés comme l'est à l'Opéra un héros de théâtre arrivant à la nage.

Le ministre de l'Évangile et le juge de paix du lieu vinrent bientôt après me faire les propositions les plus prévenantes et les plus hospitalières. Leur humanité et leur zèle patriotique étaient mêlés de curiosité et du désir de connaître la véritable situation de la France. Je contentai les questionneurs en peu de mots, et aussitôt que les chevaux furent attelés, je leur fis mes adieux avec des sentimens de reconnaissance , et montant dans ma chaise de poste , je pris la route de Douvres , où j'arrivai en deux heures.

Là, je respirai enfin librement; je remerciai Dieu d'être échappé à mes ennemis et de me trouver dans un pays protecteur. Mais la vue III. 14

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consolante de ce pays ne pouvait me faire oublier ma patrie , dont je me voyais exilé centre ma volonté, mes désirs et mes inclinations. Je restai deux jours à Douvres , errant involontairement sur la plage : dans le trouble et l'agitation de mes pensées , je demandai aux vagues lea causes des changemens subits qui nou$ font passer des orages à la tranquillité , et de la tranquillité aux orages ; je leur demandai comment elles pouvaient élever ces vagues si rapidement contre le ciel et montrer avec la même rapidité une surÊice unie; j'interrogeai celui dont la main toute puissante soulève les vagues pour les lancer de nouveau dans la profondeur des abîmes : une voix lugubre et bruyante paraissait répondre : « le Dieu des » orages est aussi le Dieu des révolutions. » Tout , sur la nier et sur la terre, est changement et in*» constance : rien ne se fait qu'à la suite d'un ordre immuable ; d'après les conseils et la sagesse de l'Être-Supréme ; tout se meut d'après un plan fixe et des principes éternels.

Je jetai un regard de regret sur la terre et la mer , et, abîmé dans une profonde rêverie, je fixai ensuite mes regards vers le ciel; mes espérances étaient dans le ciel, qui est le dernier et le seul asile où siège l'espérance , et où l'hofmne n'est ni trahi, ni abandonné.

Je trouvai k Douvres lord Cholmondiey avec

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