II
*^ iQQment, eb je youb promets' que Monsieur Y»eeep^ . toa.euibiett, ,.'a. b«,. d, d». >»„il «oira ? l'atoir lait, et il l'aura fait ; vous ii*y serea ph»s pour » rieo. — A la boaue heure ! « Je rentre, j^essaye Que première versioa, et je l'apporte à la censure. « Ce » tt'eat pâs cela, dit M» de Talleyrand, Monsieur ne 19 tiit pas d'antithèses et pas la plus petite fleur de rhé* .>► tQi>i|ue* Soyea court, seye» simple, et dite» ee qui y^ convieQt davantage à celui qui parle et à ceux qui >» écoutent : voilà tout, ^-rr II me semble, reprit M. Pas- » quier, que qe qui agite bon nombre d'esprits est la )» crainte des changements que doit oocasionner le re- 4 tour des princes de la maison de Bourbon ; il faudrait » peut-être torucher ee point, mais avec délicatesse. — » Bien! et je le recommande, » dît M. de Talleyrand. J'essaye une nouvelle version et je suis renvoyé une seconde fois, parce quej'ai été trop long et que le style est apprêté. Enfin j'accouche de celle qui est au il/om- <^r, et où je fais dire au prince : € Plus de divisions : 11 la paix et la France ; je la revois enfin ! et rien n'y » est changé, si ce n'est qu'il s'y trouve un Français ? de plus ! » ^- ♦ Pour cette fois, je me rends, reprit » enfin le grand censeur, c'est bien là le disoours de A Monsieur^ et je vous réponds que c'est lui qui l'a » fait; vouspouvea être tranquille à présent. » Eît en effet le mot fit fortune : les journaux s'en emparèrent ç0Vûxm d'un âi'-propos heureux; on le reproduisit aussi comme uii engagement pris par le prince, et le mot du Français de plus devint le passer^port obligé des ha-
LES PREHIPKI^ T^YP^ ?^ h^ f VSSTAlIflATION ^i
iiÇi déilaigna pas^de Ict ççio^iiaeipter dans q^répoi^ses, et la prqpjxétie 4^M. dç Ta^leyr^nd fijl complètement r^^lîsée.
Je me rendis aux Tuileries 1^ lendemain matin. Le prince me reçut, non pas avec bonté, ce serait trop peu di^^, ^ai^ ^veç fine touchante cordialité ; ses traits, son por|, s^. gestes, tout était animé, rajeuni, embelli par 1^ senfi^ç^l du bonheur. Je recQ^nus pe comte d' Artojsi fue dans i^a jçunesf^ j'^^y^ admiré de loin comme un modèle élevé de Télégance et de la grâce. Ce souvenir des beavU'joi;i^« de ma vie, ce tôtç-à-tôte qu'alors jp p'^^ïiçais p^s osé rêver, cette^ présence si doi|ce et si aifnable m'^^tt^ndrirent jusqu'aux larmes. Je n'avais ri^i^ éprouvé 4^ pareil avec Napoléon. 11 n'était pas le âls de saint Louis; soi^ génie n^'imposait; mais tous les souveni]:^, toutes les études de ma vie, tous les respects de ma jeunesse ne s'étaient pas attachés à sa race. Il disait plus que la France, mais il ne disait pas cette yiejUe Ffanpp^ ^qnt riej|;i n'avai); pu distraire les hommes de mon âge. Mon émotion n'avait point échappéi au prince, qui me prit les mains et me dit en les serrant : « Je vois bien que je peux compter sur vous, et vous » pouvez compter sur moi. Savez-vous, M. Beugnot, que » je viens de faire ce que je n'avais pas encore fait de ^ pa^ vie ? Devijiez quoi : allons, devinez. — Si je ne » craignais pas de pécher par un excès de hardiesse, je » dpvi^erai^ une méchante action. — Non, grâce à » Dieij ! ^aia j ai fait le tour d^s Tuileries. Que vou-
» lez-vous ? voilà comme on nous élevait. Il y a, à » Paris, une foule de belles choses que je ne connais » pas du tout ; mais patience, je vous promets bien que » je ferai connaissance avec elles, » Le prince était fort disposé à trouver tout bien ; mais il était frappé du parti qu'on avait tiré des Tuileries, de la beauté de la place du Carrousel, et de celle du jardin. « Groiriez- » vous que j'ai entendu dire cent fois, à Versailles, » qu'il n'y avait aucun parti à tirer des Tuileries, et » qu'elles étaient un composé de galetas, et voilà des » appartements commodes et magnifiques. Gomment ! » c'était un officier de la cour de Bonaparte qui occu- » pait l'appartement où nous sommes? Mais cela est » incroyable. — Gela est vrai, mais je prie Monsieur » de me permettre d'ajouter que cet oflScier était le » seul qui fût logé au château. »
J'avais quelques affaires de détail à communiquer au prince et quelques signatures à lui demander; il m'écouta avec attention et ne me dit rien que de juste et de bien placé; il me témoigna de la confiance, et je le quittai entièrement satisfait. Mais, deux jours après, je pus m'apercevoir que certains entours du prince agissaient déjà sur lui, et lui imprimaient une direction qui avait ses dangers. Son esprit commençait à s'empreindre de préventions contre les personnes, que je m'efforçais, le plus souvent sans succès, de dissiper.
Ges mêmes hommes s'étaient déjà comptés et ralliés autour du prince. Ge qu'il leur fallait, c'était surtout
de rargent, et ils déployaient une ardeur merveilleuse à rechercher les moyens de s'en procurer. La cour de Napoléon, en se rendant à Blois, avait eu la bonne précaution d'emporter les diamants et quelques objets précieux de la Couronne, et aussi le résidu du Trésor qui se montait à huit millions. L'un des premiers soins du Gouvernement Provisoire fut d'envoyer à la poursuite du convoi un commissaire chargé de revendiquer, au nom de la France, ce qui le composait, et on avait donné à ce commissaire les moyens de vaincre au besoin les résistances. Le choix était tombé sur M. Dudon, conseiller d'État, homme d'esprit, de courage et de résolution. Il n'eut pas besoin d'user de tous les efforts dont il était capable pour déterminer à la remise des diamants de la Couronne et de l'argent du Trésor, M. Mollien et M. de la Bouillerie, qui en étaient les dépositaires. Ces deux personnages, qui se le disputent en délicatesse et en douceur, remirent ce qu'on leur demandait, et n'y firent, à la rigueur, que les difficultés qui leur étaient imposées par leur position et par l'espèce de responsabilité qui pesait sur eux. Mais la bande des zélés avait voulu faire une expédition d'un recours si facile et si naturel ; elle s'était portée en toute hâte à Blois, et, dans le désespoir de voir que l'affaire s'était arrangée d'elle-même et sans coup férir, elle s'était constituée, malgré le commissaire du gouvernement, en escorte du convoi. Elle l'amena tout droit au pavillon Marsan, et mit argent et diamants à la disposition de Monsieur. Cette destination n'était pas
m lifÉMOIKEé DU COMTE BEUGNOT
'celle à laquelle le gôuvèfrttemettl é'Sïait attendu. Le ministre des finances comptait les heures où le conVoi devait arriver, tant -étaient urgents les besoins du service ! La cour de Blois avait fait maison nette au Trésor et dans tous les ministères, et oti était réduit, pour fôûrtiîr kux dépenses qai ne s'ajournent pas d'une heure, à irecotirir au fe'rmier des jeux qîiî avait cônsèïiti àfàîré ràvance dé quelques milliers de francs. J'avais été ^témoin d'une pénurie non moins grandie au 18 br'ûrnaire, et longtemps aûparaVaùt-, à répo'qùé de la ré^ traite àe l'iarchéVêque de Seïis.
Lorsi(j[ûe le ministre provisoire dès fiïia'n'ces stit (Jtle lé trésor était arrivé aux Tuileries, il dôhha, pour le rétablir à sa véritable place, un ordre (^'il était loîh •de croire susceptible de difficulté. Il lui ftit répondu qu'on n'en ferait rien, ^iie l'aï-geût avait été de bonne prise, puisqti'il avait été saisi par un pâMi d^ l'oyalistes àUr la famille Bonaparte en fuite^, et ^u^oïi Tavait mis •àtfi ';^ieds de Monsieur , qui «h disposerait pour laes pt^eâSants beôoîôs. Pour cômpréndrte là ftireur de M. Louis il faudi^âit saVoir à qtïelléè extrémités le ^ê'oùvèniement éfàît réduit pou!» faire face 'à la moittdre dépense, ^t enstiite connaitre tout ce que le caràctèï'e ^de ce ministre comporte d'ïïià^pétiïôsité. Il n<yils effrayait tous; ûou n^ l'eût l'eten^, il âilait coxirir âiux Tuileries ^dti'r eh faire sortir de gré ou dé fot^ce les huit ïniiiîôiis qM y étaient déposés, dire à Monsieur tout îoû fait, 'et, s*il île rêtis^îs^aît pas dans i3on coup de toaiâ', il kiOûtiftit %â débristeioto ^t ^'expli^^t {ftibli-
LES PREMIERS TEMPS DE LÀ RESTAURATION ii»
quement le motif. On eut toute sorte de peke à lui faire comprendre que si fâcheux que fût un pareil quiproquo, il n'avait rien d'étonnant dans un moment de désordre, que c'était une affaire à aller traiter directement et surtout poliment avec Monsieur, qui ne défendrait pas l'œuvre de ses entours. Après avoir dosmé à M. Louis ce que j'appellerais volontiers des cUmckes morales, on le laissa partir pour les Tuileries, mm sans quelque inquiétude sur les résultats 4xi voy>a^. Il fut heureux, parce que Monsieur n'eut fas «sitôt des idées vraies sur cette affaire qu'il ordonna que les fonds fussent reportés au Trésor. Seulement, et de l'ave» du ministre, il coiiserva deux millions poiu* ses dépenses perscHinelles, sauf à en faire l'imputation sur les j^*miers fonds qui seraient mis régulièrement à la disposition du Roi.
C'est à la môme époque, et par la même espèce d'associés, que la Reine de Westphalie fut ari^ôtée «ir la grande route et volée de ses diamants et de son argent avec une incroyable bratalité; et cette malheureuse «princesse avait pu signaler entre ceuix qui la traitaient ainsi des hommes qui naguère composaient sa cour. Comme il était arrivé ans diamants de la Couronne et à l'argent du Trésor, cette nouvèUe ^c^pture fut amenée au pavilloa Marsan ; mais ceux ifui l'avaient faite, plus libres dans leurs démarches que ceux qui avaient escorté le trésor, ou avertis par l' expérience de ces derniers, n'avaient déposé aux Taileries que d^ oaisses ou 4eg tuécess^iceB «de vctysi^ej^ ^nt ils
avaient eu soin d'extraire ce qu'il y avait de plus précieux et où ils avaient remplacé les pièces d'or par de la monnaie d'argent. Cependant, et grâce à une opération faite en route par un artiste séduit ou complaisant, les serrures semblaient intactes ; ils avaient pris au reste la précaution de faire constater la remise des caisses aux Tuileries. Par la combinaison de ces moyens, le vide des caisses restait à la charge de la maison du prince pour le moment où il serait découvert. Cette découverte ne pouvait pas se faire attendre longtemps, mais elle donna lieu à des inculpations mensongères soutenues avec audace, à d'odieuses récriminations, et enfin aux manœuvres dont sont capables des misérables qui, en ourdissant un vol, ont préparé à l'avance les moyens de s'en défendre.
Les membres du Gouvernement Provisoire ne pouvaient pas voir sans douleur de pareils événements se passer si près du prince, et y figurer des hommes qui avaient l'honneur de l'approcher. Je fus chargé de lui en toucher deux mots. Je le fis avec beaucoup de réserve, mais sans trop de succès; le prince est peu disposé par sa nature à croire le mal, et se laisse aisément séduire par les apparences d'un entier dévouement. Tombé au milieu de la France, qu'il ne connaissait plus, et où il ne pouvait promener ses regards que sur des figures, des costumes, des cordons qui sans cesse lui rappelaient un parti si longtemps ennemi , c'était pour lui une bonne fortune que de réunir parfois dans son intérieur ce qu'il prenait pour les débris du parti
LES PRKMlfiRS TEMPS DE LA RESTAURATION 137
royaliste. Les intrigants qui s'y faufilaient étaient ha* biles à feindre; ils expliquaient l'oubli , ou plutôt le mépris que le gouvernement déchu avait fait de leurs services, par leur fidélité à toute épreuve ; ils appelaient persécutions quelques mesures sévères et justes dont ils avaient été atteints ; toujours en jactance de leur loyauté et de leur dévouement à Tautel et au trône, facilement ils avaient séduit le prince en affectant des vertus dont lui-même était un sincère et parfait modèle. Au reste, j'ai dès lors remarqué, ce qui n'a été que trop bien prouvé depuis, qu'une fois que ce prince avait embrassé quelqu'un dans son affection, il était extrêmement difficile de l'en détacher. Pour lui, l'amitié était un présent trompeur et dont pourtant les couleurs ne s'effaçaient plus ; défaut malheureux dans les princes, mais dont la Providence avait préservé, jusqu'à lui, ceux de la maison de Bourbon.
J'avais connu avant la Restauration le Bailli de
Grussol, homme de cœur et de sens, Français de la vieille roche, mais qui cédait aux nécessités du moment toutes les fois que l'honneur ne s'y opposait pas, et il s'y cozmaiBsait autant qu'homme de France. Je savais qu'il avait été attaché, dès la jeunesse du prince, à M. le comte d'Artois. J'en conclus qu'il devait être encore de son intime confiance, et j'allai lui confier mon chagrin sur l'espèce d'hommes qui encombraient le pavillon Marsan. — « Eh ! mon Dieu, à qui le dites- » vous ? me répondit le Bailli , ce n'est pas d'ai:your- » d'hui que nous avons ce faible-là; je le combattais
m HtfleiRES DU 00in% ÉE«r<6NAT
• îif'B qéalmytaHEcni4[ «ms; x^vG^fêsymbi > faJtes iuttîYer > Ife Rèi, foiteff4» at-river le J^toô tôt qtie WU6 p<ftirt*e* ; » •eeluî^Ià Âe Bs baisse pbs teâojg^ te pak dbâs la t)lâk, ^ p»^ UD éés^ gens ^kmt Votis më parlez û'onsérû ^Mitsit'' s» tbe ééox fois ^vant kî. he Roi s'iôl^i^ret'a do gou- ^ yienàefliifirti^ ét^ wy^e bieft trânqtttlle, il n'eô Mssem » à «en feèl^ ^e ce (|u1i )ie pourra pià^ lài dter. Pidti^ % daM'^^tèmps'-là'^ iMbn^^k^uf^^ ^m i^ leUâeilld^^ des » faMlmniés^ >aara èe teiiifMd de se i^iraottiâfàStf ë i> <(^^ca4i att'- ^ prte de loi repreBiêtni ea placé, et ncmi^ bMlëi ettï^ ^ {dmerens toujo«v^ à lémpérér Bon auéten goAt pmt
* lé Éioinramént et pour les -Ivom^â^ qui -i^ÉKxwMLelit ùè
» goA<Hlà\. * le rai^^rai ^tte ^cohwrsatiôn à M. à^
TkUerfi^iids qliiYli6Mp(mâH)(fl'il^rt;àg^attaèUiè¥aM
fjedséê'deMv de^Si^ns^qa^déjà Uâviàit fait partit* po«a*
iiffrt^éid k dnc de LKaiDôouiHt. Je dèfesandâfi à M-. ^
Talleyrand b'îI y ÂVâ^ lasdèfe pei^é et i§i M. de Lia«^
^oudt 'était ^ien ^ôpt^ à ^nfè piaille Mîë^û. Je i^p-
)kehii iè& -tortls qeie 4e «paNi tô^Fâliârtlè ttii reprocterit> et
omac q«iè )i»^t<-^êtFé ^Im ^Hûceô ^à^mièiaft le d)^)t dé Mi
rëprôdhfep. ^j*^ % Je satstdM «èefe rtiîèlte %[uë touS) réM-
w .p(»iM M. de (Dalléyi%!il!d> niè6s il >K)ie faftrt pas ^t'il 'eft
>» .Wtttè^e Ira^é^d&fls l'efepi^t'du •»(»> fet c'est potor qtte
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LES PRfeiltikM lik^^ 'DE Li HkâïA^RATION 1^9
'^ èxldcwpet ; et à Wià veàVèi^ ^cfeite mék â îèitè. — ^ Mâfe 'defJèfràâiit, si te; dé Ukncottà ttfonmtmik * ÀâîcuUé k s^prôèh'ér dii k(Â7 éàrbh ^'àdèoréb ktïîlte > qu'A èfet ^(ito ïé jbtrg d'ah M. flè filacks qtti nélàSs^e » àbôrà^Vftte detti qtK l*i toiiVièliihehi ^-^ ©tf^st^fe » que ce Blacas? Je ne sais pas d'où il vient et mèi^dù- » cie assez peu de le savoir. Nous allons entrer dans « un régime constitutionnel où le crédit se mesurera » sur la capacité. C'est par la tribune et par les affaires » que les hommes prendront désormais leur place ; et » se chargera qui voudra d'épier le moment du lever » et de vider les poches du Roi à son coucher. »
M. de Liancourt était en effet parti, et, partageant rillusion de M. de Talleyrand, il croyait aller reprendre sans difficulté auprès du Roi l'exercice de son ancienne charge de maître de la garde-robe. Tous deux avaient notablement compté sans leur hôte. M. de Liancourt ne vit point le Roi, mais seulement M. de Blacas, qui le congédia avec la politesse froide qui ne lui manque jamais. Le hasard me fit rencontrer M. de Liancourt au retour, et avant qu'il eût pu voir M. de Talleyrand, je lui demandai comment il avait été reçu. Il me répondit : — « Mal , très-mal , ou, pour mieux » dire, pas du tout. Il y a là un certain M. de Blacas » qui garde les avenues, et vous croyez bien que je ne » me suis pas abaissé à lutter contre ; au reste, je crains » fort que M. de Talleyrand n'ait donné dans un piège : » les princes vont nous revenir les mômes que lors- » qu'ils nous ont quittés. »
Le Roi nous fut bientôt aonoûcé ; les affaires se pressaient les unes sur les autres de telle sorte qu'à peine Tiasuccès de M. de Liancourt put effleurer l'attention. Il fallait^ toutefois, qu'il eût donné beaucoup à penser à M. de Talleyrand, car il n'en parlait à personne.
Retour de Louis XYUL — Portrait de ce prince. — Sa manière de trarailler avec ses ministres. <» Je suis nommé directeur général de la Police. — Police du payillon Marsan.
Depuis l'époque dont je parle jusqu'à l'arrivée du Roi y le temps fut rempli par de graves et de pressantes occupations : le retour du Roi, le départ du Souverain-Pontife pour ses Etats, le soin de retenir l'armée sous les drapeaux et de cantonner les armées étrangères de manière à prévenir toute collision entre les unes et les autres; la réparation prompte de ceux des désastres de la guerre qui compromettaient la salubrité publique ou la facilité des communications ; les partis à prendre sur cette foule d'intérêts qui surgissent à Timprévu du remplacement d'un ordre ancien par un ordre nouveau; enfin, le travail courant de l'administration, qu'il fallait soutenir jour et nuit, à travers tant d'obstacles, au risque de laisser quelque part pénétrer l'anarchie. Il est vrai que le Otouvernement Provisoire était aidé par
I4f MÉMOIRES DU COMTE BEU6N0T
l'esprit qui régnait à Paris et dans les départements. Il y a eu, quoi qu'on en ait dit, au retour des Bourbons, un assentiment général fondé sur de puissantes afTec tions et de nobles souvenirs; on s'en convaincra si on lit les adresses et les discours qui leur étaient destinés. Ils ne se composaient pas de ces phrases convenues dont on berce le pouvoir, quel qu'il soit, et qu'on retrouve dans le million d'adresses qui,djppuis 1789, encombrent une bonne partie du Moniteur. Le langage des premiers jours de la Restauration a quelque chose de sincère et de touchant ^ il semble #6nfaBt8 longtemps égarés dans des temps d orage et qui se retrftui^^i^t ^(i faiaiU^. Les réponses des princes conservent la même teinte. Cette époque respire l'ancien caractère français dans cq q^'p ^ ^^ WSWeijJC pt 4^ plps ^y^^ \i^m^^ ^î(l^ g^d^it sa 4Pli|wr e^ m ^WF^ts; \\ faliaili bie^ les Iji^ pa^^oflppF J pQUf ^P?, la 4éfaite étaij jj|i pi^-rr trifgq.
Je. aitpr^f ^^ ©îieippl^ 1^ proflai^f e jr^j e?^ fjij ^^^^U qui (pj pïré^p«tjé^ ^ M(m^W fe \^ ^^^li- ^'^^ ^ qôt^ (la PFi^Ppf ^ ^ TwdrQit 4e ^ r^ppn^ P^ il dit
crifii^r Iieijr ^qg au J)pnl^pqr d^ Françai?, qp'il n^ 4P^t plfflf y ^^^^f ^r^ PW^ î^'ïiû Dfiêipft sentiment , ef qfi'4 fj^jit pi4)lijeir ^e pas$^ pour pe pjus cpfBppsçr qii'w i^oslf 49 fr^^a, 1^ çflçftt^ 4fi Ségjjr, l'un 4eft
^ yi»ii»l?fit ],* ^1|3 de K^ml lY ' f Sp qm le prinpp Wfirit *yefi feo8fe«»P î rr li Ofli, k 8M« de H^^ri lY
LES PRe«4m» TBIfM DE) 1.A Rfe91*AlFIlATI0N hs
» eooto (iatB9 «^ veines. Je regrette de n'^en avoir pas » les talent»} mala je suis bien sAr d^avoîr smi cœfur et » son ameop peui? les Français. » Oette scène était des deux parts tente de vérité, car on ne petit pas supposer qu*elle ait été concertée entre l'ancien comte d* Artois et le nouveau maître des cérémonies sous PEmpereup.
Je veux enowe parler d^une autre présentation qui fut assea puante pour moi : de la présentation de PlnsKitat à l*Eœperenr de Russie, M. Suard m'avait demandé de préparer cet honneur pour PInstîtût, et d'expliquer à l'Empereur qae Fancienne Académie française composait la deuxième classe de ce corps gavant. Je fus invité à dîner avec PEmpereur, îe jour que Sa Majesté avait Indiqué. Ce souverain de tant d'hommes et de pays, qui était à Paris à la tète de cent mille soldats, n'était pas médiocrement embarrassé du rôle qu'il lui ikllait jouer devant l'Institut, qui luimôme avait à sa tête M. Lacretelle le jeune ; il y croyait sérieusement sa gloire intéressée. Dès longtemps, l'éolat de ^ancienne littérature française avait pénétré à Saint-*Péter8bourg ; les noms des Voltaire, des d'Alembept, des Diderot, des Helvétius, restaient en honneur sur les bords de la Néwa, autant et davantage peutêtre que sur Iqs bords de la Seine. Catherine avait imposé à BSk eour le joug de ses admirations comme un aidtre, et les leçons de Laharpe, le général, y avaient partieulièpem^it conformé Pempereur Alexandre. Il croyait que la source des grandes renommées était en-
m liÉMOIRBS DU COMTE BBU6N0T
core à Paris, poar les souverains comme pour les sujets, et il ne paraissait pas sans quelque émotion devant ceux qu'il en regardait comme les dispensateurs. La scène se passa fort bien. M. Lacretelle fit un discours comme il en fait; le prince y répondit suffisamment; il affecta ensuite de parler à chacun des membres de l'Académie de la partie de la littérature dont il s'occupait en particulier. Ici la confusion commença à se répandre. L'Empereur m'avait invité à lui donner quelques mots à dire à chaque académicien, à mesure qu'ils passeraient devant lui; malheureusement j'ai la voix très-voilée, et l'Empereur avait l'oreille fort dure. Nous ne pouvions ni l'un ni l'autre jouer juste notre rôle, et il en est résulté de l'embarras et quelque confusion dans les compliments ; mais tout a été recouvert par l'immense honneur pour l'Institut d'avoir harangué l'autocrate de toutes les Russies. Le soir, M. Suard, qui approchait de ses quatre-vingts ans, en tressaillait comme s'il n'en eût eu que vingt.
Nous attendions le Roi avec impatience; non pas que le lieutenant général du royaume entravât la marche du gouvernement ; je ne pouvais, en particulier, que m'applaudir de sa confiance dans le travail que j'avais avec lui comme chargé du ministère de Tintérieur ; mais, en dépit de nos efforts, le parti qui s'était formé autour de lui prenait consistance et grossissait. Il essayait de pénétrer dans les affaires, et avait déjà dicté au prince quelques choix qui n'étaient pas heureux. On ne pouvait pas d'ailleurs échapper trop tôt au
LES PRËMIEHS TEMPS DtD LA RESTAURATION 145
trouble inséparable da passage d'un gouvernement à un autre. Monsieur ne calculait pas que Tarrivée du Roi fût si prochaine ; une noble susceptibilité lui faisait penser que le Roi attendrait, pour reparaître dans sa capitale, que les armées étrangères en fussent retirées ; et il eût été désirable, à bien des égards, que Louis XVIII eût partagé cette manière de voir. Ensuite, Monsieur tenait Fétat de santé du Roi pour obstacle à un règne actif de sa part. Je me rappelle qu'il me dit un jour : — « Le Roi a une tête admi- » rable, aussi fraîche qu'à trente ans; mais il est im- » potent ou à peu près; il faut s'y attendre. Eh bien ! » il pensera pour nous, et nous agirons pour lui. »
Ce n'était pas là du tout le compte de Louis XVIII.
Le Gouvernement Provisoire avait soumis la Constitution délibérée par le Sénat à Sa Majesté, qui ne voyait pas plus d'embarras à l'accepter qu'à en accepter ou même à en faire une autre. Les lettres qui annonçaient sa détermination étaient signées, et on allait les fermer, quand survint inopinément à Hartwel M. de Blacas, qui annonça que Monsieur était arrivé à Paris, où il avait été reçu avec ravissement ; qu'il y exerçait la royauté sous le titre de lieutenant général du royaume, sans qu'il eût été le moins du monde question de constitution ou de rien qui y ressemblât, et qu'on ne s'était pas même cru autorisé à demander un serment au prince. Cette nouvelle ne laissa pas que d'attiédir les dispositions constitutionnelles de Louis XVIII. On s'applaudit fort du retard du paquet