L'EMPEREUR JOSEPH 11, ETC
écrasera toutes pour réparer ses vides et ses pertes. Je m'attends à quelque coup d'éclat le printemps prochain. La foudre partira de la Hollande et on voit qui rallumera.
Nous avons donc tout à craindre. Nos troupes sont mal payées, et elles savent trop, aujourd'hui, qu'une faute générale porte le caractère de l'audace et nécessite l'impunité. Qui nous répondra que les troupes qui ont abandonné le drapeau de leur roi pour en suivre d'imaginaires, n'abandonneront pas ces derniers lorsqu'il s'agira de défendre cette nation à laquelle elles semblent s'être particulièrement vouées, contre les ennemis qui l'attaqueront? Peut-être aussi le patriotisme réunira-t-U toutes les âmes, et voilà ce qui doit arriver à des Français jaloux de cette liberté qu'ils ont acquise par tant de fautes et de la gloire, qu'ils ne doivent jamais oublier.
Si Belgrade est pris comme il n'est guère possible que cela ne soit pas, la paix se fera entre la Turquie à des conditions désavantageuses pour celle-ci (^ Alors, l'Empereur sera libre de rentrer dans la balance, avec tout le poids de ses forces, car cette Pologne qui s'arme à grands frais n est qu'une proie facile à qui voudra la dévorer et un champ ouvert aux trois puissances voisines qui voudront éviter de ruiner leur territoire.
27 janvier.
On ne sait que penser du Congrès de Jassy ; il paraît certain que personnellement le Grand Seigneur ne désire pas la paix, la Prusse et l'Angleterre l'entretiennent dans ces dispositions. On crie beaucoup contre M. de Choiseul (2), qui fait tout ce
(1) Ce qui eut lieu en effet (paix de Sistova et de Jassy).
(2) Marie-Gabriel-Florens-Auguste, comte de Choiseul, connu sous le nom de Choiseul-G ouf fier, depuis le mariage qu'il contracta avec l'héritière de celte famille. Ambassadeur à Constantinople (1784). Ses instructions portaient qu'il devait se servir de l'ascendant de la France pour faire revivre et refleurir notre commerce dans les Échelles du Levant. Et ces instructions étaient conformes à la nature des choses.
M. de Bray a donc raison de défendre la politique suivie par Choiseul à l'égard de la Porte.
30 LA SITUATION DE l'eMPIRE ET DE l'àUTRICHE.
qu'il peut pour détourner la Porte d'une troisième campagne. Sans doute, M. de Gouffier raisonne ainsi : Si la guerre continue, la Porte ne peut espérer des succès. Alors la Prusse et l'Angleterre doivent nécessairement s'unir à elle et attaquer les deux cours impériales pour leur arracher tout le fruit de leurs précédentes victoires. Mais, comme au but d'affaiblir ces deux cours, il doit s'en joindre un autre, qui est celui de réclamer des avantages à la Porte, en raison de leurs services, nous pouvons croire que ces avantages seront accordés à nos dépens et que notre commerce du Levant sera attaqué dans les sources de sa prospérité par l'Angleterre; voilà ce que nous avons à craindre si la paix ne se fait pas. Si elle se fait, nous ne sommes pas plus avantageusement partagés, car tous les yeux du corps germanique pourront alors se tourner vers nous. Deux choses peuvent encore nous tirer de là : l'une, ce sont les troubles qui paraissent vouloir s élever en Pologne (!), depuis qu'on travaille à la nouvelle constitution ; l'autre, ce serait la mort de l'Empereur avant l'élection du Roi des Romains; les lettres les plus sûres de Vienne annoncent toujours qu'il est fort mal; d'un moment à l'autre, la mort peut l'atteindre. Alors, qui peut prévoir l'étendue de la révolution qui s'opérera? L'Empereur ne peut plus marcher ni se coucher, il a l'épine dorsale tellement affaiblie qu'elle est pliée comme celle d'un rachitique.
Les premiers effets de la Révolution française en Europe. — La Révolution brabançonne. — La révolte à Liège. — Soulèvement en Bohême. — Attitude de la Prusse.
Le caractère de la Révolution française fut d'être un événement européen. Partout son influence se fait plus ou moins sentir comme le marque très bien M. de Bray. En Allemagne, de même que dans
(1) Remarquons combien les vues du chevalier de Bray se sont justifiées. D'une part, la guerre ne se fit pas et l'invasion de la France fut décidée; d'autre part, les affaires de Pologne eurent une telle influence sur les intérêts personnels des alliés, sur leurs opérations militaires, que la France put leur résister victorieusement.
certains Etats héréditaires de la couronne d'Autriche, des mouvements populaires se préparent; des émeutes éclatent en Bohême.
En Belgique, (tomme en Hongrie, cependant, le mécontentement eut une source toute différente; il se manifesta dès le début du règne de Joseph II et de ses projets de réforme dans le gouvernement de ses États. Les Belges avaient jusque-là conservé intacts leurs privilèges traditionnels, confirmés à L'avènement de chacun de leurs princes, sous le nom de Joyeuse Entrée. Joseph II, désirant établir dans ses États une administration autonome, voulut assimiler les Pays-Bas au reste de la monarchie. 11 fit paraître des édits tendant à renforcer l'administration civile et à réduire la puissance ecclésiastique; il réforma le clergé, renseignement, les tribunaux et les conseils, réduisit le nombre des couvents, portant ainsi atteinte, sans ménagement, aux droits antiques si chers aux Belges. L'irritation et la résistance furent des plus vives. Elles augmentèrent encore lorsque l'Empereur fit appliquer brutalement ces mesures au moyen des canons et des bayonnettes du comte Alton ; il enleva aux évêques la juridiction spirituelle, suspendit l'Université de Louvain, fit fermer les séminaires diocésains et imposa sa volonté au Conseil du Brabant, par des édits impératifs. Le clergé se mit à la tête de la résistance et les états du Brabant et de Hainaut refusèrent de se soumettre et de voter les subsides ordinaires (1786-1787). Joseph II, qui commençait alors la guerre contre les Turcs, sembla un moment tenir compte des conseils de modération de ses ministres Murray et Belgiojoso, il donna quelques satisfactions aux mécontents, mais les concessions ainsi accordées étant insuffisantes, la résistance des Belges persista. En juin 1789, irrité du refus opposé à ses édits et au vote des subsides, il déclarait « qu'à compter » de ce jour, toutes les concessions faites, accordées et confirmées à » la province de Brabant, ainsi que les privilèges de cette province et » le contenu entier de la Joyeuse Entrée étaient révoqués, cassés et » annulés; que le comité intermédiaire des états de Brabant, connu » sous le nom de députatton des états, ainsi que les receveurs et em- •» ployés des dits états, étaient supprimés; que le Conseil de Brabant, » était également cassé et annulé. » Ce fut le signal de la Révolution qui prit alors, aux yeux des Belges, un caractère légal.
Ainsi, comme le fera observer le chevalier de Bray, les causes qui soulevèrent les provinces belgiques contre l'Autriche sont très différentes de celles qui provoquèrent la Révolution française.
32 LA SITUATION DE L* EMPIRE ET DE l'aUTIUCHE.
10 octobre 1789 (*).
En quels temps sommes-nous donc parvenus, mon cher ami! La guerre de Trente ans recommencera peut-être. Le fanatisme de la liberté fera ce qu'a fait celui des consciences. Déjà la ligue des princes s'émeut, déjà le souffle élevé en France gagne les cercles qui l'avoisinent et de fréquentes insurrections se font remarquer enSouabe,en Franconie, dans le cercle du Haut-Rhin, en Westphalie, où des puissances petites et nombreuses se croisent et se touchent sans se soutenir, où quantité d'aristocraties, connues sous le nom de villes impériales, sont semées, où une foule de petits princes rassemblés sous le titre de noblesse immédiate, à l'abri de la constitution de l'Empire, voient leurs sujets impatients du joug, sans avoir un soldat pour les soutenir; à la diète même où le collège des villes existe comme s'il n'existait pas, puisqu'il n'est point admis à la corrélation, et que les lois se font par les deux premiers collèges sans avoir égard auv représentations du 5e qui n'en a fait jusqu'ici que de vaines. Croyez-vous que cet ordre de choses soit le meilleur possible; que cette ligue des princes (2), qui crie si haut au despotisme et aux armes contre le despotisme, n'éveillera pas des puissances paisibles et ne parviendra pas à les armer contre elles-mêmes (3)? Règle générale, toute ligue qui se forme suppose et nécessite un objet d'opposition, un parti contraire; car il serait ridicule de prendre de si grandes précautions là où il n'y aura nul danger. Cette ligue a donc un adversaire, cet adversaire c'est l'Empereur... et la France, de l'état de laquelle elle veut profiter. Elle a déjà fait agir à la diète l'envoyé de Spire qui adresse des réclamations relativement aux biens et dîmes dont les décrets de l'Assemblée nationale le privent ou tendent
(1) A M. de Kivalant.
(2) Ligue des princes, sorte de confédération formée en 1786 pour rapprocher de la cour de Prusse les cours allemandes que les prétentions excessives de Frédéric II en avaient éloigné. C'est M. de Dohm qui en fut l'instigateur. Elle échoua car aucun des petits États ne voulut croire à la sincérité de la Prusse.
(3) C'est le recès germanique (28 février 1803) que M. de Bray prévoit quatorze ans auparavant.
à le priver. Vous savez qu'il ne faut qu'un prétexte, le voilà ; la suite nous apprendra le reste.
29 novembre 1789.
Dans le Brabant, il reste à peine une ville à l'Empereur. Cette révolution brabançonne a des causes d'ailleurs absolument opposées à celles qui ont produit la nôtre (*). En Brabant, c'est le clergé qui est l'auteur du mal ; là, il n'en est que la victime.
L'évêque d'Anvers, anciennement docteur en théologie et alors tout autrichien, n'a pas plutôt coiffé la mitre qu'il a changé de système. Le désir immodéré qu'a l'Empereur de tout réformer le porta à rassembler les différents séminaires, établis dans les villes du Brabant, en un seul siégeant à Louvain et d'y établir une doctrine uniforme d'après le plan des écoles normales suivi en Autriche et institué par l'abbé de Sagan.
On a su les difficultés sans nombre que cette réforme a éprouvées, et toutes les querelles avec l'archevêque de Matines; le soulèvement des écoles, la division de l'université dont quelques facultés ont été transportées à Bruxelles; tout cela, joint aux attaques indiscrètement livrées aux privilèges des Etats du temps de Belgiojoso, en 1784, après le premier édit qui supprimait le jubilé, et cela sous prétexte de favoriser le peuple, a animé le peuple brabançon contre l'Empereur.
Van der Aoot [*), avocat, a prêté sa plume que rien n'intimida. Après la première réconciliation en 1787, la Cour de Vienne conservant du ressentiment pour Van (1er Noot, le voulut faire enlever. Il fut averti à temps, il décampa. On avait rempli
(1) La Révolution française.
(2) Il fut choisi par un comité d'action pour remplir le rôle d'agent plénipotentiaire du peuple brabançon et devint ainsi le chef du mouvement avec le colonel Van der Merch.
34 LA SITUATION DE l'eMPIRE ET DE L'AUTRICHE.
la ville de Bruxelles de patrouilles, toutes les portes étaient fermées. On força sa maison pendant la nuit, tous ses papiers avaient été enlevés, et lui-même s'était rendu en Angleterre, de là il est revenu en Hollande, et le dernier coup que l'Empereur a voulu porter aux États en les supprimant, a ranimé un feu qui n'était pas éteint.
D'un autre côté, le cardinal-archevêque, excité et mené par l'évêque d'Anvers, a violé toutes les promesses qu'il avait faites à Vienne où il s'était rendu pour conférer avec l'Empereur qui était parvenu à le convertir. De retour à Malines, après avoir revu l'évêque d'Anvers, il a déclaré que sa conscience ne lui permettait pas de tenir ce qu'il avait promis; il est certain aussi que la Cour de Vienne avait changé les dispositions dont elle était verbalement convenue avec l'archevêque lors de son voyage; enfin tout s'est trouvé aussi brouillé qu'auparavant.
La politique des puissances maritimes est favorable à ces troubles. On vendait des affûts de canon aux patriotes 15 s. la pièce; certainement ce ne sont pas les marchands qui vendent pour perdre. On connaît les résultats de l'insurrection, les malheurs des généraux d'Arberg et de Schroeder, à ïurnliout et à Saint-Nicolas; à Gand, les troupes impériales environnées de dangers, déconcertées, effrayées, désertent et se laissent battre. Quand une fois tout un peuple est d'accord, comment empêcher que des soldats ne se joignent à ceux qui leur promettent tout avantage? Quel intérêt ont-ils à se battre contre leurs concitoyens? N'est-il pas vrai que si les armées réfléchissaient un moment à la cause pour laquelle elles se battent, elles ne se battraient jamais? Ah! si cela pouvait être, ce serait sans doute le plus grand bien que les lumières et l'esprit de combinaison eussent fait au genre humain.
La révolution également éclate à Liège. Les Liégeois se caractérisaient par le plus grand esprit d'indépendance. On connaît ce vieux dicton de Liège : « Pauvre homme dans sa maison roi est. »
Cet esprit qui avait provoqué maints soulèvements à Liège devait,
sous l'influence des encyclopédistes français, amener la destruction du gouvernement épiscopal.
On était las des règlements arbitraires et surannés, des privilèges de cour La question des jeux de Spa fournit l'occasion dune révolution. On contesta au prince le droit d'édicter en matière de police. On porta la décision devant la Chambre impériale de Wetzlar, puis ce fut la révolte ouverte. On réclama 1 abolition des anciennes lois et des règlements. Le conseil fut renouvelé et remplacé par des magistrats populaires (18 août 1789), On prépara une refonte des impôts, une représentation nationale, etc..
Mais il ne faut pas croire que le peuple de Liège fût malheureux sous le gouvernement de son évéque, comme tant d'habitants de petits États séculiers. Le proverbe : « Il fait bon vivre sous la crosse », s'appliquait surtout à Liège, où il n'y avait pas d'impôts directs, pas de conscription et beaucoup de privilèges qui constituaient des libertés politiques étendues. La révolte éclata pour que fût abrogé le règlement de 1684 et que le pouvoir du prince-évêque fût limité, mais surtout parce que les Liégeois subissaient l'influence de la France. Sans la Révolution française, la Révolution de Liège n'aurait peut-être pas eu lieu. Pourtant l'appui de la France resta platonique et se borna à quelques encouragements stériles.
La politique de la Prusse, dans la vallée de la Meuse, comme dans l'Empire, se confirme par la conduite de sa Cour en cette circonstance. Pour augmenter les embarras de l'Empereur au moment où elle entrait contre lui dans une ligue puissante, la Prusse se montrait partout favorable aux sentiments populaires et les troupes, que le roi envoya en sa qualité de duc de Clèves, pour réprimer les troubles, par décision de la Chambre de Wetzlar, se montrèrent plutôt indulgentes aux Liégeois; elles se retirèrent même à la suite d'un décret de la Chambre impériale, contraire au vœu du roi Frédéric-Guillaume, décret qui maintenait l'évêque Hoensbroeck dans ses anciens droits (avril 1790); il fallut l'intervention des troupes autrichiennes pour réduire entièrement l'insurrection, et ce n'est qu'au début de 1791 que l'évêque put rentrer dans sa principauté.
Quant aux autres provinces Belgiques, privées, après la convention de Reichenbach, de l'appui des puissances maritimes et confiantes dans les promesses de Léopold 11 qui s'engageait à leur rendre tous leurs privilèges, elles se soumirent sans nouvelle résistance, et en quinze jours le général autrichien Bender les réoccupa sans coup férir.
Le chevalier de Bray fait bien ressortir à la fois le caractère de la Révolution des Pays-Bas, sous Joseph 11, et les raisons politiques qui ont assuré aux Belges, dès le début, un succès si rapide et si complet,
ainsi que celles qui les ont amenés à se soumettre en acceptant les conditions avantageuses promises par leur nouveau prince.
1er décembre.
Les Liégeois paraissaient disposés à se défendre contre les troupes d'exécution envoyées sur leur territoire par les directeurs du cercle de Westphalie en vertu du rescrit de la chambre de Wetzlar (1). Cette détermination me paraît la plus sage, en ce que les frais qu'ils seraient condamnés à paver pour les armées des directeurs seraient pour le moins aussi considérables que ceux qu'ils feront pour leur propre défense, en ce qu'il est important pour eux de conserver la nouvelle constitution qu'ils se sont donnée, en ce que douze mille hommes ne sont pas capables de les réduire s'ils sont bien décidés à ne pas les laisser faire, en ce que l'esprit de désertion qui s'empare de toutes les troupes, l'exemple des Brabançons, les encouragements de la France, l'éloignement du territoire prussien, la nature de la composition des régiments de cette puissance, formés en grande partie d'étrangers, fera peut être fondre ce corps avant qu'il puisse rien effectuer. D'ailleurs, si les premiers moments sont gagnés, est-il à croire que le Roi de Prusse dégage ses provinces pour réduire la principauté de Liège aux volontés de son évêque?
Quel est le Souverain qui peut aujourd'hui compter sur ses soldats? On a dit qu'avec de l'argent on a des soldats et qu'avec des soldats on a de l'argent; cette maxime cesse aujourd'hui d'être applicable parce que le peuple dira partout aux soldats: Vous êtes tirés de notre sein, c'est nous, ce sont vos pères, vos fils, vos femmes que vous écrasez vous-mêmes. Ce langage se fait entendre de tous côtés, et de tous côtés il est compris.
En Bohême, il y a déjà eu plusieurs émeutes. Le peuple est extrêmement mécontent, le souffle de l'opinion publique dans la
(i) Chambre impériale de Wetzlar qui jugeait, ainsi que la cour auliquede Vienne, les procès réservés à l'Empereur qu'on appelait les « cas impériaux. »
LES PREMIERS EFFETS DE LA RÉVOLUTION, ETC. o7
relation des peuples envers les souverains agite aujourd'hui le royaume. Il y a dix mois, on n'y imprimait pas en langue vulgaire la plus chétive des nouvelles; aujourd'hui, tous les événements de la France, des Pays-Bas, de l'Allemagne, y circulent imprimés en langue bohème. Les cabarets se remplissent de curieux qui les lisent et de raisonneurs qui les commentent. La Styrie a adressé des représentations à l'Empereur, celui-ci a répondu durement. Les nouvelles levées d'hommes et d'argent qui se font ou se feront pour la prochaine campagne contre les Turcs soulèvent tous les esprits. L'Empereur affaibli par sa maladie toujours subsistante succombera sous tant de maux. A Vienne môme on garde peu de ménagements. Les députés du peuple brabançon ont été traités généralement avec la plus grande distinction.
27 janvier 1790.
La révolution du Brabant mine l'Empereur. Depuis le 25 décembre, où il apprit la prise de Gand arrivée le 14, il a toujours été très mal. Il ne voit plus que le comte Rosambert, grand chambellan.
Les affaires de l'Empereur sont donc actuellement dans un état vraiment fâcheux. Luxembourg seul lui reste, mais c'est beaucoup, et on ne peut calculer la marche des événements d'ici au printemps prochain, assez justement pour décider du sort de cette forteresse et de la domination autrichienne dans les provinces belgiques.
La réunion des Liégeois avec le Brabant, tant mise en avant par certains esprits ici, me paraît une chimère. Comment les Brabançons déjà fort incertains, dans l'origine, du succès de leur entreprise, eussent-ils été s'accoler à des voisins faibles poursuivis par les lois et les armes de l'Empire? Il eût été, dans tous les cas, très facile de soumettre le pays de Liège et de laisser à l'Empereur le soin de soumettre ses provinces belgiques. On ne dira pas que le général Van der Mersch, oubliant sa mission et ses vues, fût venu s'amuser à se faire battre par les Prussiens, au lieu de s'occuper à battre le général Schrœder. On ne
38 LA SITUATION DE l'iîMPIRE ET DE L'AUTRICHE.
le dira pas aux gens, surtout qui commencent à ne plus douter, que l'insurrection brabançonne n'entrât parfaitement dans les intérêts de l'Angleterre, de la Hollande et de la Prusse. Or, ceux qui dirigent l'entreprise savaient trop bien leurs instructions pour se mêler de l'affaire des Liégeois si visiblement, si nécessairement étrangère à la leur, du moins relativement à l'Empire (').
22 avril 1790 (2).
A Liège, la retraite des troupes prussiennes abandonne
le pays aux insurgés, et remet les choses dans l'état où elles étaient avant leur entrée, avec cette différence que pendant près de six mois les insurgés ont eu tout loisir de s'armer, de se préparer, d'intimider les partisans de l'ancienne constitution et les amis de l'évêque; avec cette différence enfin qu'aujourd'hui la ville n'a plus à craindre les armes prussiennes, et n'aura plus à faire qu'aux autres co-di recteurs.
Ce départ des Prussiens indique que le Roi abandonne l'exécution comme il lavait annoncé dans sa correspondance.
Comme nous l'avons dit, les Liégeois eurent recours à l'appui de la France; ils envoyèrent une députation à la barre de l'Assemblée nationale, et M. de Bray nous fait connaître, en joignant à ses notes les « nouvelles extraordinaires de Leyde », comment elle fut reçue à la séance du 18 septembre 1790. Aucune suite ne fut donnée à cette démarche.
Extrait des Nouvelles extraordinaires de Leyde du 28 septembre 1790.
Dans la séance du samedi 18 septembre, au soir, on a vu paroître à la Barre de l' Assemblée Nationale des députés du
(1) Les affaires de Liège étaient réglées conformément aux lois de l'Empire par la Diète, celles de Brabant ressortissaient directement à la Cour de Vienne.
(2) A M, le Oe de Monlezan, ministre plénipotentiaire de France à Munich.
Peuple Liégeois; à peine avoient-ils commencé leur discours, que M. Merlin a interrompu l'orateur, pour demander à l'assemblée, que les députés du peuple Liégeois fussent admis dans l'intérieur de la salle, comme l'avoient été les députés d'Avignon. On observera, « que la prudence exigeoit, qu'on rérifiât les » /touvoiîs des personnes, qui se présentoient à l'assemblée, » comme députés vers elle. » Cette réflexion fut goûtée comme très fondée par plusieurs membres, « puisque, sans » cette vérification de pouvoirs, l'assemblée pourroit être sou- » vent exposée à des méprises très désagréables, et que ses » ennemis ne manqueroient pas, pour jeter du ridicule sur elle, » de profiter de cette facilité à admettre, comme députés vers » elle, tous ceux qui auroient la fantaisie de se présenter. » Cependant M. de Mirabeau, monté à la tribune, dit « que les »> députés /«e0eownetoienl pas seulement d'ardents admirateurs » de la Constitution ; qu'ils avoient encore une pétition à faire en » qualité de créanciers de la nation; qu'il convenoit donc, » puisque le président les avoit admis, que tout membre s'in- » terdît aucune réflexion à cet égard. » M. Freteau soutint la même opinion. D'un autre côté l'on insistait vivement sur la lecture des pouvoirs, afin de constater s'ils étoient des députés ou desimpies particuliers, vu que dans ce dernier cas ils ne dévoient être entendus qu'à la Barre. De cette diversité d'opinions il résulta de violents débats.
Les députés liégeois reprenoient à peine leur discours, qu'ils étoient interrompus par ces cris, lecture des pouvoir*! Enfin, après le plus violent tumulte, que M. Charles de La met h étoit venu accroître encore en disant, « que la minorité devoit craindre » de lasser enfin la patience des François, et qu'elle devoit » frémir des suites fatales, qui pouvoient en résulter; » propos qui, ayant paru une menace à la minorité, avoit fait élever de ce côté-là des cris multipliés, les députés liégeois reprirent la parole : Et après quelques nouvelles interruptions, ils achevèrent leur discours qui renfermoit des plaintes contre le Prince-Evêque de Lièije ; Ils réclamèrent l'appui de la France pour le maintien de leur liber té, que des tyrans sanguinaires vouloient leur ravir : Ils finirent par réclamer la justice de l'assemblée
pour le payement d'une ancienne créance de 2,600,000 livres. Cette créance fut réduite en 1785, à deux millions, sur lesquels ils ont reçu 5ti0 mille livres : Ils demandent que Y Assemblée Nationale veuille bien leur faire payer ce qui leur est dû pour solde. M. le Président leur fit une réponse analogue à leur discours, et leur adressa la parole comme aux députés du peuple liégeois en leur promettant, que l'Assemblée feroit examiner leur demande. Celle-ci fut renvoyée au Comité de liquidation.
La mort de Joseph H. — Ses derniers moments. — La nomination des vicaires de l'Empire. — Ce que pensait Joseph II de la Révolution française — Conséquences politiques de sa mort. — Le nouvel Empereur Léopold II; sa politique.
Ratisbonne, le 22 février 1790.
Hier, le Ministre de Bohême m'a fait part de dépêches du 18 et de lettres du 18 et du 19 qui attestent que l'Empereur vit encore, mais que chaque moment fait craindre pour sa perte.
Le 13, l'Empereur a été administré, il a reçu le viatique à genoux, en uniforme et en bottes et avec une grande liberté de tête (il a reçu l'extrême-onction le 15, le 16 a été mauvais, le 17 il y a eu du mieux, l'hydropysie de poitrine est déclarée), il est absolument résigné au coup qui le menace. Au milieu des chagrins qui l'environnent, ce grand prince montre une sensibilité vraiment touchante, et une fermeté qui ne s'est jamais démentie. Malgré la force du mal qui le domine, il a sans cesse été occupé des affaires immenses dans lesquelles l'Autriche est aujourd'hui engagée. Il a écrit à son armée une lettre par laquelle il prend congé d'elle dans les termes les plus affectueux et les plus touchants. Il lui dit entre autres que c'est l'amour de l'état militaire qui l'entraîne au tombeau, et que le désir de rester avec elle 1 avant-dernière campagne lui fit négliger la maladie qui l'enlève. Tant de résignation méritait moins de souffrances, mais le 18, au matin, son cœur éprouva le coup le plus sensible. Son confesseur lui apprit la mort malheureuse de l'archidu-
chesse ; elle est morte en couche d'une hémorragie terrible. Elle est accouchée le 17, à 10 du soir, avec des douleurs infinies, l'accoucheur ayant été obligé d'employer le forceps. L'enfant (c'est une fille) vit. La mère se trouva mieux pendant la nuit; vers le matin, l'accoucheur la quitta la croyant endormie, il ne resta auprès d'elle qu'une garde et une de ses dames. Avant 8 heures, l'hémorragie se manifesta d'une manière effrayante. Quatre matelas furent percés de son sang, et elle expira à 8 heures dans des convulsions affreuses. Son enfant a été baptisé à 11 heures, 15 heures après sa naissance. Cette malheureuse princesse avait prédit sa mort, elle disait sans cesse, je suivrai ma sœur qui est morte en couche (elle avait épousé le princeévêque de Lubeck). Ce pressentiment s'est trop réalisé. L'archiduc est inconsolable II jette à cette accablante nouvelle les cris du désespoir, il aimait tendrement son épouse, à qui son extrême jeunesse (19 ans) semblait promettre une destinée plus heureuse.
Lorsque l'Empereur a appris ce funeste événement, il est resté un moment immobile, et bientôt fondant en larmes, il s'est écrié douloureusement : elle est morte ! La volonté de Dieu soit faite, je ne tarderai pas à la suivre. On assure qu'alors il a écrit sur-le-champ à l'Impératrice de Russie ('), vers laquelle il avait déjà dépêché Monsieur de Lamberti, pour lui annoncer la nouvelle de l'accouchement de la belle-sœur du Grand-Duc; mais si l'on réfléchit que depuis plusieurs jours, plusieurs pièces importantes n'ont point été publiées parce que l'Empereur ne pouvait signer son nom, on doutera de cette particularité.
Enfin, ce grand monarque accablé de douleurs physiques et morales, attend la mort, à l'instant où ses plus belles provinces sont révoltées, où des puissances jalouses se réunissent pour lui ravir ses succès, où le mécontentement de ses sujets se manifeste
(1) Catherine d'Anhalt-Zerbst, épousa, en 1745, le neveu de l'Impératrice Elisabeth, Pierre III, et devint à sa mort (9 juillet 1762) impératrice de Russie sous le nom de Catherine II. Si sa vie privée fut empreinte d'une grande indépendance de principe, elle eut un tel amour de la gloire qu'elle lit beaucoup pour la grandeur et la prospérité de la Russie.
Plus loin, M. de Bray nous trace un portrait de Catherine dans des pages fort attrayantes.
de tous côtés, où les chagrins de sa sœur, notre reine, n'ont pu être effacés de son âme, où son autre sœur, sa bien-aimée, l'archiduchesse Marianne, lui est enlevée par une mort prématurée, où enfin l'archiduchesse, celle en qui il plaça ses plus douces affections, qui cimentait une alliance qu'il aimait, le quitte et semble le précéder dans la nuit éternelle !
24 février 1790.
L'Empereur est mort le 20 février 1790, à 6 heures du matin.
La nouvelle est parvenue à Ratisbonne, le 25 février. La dépêche datée du 20, signée Kaunitz (*), consacre un long article au récit de ses dernières dispositions, de la fermeté, de la présence d esprit qu'il a témoignées. Il a demandé à ne point être ouvert et à être enterré après vingt-quatre heures. La nouvelle de la mort du prince de Cobourg est arrivée le 19, de sorte que l'Empereur a encore pu l'apprendre et subir cette dernière épreuve. Le prince est mort à Bucarest, d'une fièvre bilieuse. Le bruit de cette mort s'est démenti. On attend journellement le Grand-Duc (2)...
25 février 1790.
Les vicaires ont nommé leurs ministres à la Diète : M. de Lerchenfeld pour le Palatinat, M. de Hohenthal pour la Saxe. Rien de décidé encore pour la continuation de la Diète.
(1) Venceslas-Antoine, prince de Kaunilz-Rietberg, mort le 24 juin 1794, chambellan de l'Empereur Charles VI et chancelier d'État, auteur principal du fameux traité de 1756 entre la France et l'Autriche, l'Empereur Joseph II le coiserva au pouvoir jusqu'à sa mort.
(2) Léopold II, né en 1747, qui était grand duc de Toscane, depuis la mort de son père François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche (1765). Il gouverna la Toscane jusqu'à la mort de son frère Joseph II; lorsqu'il devint Empereur, c'est son second fils, Ferdinand III, qui lui succéda.
Le 15 mars 1790.
Les vicaires n'ont encore rien notifié à l'Empire. Les assemblées des ministres se sont continuées comme assemblées d'Etats, mais non comme Diète. Le vicaire saxon a invité les ministres des villes à ne point se rendre à ces assemblées. Les princes ne semblent pas disposés à reconnaître chez les vicaires le droit de présider et de continuer la Diète et ils ne reconnaîtront pas le principal commissaire. On parle aussi de signer une capitulation perpétuelle et de discuter les points contestés. La notification de la mort de l'Empereur doit être faite dans trois semaines, ensuite on nommera les ministres pour l'élection à Francfort. D'ici, MM. de Goertz (1), Omptedeet Hohenthal sont désignés.
11 fut fort question de restreindre encore les pouvoirs de l'Empereur par une capitulation plus forte que les précédentes. On doit même y englober, dans l'affaire de l'élection, de grands intérêts politiques étrangers à cette affaire; tout cela fait présumer de longs débats et des discussions difficiles.
L'activité diplomatique est à son comble. Le comte Bruhl (2) est passé le 5 pour aller prendre des instructions positives à Berlin sur les affaires du vicariat. Le comte ïrautmansdorf (3) est attendu ici: il doit se rendre à Vienne où la mort d'Haddik (4) lui ménagera plus de moyens pour justifier ses fautes comme gouverneur des Pays-Bas.
(1) Jean-Eustache, comte de Schlitz, dit de Goertz. Diplomate prussien, ministre à la Diète de Ratisbonne il 788); il occupa ce dernier poste jusqu'à la dissolution de la Diète, en 1806. Il fut ainsi le dernier ministre prussien près de la Diète germanique.
(2) Charles-Adolphe de Bruhl. D'abord au service de la France, il eut un régiment de cavalerie au service de Saxe et fut nommé, en 1786 par Frédéric- Guillaume II, général et gouverneur des princes
(3) Grand chambellan, conseiller d'État, fut un des plus distingués parmi les hommes d'État autrichiens. Il remplaça Belgiojoso dans le Gouvernement delà Belgique, mais il ne put enrayer la Révolution brabançonne.
(4) André, comte de Haddik, général autrichien de grand mérite, mort le
12 mars 1790 à Vienne. Il prit part à deux guerres contre les Turcs, à celle qui précéda le Traité de Belgrade et à la campagne de 1789 ; mais il se distingua surtout pendant la guerre de sept ans.
20 mars 1790.
En vain, nous voudrions nous isoler, les intérêts de toutes les puissances de l'Europe nous environnent. Sans un concours étrange de circonstances, notre révolution eût pris une tout autre face. Je suis persuadé que si feu l'Empereur n'avait point été engagé dans cette guerre contre les Turcs, si des réformes prématurées et im politiques n'eussent point soulevé les provinces belgiques, si, enfin, nos États généraux eussent commencé quatre ans plus tôt, il eût employé toutes ses forces à en contrecarrer les projets. Le comte de Salern, son ministre pour la Bohême, à la Diète, l'a vu en novembre; il avait à lui parler de plusieurs objets importants, soit pour l'Empereur personnellement, soit relativement à ses intérêts à la diète de l'Empire ; l'Empereur l'interrompait toujours, et le pressant par un des boutons de son habit — mais concevez-vous quelque chose à cette révolution de la France; mais cela est-il croyable? — et il tombait dans une profonde rêverie. Ce coup n'eût point été si sensible pour lui s'il n'avait envisagé le sacrifice d'immenses intérêts. Il ne pouvait se dissimuler tout ce qu'il perdait en perdant le secours de la France, qui comme l'a invinciblement démontré M. de Peyssonnel, s'est continuellement sacrifiée pour l'Autriche, depuis le traité de 1756.
21 mars 1790.
Quelles immenses considérations environnent aujourd'hui le nouveau roi, et quelles doivent être les sollicitudes des différents Etats circonvoisins, sérieusement intéressés à pénétrer ses intentions ?
Le roi Léopold est arrivé à Vienne le 12, la veille de la mort de Haddik. Son caractère s'est manifesté comme Grand-Duc, il ne changera point comme roi de Hongrie ; il a de la finesse et des connaissances, mais il est systématique et singulièrement avare. Les sommes qu'il a amassées par toutes sortes de moyens pourront lui être utiles dans les circonstances actuelles, mais
c'est une chose plus difficile qu'on ne pense pour un prince qui aime l'argent, de savoir bien l'employer. Peut-être le désir de conserver ses trésors lui fera-t-il faire de trop grands sacrifices. Il est dangereux de mollir au commmencement d'un règne, surtout d'un règne comme celui-ci.
On parle de propositions de paix faites à la Pologne; peutêtre la demande prématurée que le roi de Prusse a adressée à la Diète de Varsovie des territoires de Thorn et de Dantzig, refroidira-t-elle un enthousiasme qu'il est dangereux d'avoir pour une Cour qui, à de grands moyens de succès, réunit beaucoup le désir fort naturel d'acquérir. Les Polonais empruntent de tous côtés, font des efforts incroyables pour former une armée dont la Prusse, comme alliée, retirera les avantages, vu qu'elle la dirigera, en cas de conflit, contre ses deux ennemis naturels les plus puissants, l'Autriche et la Russie.
Cette dernière, malgré ses trophées, ne s'est peut-être jamais trouvée dans un état plus critique; il est très douteux que l'Autriche, sous son nouveau roi, continue l'alliance contractée avec elle; jamais Léopold n'a approuvé cette alliance. Il paraît avoir envie de suivre le contre-pied de son frère. Le sacrifice des mauvaises provinces qu'il a arrachées aux Turcs ne lui paraîtra pas à beaucoup près aussi grand, parce qu'il n'a été ni fauteur, ni témoin des travaux que leur acquisition a coûtés. Il oubliera les 151) mille hommes perdus dans deux campagnes, des sommes énormes, des apprêts immenses, si, moyennant de légers avantages qu'on lui laissera de ce côté, on ne s'oppose point à ce que de l'autre il recouvre les provinces belgiques. La Russie s'arrangera d'ailleurs comme elle pourra.
Il est bien naturel, après tout, que le recouvrement des Pays- Bas lui tienne fortement à cœur, mais la manière dont il s'y est déjà pris, les ressorts qu'il a fait jouer, sont-ils prudents? Un prince qui a une armée de plus de 500,000 hommes peut-il faire des propositions comme celles qui sont consignées dans le manifeste adressé le 2 mars aux provinces belges par le gouverneur général?
Déjà la Bohême a commencé des assemblées et en a annoncé
4G LA SITUATION DE LEMPIRE ET DE l'aUTRICHE.
une générale pour cet été, sans le consentement du Souverain. Les Hongrois recouvrent leurs privilèges et le Roi propose, s'ils le jugent à propos, d'en accorder d'autres!
La Diète pour le couronnement s'ouvre le 24 juin.
Léopold, par la teinture qu'il avait prise des philosophes, sans se laisser dominer par les systèmes politiques, estimait qu'un souverain devait, surtout à l'époque à laquelle il vivait, devancer par les réformes l'opinion publique et la diriger au besoin. De là les mesures qu'il crut devoir adopter à l'égard des Belges, puis des Hongrois. On ne peut pas nier qu'il agissait en la circonstance en véritable homme d'Etat et en diplomate instruit par les événements. La lactique employée, excellente en soi, n'eut aucun succès tout d'abord dans les Pays-Bas, ce n'est certes pas la faute de l'Empereur. Van der Noot ne répondit même pas à son message. Au contraire, les mesures adoptées à l'égard des Hongrois lui rallièrent la grande majorité de la population.