L'EMPEREUR JOSEPH II, ETC
que la nouvelle de la mort de l'Empereur ne se répande, et l'on ne peut douter que les dispositions des armées autrichiennes ne changent, et que le courage des Turcs n'en augmente.
Le 6 octobre 1789 (*).
. . . Nous ne sommes pas sans remède et des moments de crise plus violents nous ont déjà agités sous le règne de Jean, de Charles VI. Il faut être comme Varron, ne pas désespérer de la république. Je voudrais surtout qu'on s'occupât d'organiser les provinces. Tant que les différents corps de la monarchie n'auront pas établi les fils qui doivent les lier à un centre commun, il est impossible que l'administration agisse et que le bien s'exécute. Si, au contraire, les provinces étaient organisées, quand même l'Assemblée nationale en viendrait au point de démence le plus complet, elle aurait, dans les provinces, des juges qui la rappelleraient aux principes qu'elle doit suivre et rendraient ses imprudents décrets sans effet. Cela est incontestable, parce que le premier désir du peuple est d'être heureux et que le bonheur du peuple ne régna jamais au sein de la licence. Peut-être donc, pressé par l'aiguillon de la nécessité, en viendra-t-on à ces établissements salutaires. Oh utinam !
Mais il faut qu'on se dépêche; qui sait si nous aurons le temps nécessaire pour établir ces sages et utiles dispositions.
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7 octobre.
La France est partout enveloppée d'ennemis. Si l'on savait comment cet «Empire» à qui nous avons rendu de si importants services, nous hait et jouit de nos malheurs, comme il s'abreuve de nos larmes et craint de les voir cesser. Protestants, catholiques, tous n'ont qu'un même sentiment, tous se réunissent pour danser aux tristes bruits de nos plaintes. Et pourquoi cette
(1) A M. de Kivalant.
haine commune ? C'est qu'on nous jalouse, c'est que nos longs succès ont aigri les uns et ont inquiété les autres; c'est que notre traité avec l'Autriche nous a retirés de la place honorable de protecteurs du corps évangélique que la paix de Westphalie nous avait donnée, pour en revêtir la Prusse ; c'est que l'Empire, composé d'une foule de petites souverainetés jalouses et fières, voit des tyrans dans les grandes puissances, comme l'homme du peuple chez les grands seigneurs. Ils nesententque leurs maux d'où ils attendent leurs secours, ils croient que cette rivalité établie entre la maison de Brandebourg et l'Autriche détruira l'une des deux. Ils pensent qu'il n'est pas raisonnable de supposer que la Prusse, avec ses faibles ressources, puisse résister à la longue contre la puissance de l'Empereur qui saura toujours avoir la Russie dans ses intérêts. Les Frédéric II ne sont pas de ces hommes que la nature consente à prodiguer aux empires. Sansdoute les premiers moyens de Frédéric-Guillaume^) sont imposants, mais tôt ou tard, ennemi de l'inaction par besoin, il les mettra en œuvre, vu qu'une armée de deux cent mille hommes serait un vampire épouvantable si on la gardait dans un petit pays comme la Prusse, sans lui fournir l'occasion d'exercer ses forces destructives sur d'autres États. On ne peut donc présumer que de pareilles forces soient un simple apparat et un frein pour les autres puissances que l'ambition d'acquérir pourrait tenter. De si grandes armées fatiguent trop le corps qui les supporte, pour qu'on ne cherche pas à le rejeter sur quelque autre; et nous en sommes venus au point dans l'Europe, que chacun, outrepassant ses moyens pour résister aux grands coups qui le menacent, il arrivera nécessairement de deux choses l'une, ou que toutes les puissances retomberont en même temps du point de hauteur où elles se sont efforcées d'atteindre, bien au-dessous du niveau qui devrait leur être naturel, ou que l'une d'elles, moins destituée de ressources, moins minée dans ses fondements, pourvue de reins plus forts, profitera de la chute des premières pour se restaurer à leurs dépens et les
(1) Frédéric-Guillaume II, neveu du grand Frédéric, né le 25 septembre 1744, mort le 16 novembre 1797. Il monta but le trône le 16 août 1786.