LE ROI FRÉDÉRIC-GUILLAUME II, ETC. G
IIÏ
Le roi Frédéric-Guillaume II et M. de Hertzberg. — La Prusse et l'Autriche se préparent à la guerre. — Causes du retard de l'entrée en campagne. — Les armées sont en présence. - La paix semble devoir se faire comme en 1779, les armes à la main.
Dans les lettres suivantes, le chevalier de Bray étudie spécialement la politique de la Prusse déjà esquissée dans les passages précédents. Il commence par nous tracer des portraits du Roi et de ses ministres; il cite les causes qui eurent une influence peu favorable à la politique prussienne.
M. de Bray explique et fait ressortir dès maintenant, pour le mieux indiquer plus tard, comment, ayant voulu et préparé la guerre, l'on s'aperçoit au dernier moment que les moyens de la faire ne répondent pas aux prévisions, comment l'alliance anglaise devient incertaine et pourquoi la Prusse se voit obligée de négocier avec l'Autriche, qui a su se dégager des embarras qui menaçaient d'entraver sa liberté d'action et d'affaiblir sa puissance, et qui, finalement, sortira plus puissante que jamais de tous les dangers auxquels elle s'est vu momentanément acculée.
9 juin 1790 (').
L'Autriche ne voudra naturellement point de paix sans la rentrée en possession des provinces belgiques. Si l'Angleterre reconnaît leur indépendance, la Prusse suivra nécessairement de près. Vous aurez peut-être été étonné de l'incertitude de cette dernière dans des moments si importants. Il y aurait des raisons de croire que ces délais tiennent à des causes intérieures plutôt qu'à des négociations amicales. Le Roi Frédéric- Guillaume n'est plus le grand Frédéric. 11 aime les plaisirs et s'occupe de théosophie. Pourtant son caractère le porte à diriger toutes les affaires de l'État. M. de Hertzberg, son ministre des Affaires étrangères, est un homme extrêmement actif, toujours prêt aux entreprises hardies et qui espère pouvoir faire jouer à la Prusse le rôle que la France a joué sous
(1) A M. le baron de Flachslanden.
66 LA SITUATION DANS LE NORD DE l'eUROPE, ETC.
Louis XIV (*). De là toutes ces négociations, ce flux et reflux de courriers, de dépêches, de notes et rapports dans toutes les Cours. Sans doute la position de la Prusse est malaisée. Peu importante par sa masse, environnée de deux des puissances les plus considérables du monde, son but éternel doit être de chercher à se préserver de leur ambition en les affaiblissant. C'est à cela que le cabinet de Berlin a habilement visé en portant la Suède à faire la guerre à la Piussie, l'Angleterre et la Hollande à se réunir à elle, pour forcer le Danemark à rester neutre; la Pologne à signer avec elle un traité offensif et défensif ; la Turquie à tenter une troisième campagne ; profitant ainsi des troubles dans le Brabant, en Galicie, en Hongrie, où le couronnement vient, non pas sans raison, d'être différé à la réquisition du comité général.
M. de Hertzberg, je le sais, proteste contre l'attribution qu'on lui fait de ces mouvements, et cela doit être, mais tant de mesures annoncent des vues qui devraient avoir persuadé l'Autriche et la Russie que c'est bien sérieusement qu'on veut les forcer à reculer, à descendre de ce haut point, où leur ambition les a portées à s'élever, en s'accablant sous le fardeau de leurs victoires. Pourtant, lorsque tant d'apprêts ont été faits et annoncés, que le prélude a été si imposant, cette immobilité des armées prussiennes, ce silence de son Cabinet qui ne traite plus que dans le secret, ces délais, ces tempéraments ne se comprennent point.
Le duc de Brunswick (2), mécontent de ces atermoiements
(1) Hertzberg, élève de Frédéric II et dont les conceptions rappellent celles du ministre de Philippe V, Albéroni, avait formé un vaste plan politique. On laisserait à la Russie, en Orient, Otehakoff et la Bessarabie; à l'Autriche, la Moldavie et la Vaîachie. En revanche, la Russie abandonnerait à la Suède une partie delà Finlande; l'Autriche restituerait à la Pologne une partie de la Galicie. Par contre, la Suède et la Pologne céderaient à la Prusse, l'une, une partie de la Poméranie, l'autre, les villes de Thorn et Dantzig. Mais le plus difficile était de faire accepter à la Russie et à l'Autriche des cessions de leur propre territoire et un tel agrandissement de la Prusse sans les avoir vaincues.
(2) Charles-Guillaume Ferdinand, duc de Brunswick- Wolfenbutiel. Célèbre comme maréchal de Prusse et signataire du fameux manifeste qui précéda l'invasion de la France, en 1792. Il obtint de grands succès pendant la guerre de Sept Ans. Au moment des troubles de Hollande, en 1787, il reçut le commande-