LE ROI FRÉDÉRIC- GUILLAUME 11, ETC
semble peu favorable à cette campagne. Le comte de Hertzberg presse, excite; le duc déclare qu'il ne veut, comme homme d'État, prendre aucune part à la guerre qui peut se faire; qu'il remplira son devoir comme fekl-maréchal ; mais qu'il ne veut pas se mêler des affaires du Cabinet. Quelque authenticité que l'on donne à cette déclaration du duc de Brunswick, j'ai peine à croire à sa sincérité; car il est de son intérêt de se montrer sur un grand théâtre, et son ambition avide de gloire ne le portera point à s'en écarter.
Si véritablement le duc penche pour la paix, il faut qu'il ne soit pas content de l'armée. On dit, en effet, qu'elle-même est mécontente, qu'elle n\st point équipée comme elle doit l'être. Les magasins ne sont point complets. C'est la faute du ministre Schulenbourg qui avait le département de la guerre, et qui vient de se brûler la cervelle. Il avait, paraît-il, laissé vider les magasins de grains préparés pour l'approvisionnement de l'armée. Le vide a été découvert. Il n'a pu être rempli depuis l'époque de l'été dernier, pendant lequel tous ces grains ont passé à la France, à laquelle ils ont été vendus pour une somme évaluée à plus de 1,600,000 livres. Le comte de ïhurn, qui a été à Berlin l'an dernier, m'a dit que s'informant d'où nous venaient les approvisionnements immenses qui nous sont arrivés par la voie de Hambourg, il avait appris qu'une grande partie avait été expédiée de Prusse par terre vers l'Elbe, et de là transportée à Hambourg. On ne doute point que Fimpossibité de justifier cette opération coupable n'ait porté Schulenbourg au désespoir. Le ministère cherche naturellement tant qu'il peut à plâtrer l'affaire. Le roi a généreusement fait congratuler la veuve du ministre et l'a assurée de sa bienveillance, et un cousin (*) du
ment de 20,000 hommes, entra brusquement en Hollande, s'empara d'Utrecht et de La Haye et reçut la capitulation d'Amsterdam. Ce succès grandit la situation du maréchal, qui devait, en 1792, recevoir le commandement général des armées alliées.
(1) Frédéric-Guillaume, comte de Schulcnbourg-Kehuert, ministre d'État de Prusse, né en 1742, mort en 1815. Il fit les campagnes de la guerre de Sept Ans, fut ministre de la guerre en 1778, sous Frédéric II. Il fut chargé par Frédéric-Guillaume du matériel de la guerre, du département des provinces de Magdebourg et Alberstadt, ainsi que de la direction de la banque et du commerce
68 LA SITUATION DANS LE NORD DE l'eCROPE, ETC.
même nom que le défunt, qui avait été disgracié au commencement du règne, a été rappelé pour le remplacer. Mais tout cela ne donne pas des grains. Les avoines manquant, on a été obligé de différer la marche de l'armée dont la cavalerie ne pouvait être approvisionnée. Vous sentez combien de tels embarras sont préjudiciables. L'intérêt de la Prusse était d'entrer de suite en campagne, afin de ne pas donner à l'Autriche le temps de se remettre. Elle n'a pu l'exécuter et il est incroyable qu'à Vienne, où l'on a été instruit des causes des délais de la Prusse, on n'ait pas suivi le conseil du maréchal Laudon qui voulait entrer surle-champ en Silésie. Cette retenue est l'effet des négociations suivies avec soin par la Cour de Berlin. On a déclaré au roi de Hongrie que la guerre ne tomberait point sur lui s'il se détachait de la Russie et s'il abandonnait ses conquêtes sur la Porte. A ce prix on lui laisse recouvrer les provinces belgiques. Mais il paraît trop ancré dans le système de la fédération russe pour abandonner son allié et ses conquêtes. Il est vrai qu'il n'est pas de la politique autrichienne de favoriser l'agrandissement de la Russie, qui, de toutes les puissances, est celle qui doit être la plus redoutable pour elle. Mais leur voisinage paraît devoir être éloigné encore pour longtemps du centre de leurs forces, et leurs querelles doivent nécessairement être moins fréquentes et moins actives. La Russie, si elle est seule, sera peut-être forcée à une paix désavantageuse, car d'après les détails que je vous ai donnés sur cette puissance dans mes lettres précédentes, vous pouvez juger des moyens qui lui restent.
Schoennack, 14 juin 1790 (1).
On dit actuellement, assez hautement, que la Cour de Prusse n'est point tenue de ratifier un traité (2) qu'il a plu à son ministre
maritime. Il fut nommé, plus tard, président du Collège de guerre et ministre des Affaires étrangères, à la place du comte de Hertzberg, en 1791. Il devait être remplacé, en 1792, par M. de Haugwiiz.
(1) A M. de Kivalanl.
(2) Allusion au traité du 30 janvier 1790, dont il a été parlé plus haut. Voir p. 52.