LA CONVENTION DE REICHENBACH
est bien vigoureuse et répond bien à votre opinion sur ce rapport. N'est-ce pas une bonté, d'afficher à la face de l'univers une connivence coupable avec les auteurs de si abominables forfaits? Il n'y a aucune preuve dans le rapport de Chabroud. M. de Mirabeau, le duc d'Orléans, auraient été au milieu des assassins de la reine, que cela aurait encore été tout simple et tout à fait insignifiant. On déclare audacieusement que poursuivre les événements du 6 octobre, c'est faire le procès de la Révolution.
Tant de maux et d'absurdités nous entraînent à grands pas vers un terme fatal. Je ne puis m'empêcher de le prévoir, sans oser le désirer, car qui peut calculer les résultats de la commotion terrible que nous éprouverons, dans un moment où la France est remplie d'agents de destruction soudoyés par nos ennemis du dedans, du dehors, qui sèment la rébellion, la discorde dans nos troupes, agitent les torches de l'incendie sur nos ports et nos arsenaux, et répandent la corruption jusque dans le Sénat qui devrait protéger les intérêts du peuple français.
La Convention de Reichenbach ; ses conséquences probables pour la France.— La paix de Véréla entre la Russie et la Suède. — La politique de Catherine II. — La situation de la Prusse. — La politique de l'Angleterre.
Les conventions de Reichenbach furent signées le 27 juillet; elles stipulaient que l'Autriche négocierait la paix avec les Turcs sur la base du statu quo; Léopold accorderait une amnistie aux provinces belgiques et leur rendrait leurs anciennes constitutions, mais les puissances maritimes, Prusse, Angleterre, Hollande, de leur côté, garantiraient le rétablissement de l'autorité de l'Autriche dans les Pays-Bas.
Le 14 août suivant, la Suède faisait à Véréla la paix avec la Russie. Catherine II encourageait Gustave dans ses projets chevaleresques d'intervention en France, en faveur de la famille royale et l'amenait ainsi à terminer une campagne glorieuse, mais sans avantage.
occasion « Chabroud la blanchisseuse » .
L'Assemblée, à la suite d'un brillant discours de Mirabeau, mit les deux inculpés hors de cause.
88 REICHENBÀCH.
La Pologne avait refusé décédera la Prusse Thornet Danlzig, objet de ses convoitises.
Si la paix enlevait à l'Autriche les résultats de ses succès contre les Turcs, elle lui rendait la tranquillité dans ses provinces, l'unité de ses moyens dans les mains d'un Empereur d'une grande habileté et la considération politique qu'elle avait perdue à la fin du règne de Joseph IL D'autre part, la Prusse devait renoncer à tous les avantages qu'elle avait espéré retirer de sa politique. Elle aurait vu ainsi son prestige en Europe sérieusement atteint, si son influence n'avait pas obtenu le grand succès diplomatique d'amener les Autrichiens à renoncer à leurs conquêtes sur les Turcs et d'empêcher ainsi sa rivale de profiter des fruits d'une campagne qui avait coûté 275,000 hommes et 400 millions de francs.
Mais, une des plus importantes conséquences de cette paix fut de permettre aux puissances européennes de tourner leurs regards vers la France et d'intervenir bientôt dans les affaires de la Révolution dont les événements s'étaient jusqu'alors développés librement, intervention qui sera cause de vingt-trois années de guerres livrées par la France à toutes les nations de l'Europe.
Telles sont les considérations qui font l'objet des lettres qui suivent.
Batisbonne, le 15 septembre 1790 (*).
La politique étrangère n'a jamais, sans doute, présenté plus de combinaisons. J'étais bien loin de croire que la paix se fût faite si tôt, d'abord je le craignais. Dans mes pages précédentes j'en ai dit les raisons, ensuite je ne m'imaginais pas que l'Autriche prît si subitement la Prusse au mot, car on peut être sûr que cette dernière puissance comptait sur la guerre, qu'elle la désirait, mais que ne pouvant la commencer sans dire pourquoi elle la faisait, et comment elle ne la ferait pas, elle s'était étudiée à offrir les conditions les plus dures et les plus humiliantes pour sa rivale. Celle-ci, en les acceptant presque sans discussion, a sans doute fait un grand coup, en ce qu'elle a écarté des longueurs pendant lesquelles on aurait fait naître des incidents nouveaux, qui, dans les circonstances, ne pouvaient que tourner à son désavantage. Sans doute, l'état intérieur de l'Autriche était
(1) A. M. de Kivalant.