‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 25 sur 92 · FRANCFORT LA REINE DU MEIN, ETC · texte numérisé non relu

FRANCFORT LA REINE DU MEIN, ETC

et douée de celte prévoyance aimable qui attire sans rapprocher et qui attache sans familiarité, l'autre encore enfant mais vive, pleine de saillies, de grâces, et leurs gouverneur et gouvernante sont restés à la campagne.

Nous avons revu la reine du Mein (!) dans son mérite personnel, c'est assez peu de choses; c'est comme ces médiocres beautés qui, privées de leurs riches atours, attirent à peine les regards et n'obtiennent aucun désir. Tout élait triste et désert. Ce sont les jours de la semaine après la grosse joie du dimanche, comme chez les petits bourgeois. Au surplus, Francfort se trouve fort bien de cette aubaine, la ville a gagné des millions Le seul aubergiste de la Maison Rouge a eu de cette circonstance un bénéfice de plus de 40,000 livres, toute main-d'œuvre a été doublée de prix. Le duc de Laval a payé 50 louis une misérable chambre sur la Zeil. C'était comme cela pour tout.. La plus chétive voiture coûtait 12 florins par jour. Les vivres seuls n'ont pas augmenté en proportion. L'abondance des provisions et des apports a rétabli le bon marché. Quantité de consommateurs de Darmstadt, Mannheim, Mayence, Hanau, etc., des environs, s'étaient rendus là, et les denrées qu'ils consommaient dans ces différents lieux les y suivaient. Le Mein et le Rhin facilitaient d'ailleurs les approvisionnements, et le grand nombre d'étrangers qui fréquentaient les tables d'hôte offraient toujours, par leur quantité, un bénéfice sûr aux aubergistes. C'est aux environs de ces gouffres dévorants que tout devient rare et cher. Les grandes villes engloutissent l'abondance des campagnes et absorbent leurs productions à dix, vingt lieues à la ronde. Le propriétaire, l'accapareur, portent où ils ont un débit sûr et le modeste habitant des champs obtient avec peine une subsistance que ses mains ont fait croître, et que d'autres besoins l'obligent de sacrifier à l'industrie des revendeurs.

Le corps de ville a cependant eu de grandes dépenses à supporter, de nombreux présents à faire. Les ambassadeurs ont gagné à leur mission. Ils reçoivent chacun 500 florins de l'Em-

(1) Francfort, en 4790. Depuis lors cette ville est devenue une véritable Reine, même dans son seul mérite personnel.

pereur et sont la plupart bien payés de leur cour. En général, on ne peut pas dire qu'il y ait eu de l'excès dans leur manière d'être. Le comte Metternich est celui qui, comme particulier, a le plus fait, il vient d'en être recompensé et l'Empereur l'a nommé ministre plénipotentiaire des Pays-Bas, à (a place du comte Trauttmansdorf. Personnellement, le nouveau gouverneur a le ton de tous ces comtes régnants de Hongrie, une espèce d'aisance affectée, environnée d'une petite morgue réelle qui perce à chaque instant; il s'exprime mal en français, mais il a le grand esprit de se ruiner pour représenter dignement son souverain.

On s'attendrait peut-être que dans ce grand rassemblement d'êtres des deux sexes, il y ait eu beaucoup d'intrigues particulières, beaucoup de tendres rapprochements, point du tout. Le mouvement était trop grand pour qu'on pût se fixer. Un feu allumé en passant s'éteignait bientôt loin de l'objet qui l'avait fait naître. C'était une fluctuation continuelle. Les yeux sans cesse occupésàdistinguer, à examiner, à observer, à admirer, ne donnaient point au cœur le temps de choisir. C'était une incertitude perpétuelle de jugements, de sentiments séparés, divisés dans leurs causes et leurs objets. A peine ceux qui dataient de plus loin ont-ils pu suivre leur ancienne marche. On était hors de toutes mesures, et il n'a été possible de cueillir dans les champs de l'amour que ces fleurs faciles, qui se livrent à tous, et qu'on obtientpresque aussitôt qu'on témoigne qu'on les désire. On n'a remarqué que quelques liaisons peu intéressantes, par exemple d'une espèce de parvenu, nommé Tigelman, avec une vieille comtesse de la L... Le monsieur, flatté de régner sur une comtesse régnante s'il en fût, affichait sa victoire et on le voyait gravement s'avancer entre la mère subjuguée et la fille obéissante, personne assez jolie et qui paraissait d'un caractère fort doux. Le comte Waldture s'affichait aussi passablement avec Mme de Belder..., née demoiselle de Van..., assez jolie, mais trop massive. Un Anglais, nommé Mathens, se montrait avantageusement sur les rangs des champions amoureux, dette froide réserve de quelqu'un qui sent sa force et son mérite, il l'avait parfaitement. Il a courtisé beaucoup une charmante

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