‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 31 sur 92 · LA PAIX ENTRE ^ANGLETERRE ET LESPAGNE · texte numérisé non relu

LA PAIX ENTRE ^ANGLETERRE ET LESPAGNE

venus là pour gagner de l'argent, qui n'avaient rien autre chose à y faire, et à qui ces grands mots de liberté (au milieu des esclaves), de constitution nationale, etc , devaient être non seulement très étrangers, mais très suspects, dans les lieux où la nature d'un régime établi par la nécessité, contredisait tellement tous ces nouveaux et dangereux principes.

Mais pourquoi nous, qui avions quarante-cinq vaisseaux tout armés et qui devons en envoyer six aux Antilles pour y établir l'ordre, pourquoi, dis-je, demande- t-on huit millions pour ce nouvel armement, comme si l'on n'avait pu tirer ces six vaisseaux du corps de la grande flotte qu'on a fait désarmer? On disait même que l'Angleterre témoignait de l'inquiétude sur cet état de guerre que nous conservions; mais, franchement, je ne puis croire à cette inquiétude, car les différends avec l'Espagne étant terminés, il n'existait dans l'Europe aucun autre intérêt dont nous pussions activement nous mêler; elle aurait pu craindre peut-être que nous ne secondassions dans les Indes les opérations de Typpo-Saïb (*), qui paraît décidé à ne faire, avec les Anglais, ni paix ni trêve, et dont le génie, les ressources et les succès ultérieurs qu'il a obtenus du côté de Cochin, où il a, dit-on, ramassé des richesses immenses, font pour nos adversaires un ennemi très dangereux.il faut attendre le résultat de l'attaque de Palia-Kotta et de la diversion du parti des Marabous attachés aux Anglais. Néanmoins, le génie entreprenant du fils d'Haïder- Ali. son activité, le bon état de ses troupes qui ne sont point aussi indisciplinées qu'on voudrait bien le faire croire, pourraient changer aussi la face du commerce de l'Europe dans cette partie du monde.

(i) Le plus célèbre adversaire des Anglais aux Indes. Dernier nabab de Mysore; il monta sur le trône en 1782, lutta contre les Anglais et signa, en 1784, une paix avantageuse. Sa cour devint la plus brillante de l'Orient et son année atteignit près de 200,000 hommes . Il attaqua, quelques années plus tard, le radjah de Travancor, qui fut soutenu par les Anglais. Typoo-Saïb, assiégé dans Seringapatam, sa capitale, dut capituler et céder une moitié de ses États et une somme de 75 millions. Après avoir vainement sollicité le secours de Bonaparte et delà France, il reprit les armes et subit un nouveau siège dans sa capitale. Seringapatam fut enlevée d'assaut, Typpo y périt les armes à la main. Son souvenir est conservé comme celui d'un héros.

24 janvier 1791.

La grande politique des Anglais, dans ce moment-ci, c'est d'accaparer le commerce de l'univers et de devenir en quelque sorte es fournisseurs du genre humain. Selon feu le roi de Prusse, il n'y aurait point eu de mal à les laisser faire, et la France surtout, si riche de ses propres productions, si indépendante des autres nations par la nature de ses ressources, aurait pu se contenter d'être puissance de terre, sans vouloir tenir en même temps le sceptre de Cybèle et le trident de Neptune. Elle se serait épargné bien des pertes et bien des sacrifices ; et en portant sur le continent toute la masse de ses forces, elle en eût principalement déterminé les mouvements et dirigé les puissances. On serait toujours venu chercher chez elle les denrées précieuses que son territoire fournit en abondance; plus riche, enfin, en productions de toute espèce que l'Allemagne qui n'est ni maritime, ni manufacturière, du moins quant à sa plus grande partie, et qui cependant est dans un grand état de prospérité, elle eût surpassé cette dernière en richesses et en jouissances, et se fût abondamment pourvue, par la voie des échanges, de tout ce qui aurait été nécessaire à sa consommation. Mais cela n'a point eu lieu. Il était difficile, en effet, de ne pas être tenté par cette belle étendue de côtes. Cette multiplicité de ports commodes, de havres, qui offraient au navigateur des établissements avantageux et des retraites aisées et sûres, et il fallait se servir de tout cela pour avoir sa part dans les produits de commerce du monde. Remarquez, d'autre part, que la plus grande quantité des fournitures que nous tirons à grands (rais de l'étranger regarde l'entretien de notre marine. Les bois, les goudrons, les chanvres, les fers, les cuivres, à la consommation desquels nous ne pouvons fournir, nous sommes obligés de les aller chercher en Suède, en Danemark, en Russie, en Hollande, en Angleterre même.

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