‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 32 sur 92 · LA SOUMISSION DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

LA SOUMISSION DE LA BELGIQUE

La soumission de la Belgique.

1er février 1791.

... Par un des articles de la Convention de Reichenbach, les puissances médiatrices s'étaient engagées à faire rentrer les Pays-Bas sous la domination autrichienne ; quelque immoral que soit le système de soulever les peuples contre la domination de leurs souverains légitimes et de quelque danger que soit suivie cette politique, l'Angleterre, la Hollande et la Prusse, que notre exemple aurait cependant dû éclairer à cet égard, avaient ouvertement favorisé l'insurrection de la Belgique. C'était une déclaration de guerre indirectement faite à l'Empereur. Mais celui-ci n'en était pas moins obligé, dans les conjectures où il se trouvait, d'employer ces puissances au rétablissement de la paix dans ses provinces. Voilà ce qui a donné lieu au Congrès de La Haye où M. de Mercy (*) a déployé les plus grands talents, dans tout le cours des négociations qui ont eu lieu.

Celait surtout un grand point que d'avoir fait délivrer au comte de Mérode et à MM. Van Leempoel et de Rapsaet, par les plénipotentiaires des trois puissances, mylord Auckland, le comte de Relier et le grand pensionnaire van Spiegel, cette fameuse contre- réplique du 31 octobre, dans laquelle ils déclaraient que c'était pour la troisième et dernière fois qu'ils leur proposaient d'accepter les arrangements qui leur avaient été offerts, c'est-à-dire l'établissement de leur constitution telle qu'elle existait avant le commencement du dernier règne, et fixaient un terme de vingt et un jours, passé lequel ils ne répondraient plus de leur sort; ils leur notifiaient même que les trois puissances médiatrices employeraient tout leur pouvoir pour les soumettre à l'autorité légitime. — Us déclinaient, dans la même pièce, l'appréhension des grands malheurs présagés par

(1) Comte François de Mercy Argenteau, diplomate autrichien. Il était ministre plénipotentiaire de l'Empereur auprès de Louis XVI et, après la soumission des Pays-Bas, il fut nommé ministre plénipotentiaire de l'Empereur, à Bruxelles.

les Belges dans leur note du 27 octobre, si i'on n'admettait point Y intervention de la Finance dans ces arrangements.

11 résultait de cette pièce que le terme de 21 jours ayant effectivement été atteint sans que les Belges eussent accepté les conditions qui leur avaient été proposées, la Cour de Vienne, aux termes de cette déclaration, était autorisée à rejeter la garantie des trois puissances, qui avaient expressément annoncé qu'à cette époque, elles ne répondraient plus du sort des Belges.

Cependant l'Empereur, suivant habilement le sage système de modération qu'il a adopté, et ayant jusqu'ici pris les mesures les plus adroites pour le mettre dans tout son jour, n'a point décliné cette garantie, et l'a demandée quand il était dans le cas de la repousser. En effet, après que l'admirable accord qui règne entre les opérations militaires et politiques des Autrichiens eut soumis en huit jours les provinces révoltées ; après que Bruxelles se fut rendue le 2 décembre, Gand le 5 et Anvers le 6; que van Eupen et Van der Noot eurent fui, l'un en Hollande, l'autre en Angleterre ; que Schoenfeld eut disparu, que cette armée des insurgés se fut dissipée, et qu'enfin le général Bender eût associé ses lauriers aux olives du comte deMercy, celui-ci publia, en date du 10 décembre, l'acte de garantie qui assure à la maison d'Autriche h possession indivise des provinces belgiques, et à celles-ci leur constitution, leurs droits et le redressement de leurs griefs énoncés dans les articles de la dite convention; et dans cet acte se trouvent les conditions relatées dans une lettre du 29 octobre, adressée aux ministres médiateurs.

Cet acte de garantie fut donc absolument libre et l'Empereur eut la générosité de laisser aux Brabançons les constitutions, privilèges et coutumes en vigueur à l'avènement de Joseph II.

Cette soumission subite des provinces belgiques et le nombre imposant des troupes qui en assuraient désormais la possession à l'Empereur, le tranquillisèrent de ce côté.

Nous avons vu qu'une députation de Liégeois avait été envoyée à Paris pour demander l'appui de la France. Les Brabançons, de leur côté, avaient écrit au roi de France pour demander son soutien. Louis XVI n'avait pas voulu recevoir les lettres qui, communiquées a l'Assemblée, n'avaient pas eu plus de succès que les démarches des

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