ATTITUDE DE LÉOPOLD
.usqu'ici, comme le marque M. de Bray, il était enveloppé dans ses projets; maintenant, en présence du frère de Louis XVI, il promet d'agir, mais avec restriction, sitôt que les inconstance* le permettraient, c'est-à-dire d'accord avec l'Espagne, la Sardaigne. l'Empire et surtout la Prusse et l'Angleterre.
Il voulait surtout savoir ce que pensait la Prusse A Milan, Bichoffswerder le rejoignit, comme l'indique M. de Bray, en lui annonçant que le roi désirait avoir une entrevue avec lui pour régler toutes les affaires en cours. 11 fut. décidé que l'entrevue aurait lieu à Pillnitz. Déjà de ce côté Léopold était garanti.
Aussitôt qu'il connut la fuite de Varennes, son premier mouvement fut d'intervenir; M. de Bray croit donc à une action prochaine 11 sait que l'Empereur vient d'écrire à tous les souverains d'Europe, aux princes et États de l'Empire, et cependant, il reste quelque peu sceptique car il a parfaitement deviné le caractère de Léopold qui « promet beaucoup, mais qui ne tient guère », parce qu'il ne veut pas trop s'engager, si les autres puissances ne doivent pas le suivre.
Ratisbonne, 6 juillet 1794.
Jusqu'ici l'Empereur s'est fort enveloppé dans ses projets, mais dans une entrevue à Mantoue, il a promis solennellement au comte d'Artois d'agir sitôt que les circonstances le permettraient. A présent, rien ne s'oppose plus à ce qu'il agisse. Voilà l'avis de l'Empire formé et à lui adressé, et j'apprends par une voie sûre que M le comte d'Artois a expédié à l'électeur de Mayence un courrier pour lui annoncer la nouvelle importante arrivée de Londres, que la paix était signée à Pétersbourg, entre la Porte et la Russie. Le corn e de Metternich ayant écrit dans le même sens au comte de Seilern, ministre de l'électeur de Bohême, ici. je puis certifier cette nouvelle. D'après cela, l'Empereur ne peut tarder a signer la sienne, et dès lors, rien ne s'oppose à ce qu'il suive les mouvements dont son âme doit être agitée en faveur d'une sœur dont l'infortune et la dégradation n'a point d'exemple et d'un roi dont la cause est liée à celle de tous les souverains.
L'accord entre l'Espagne, Naples, Sardaigne, Berne et l'Empereur est certain. Celui-ci doit agir au nom de l'Empire de concert avec le roi de Prusse; mais ce dernier ne peut agir sans
l'autorisation du corps germanique, du moins, s'est-il expliqué ainsi. Je ne suis point de cet avis, mais d'autres considérations le retiennent, l'Angleterre, par exemple.
Les armements de cette puissance continuant, l'Assemblée nationale a décrété un armement de quarante-cinq vaisseaux, pour s'opposer aux tentatives de cette dangereuse rivale. JVIM. les démocrates auront bien de la besogne, s'il leur faut à la fois soutenir la guerre sur mer contre l'Angleterre, sur terre contre les forces réunies des puissances, dans l'intérieur du royaume contre les efforts des mécontents que leurs décrets absurdes ont faits. Il faut autre chose pour résister à cette conjuration invincible des forces des puissances de l'Europe, et de cette force éminemment active qui découle de l'ordre invariable des choses, que des serments, des injustices violentes, des vexations et des menaces Nous éprouverons bien des malheurs, sans doute, mais il faut s'y résigner. Je crains que ces nouveaux événements ne précipitent la ruine de l'Ordre de Malte, mais dans tous les cas. j'espère qu'elle ne sera que momentanée.
Nous attendons avec bien de l'impatience le résultat de l'entretien que M. Bischoffswerder, mylord Elgin(') et un ministre suédois (de Vrede, je crois) ont eu à Milan avec l'Empereur.
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Ratisbonne, le 16 juillet 1791 (2).
Nous allons voir ce que l'Empereur dira. Il revient à Vienne du 20 au 21. lia fait les plus belles promesses à M. de Polignac KA). Une lettre de Padoue du 29 juin circonstancié les détails de
(1) Thomas Bruce, comte d'Elgin, dont la famille fait remonter l'origine à Robert Bruce, compagnon de Guillaume-le-Conquérant. Entra de bonne heure dans la carrière diplomatique et fut chargé de plusieurs missions diplomatiques auprès de Léopold II. C'était un antiquaire distingué. Il recueillit en Grèce une collection précieuse d'objets d'art, connue sous le nom de a Marbres d'Elgin ».
(2) A Son Altesse Eminenlissime Mgr le Grand Maître de Malle.
(3) Comte Jules, puis duc de Poliguac, qui avait épousé la célèbre favorite de Marie- Antoinette, la duchesse Yolande de Polastron, gouvernante des enfants de France.
Il quitta Versailles dans la nuit du 16 au 17 juillet et devint l'agent des princes près de la cour d'Autriche.