‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 37 sur 92 · ATTITUDE DE LÉOPOLD · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE LÉOPOLD

son entrevue avec le prince. Il doit en conséquence de ses promesses avoir envoyé des courriers à toutes les cours, pour sonder leurs dispositions et concerter avec elles la manière d'agir contre l'assemblée des factieux usurpateurs du trône.

Le colonel Bischotïswerder écrit à Berlin qu'il était très content sous tous les points. Bischoffswerder est de nos amis. Ainsi j'espère que tout ira bien. M. de Hertzberg a décidément quitté le ministère. Je suis satisfait de cet événement, car il se faisait un système de sa haine contre nous. Cet homme tant vanté fait une fin à laquelle il ne s'attendait guère. 11 avait du talent, mais était trop prévenu, trop fougueux et trop irascible.

Il va y avoir une entrevue entre le roi de Prusse et l'Empereur. Ce sera là que se régleront nos intérêts.

Dischingen, 4 août 1791 (*).

J'ai trouvé ici le baron de Gleichen que j'ai eu beaucoup de plaisir à revoir. II est toujours démocrate, mais bien plus raisonnable que nous ne l'avons vu à son départ. Il avoue qu'on a été trop loin, il pense qu'on reviendra sur ses pas et il semble, d'après ce qu'il m'a dit, que la majorité de l'Assemblée nationale a prit la résolution de réformer plusieurs choses essentielles dans saConstitution,entr'autres,de rétablir la noblesse, les titres, etc., de déterminer le nombre des municipalités, de changer la division du royaume, etc. J'espère qu'un nouvel ordre de choses leur épargnera ce soin et que la France devra à d'autres qu'à eux des biens si économiquement substitués à des maux si largement prodigués.

Il est, en attendant, fort heureux que cette assemblée ait eu l'intention et le pouvoir de s'opposer à la cabale enragée qui voulait souiller Paris des plus épouvantables forfaits et il est assez remarquable de la voir aujourd'hui également odieuse aux vrais amis du roi et de la patrie et aux factieux dont ils ont si longtemps toléré, excité, approuvé, tous les excès. Ils éprouvent à leur tour l'instabilité de cette faveur populaire, de cette opinion

(1) A. M. de Bérenger.

publique qui a fait toute leur force et qui seule suffirait aujourd'hui pour opérer leur ruine. J'ai toujours soupçonné cette marche des choses et je l'ai écrit il y a longtemps.

Le baron de Gleichen m'a parlé de Paris d'où il arrive et des divisions qui y régnent, de l'état du roi chez qui, depuis son arrivée, on a vu succéder à de violents accès de désespoir une tristesse morne et profonde qu'il n'avait jamais éprouvée après ses plus grands malheurs, avant l'époque de son départ. Il m'a parlé du roi Robespierre (*) et de la cour de brigands qu'il devait se former, ce qui rapelle parfaitement le temps de Mazaniello et du chevalier de Guise àNaples Enfin, le baron est aujourd'hui persuadé que la liberté est une chimère, lorsqu'on veut l'entendre dans son sens positif.

Schœnach, 3i août 1791 (2).

Il y a bien longtemps que je me proposais d'écrire à Votre Altesse Sérénissime; elle doit avoir reçu ma lettre du 5 juillet, et d'après ce qu'elle m'avait marqué sur son voyage aux bains et sa santé, je me disposais à le faire. Différents petits \oyages et une maladie qui m'a retenu pendant trois semaines loin de toute occupation et même de toute idée, m'en ont empêché. Aujourd'hui même, je suis encore convalescent et trop faible pour entrer

(1) Maximilien Robespierre, avocat à Arras, élu député du Tiers par cette ville en 1789. 11 eut d'abord un rôle modeste et effacé dans cette Assemblée où Mirabeau occupait la première place, mais de l'extrême-gauche où il siégeait il saisissait toutes les occasions de prendre la parole pour soutenir avec véhémence la cause populaire. Sa grande popularité commença surtout après son discours du 15 mai 1791 sur le projet de loi organisant le corps législatif, lorsqu'il demanda de décréter que les membres de la Constituante ne feraient pas partie de l'Assemblée prochaine. Son discours fut déclaré sublime et le peuple lui donna le nom d'incorruptible. Il était membre des Jacobins et il exerçait sur ce club un immense empire. C'est à ce club que fait allusion ici M. de Bray. Après la fuite du roi, Robespierre s'attaqua résolument au privilège de l'inviolabilité royale (séance du 14 juillet).

Robespierre ne fera pas partie de la Législative, mais jouera un rôle prépondérant sous la Convention.

(2) A Son Altesse Sérénissime Mgr le duc de Mecklembourg .

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