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ne négligerait aucun des moyens de la servir, qu'en conséquence il les invitait à envoyer quelqu'un en Angleterre pour y suivre leurs intérêts, que ses rapports avec le duc de Glocester, qui a tout crédit sur le roi, le mettraient peut-être à même de les servir avantageusement.
Les princes se sont décidés à faire partir M. de la Bynthinaye, Breton de naissance, chargé d'instructions dont le contenu aurait, selon moi, pu être ménagé avec plus de circonspection; on y presse, entre autres, le roi d'Angleterre de faire, comme Electeur de Hanovre, ce qu'il ne peut exécuter comme roi d'Angleterre; en conséquence, de faire lever dans cet électorat un corps de troupes de 12,000 hommes, de donner ordre à la régence de Hanovre de retirer et rétracter les instructions qu'elle a données à son ministre à la Diète, instructions absolument opposées au parti de rigueur qu'on désirait voir adopter par l'Empire, enfin de rappeler son ministre à Ratisbonne, baron d'Ompteda, dont le crime est d'avoir suivi et rempli avec zèle les instructions qu'on lui a données.
Toutes ces mesures, surtout la dernière, me paraissent outrées, violentes et indiscrètes ; sur de sages représentations
faites à cet égard par le marquis de , j'aime à croire
qu'on les aura révoquées.
Au surplus, il est certain que nous approchons du moment de la crise ; il n'est pas douteux que le roi n'accepte la constitution (4), des lettres de Paris me l'annoncent comme certain. Le manifeste des princes paraîtra à la même époque que cette acceptation, ils sont autorisés par le roi. Quel conflit n'en résultera-t-il pas ? On verra deux volontés au roi, toutes deux absolument contraires et consignées dans des actes revêtus de toute la légitimité possible, mais l'Europe ne balancera pas longtemps sur la nature de la créance qu'elle doit accorder à l'une ou à l'autre, il faut espérer que la France elle-même ouvrira les yeux et abjurera le système fatal qui l'a plongée dans un abîme de malheurs qui surpasse tout ce qu'elle a jamais souffert.
(1) Le M septembre, en effet, le roi acceptait, par serment, la Constitution revisée. La suspension prononcée contre lui était levée, et il reprenait, au moins théoriquement, l'exercice de son pouvoir.
Cependant, l'influence des clubs est extrêmement à craindre, moins par la suite de la résistance qu'ils opposeront que par les ravages de leurs affiliés mercenaires ; c'est alors surtout que les propriétés de l'Ordre, comme toutes celles des ordres privilégiés, pourront être exposées à de grandes pertes, mais ce ne sera qu'un orage violent et passager. Point de doute donc que la guerre ne se fasse, je n'oserais en prédire l'issue, car il est impossible à la prudence humaine de calculer, surtout dans des circonstances aussi orageuses, le jeu des passions humaines aujourd'hui portées à leur dernier degré. Je crains l'ambition des souverains qui serviront la cause de la France ; je crains la perte de nos colonies, la ruine de notre système politique envers l'Empire et dans notre intérieur; j'entrevois encore bien des germes peu consolants de corruption et de dépérissement, le foyer du mal est au centre et je ne vois pas que la cruelle leçon que nous subissons depuis trois ans ait rien changé aux habitudes des gens qui le compose.
Quant à l'Ordre, je ne vois rien qui le menace particulièrement ; depuis le décret qui le déclare étranger, nous devons être plus tranquilles. Mais il est très important aujourd'hui de se ménager la faveur des princes qu'on a cherché à indisposer contre le conseil de l'Ordre par de perfides avis ; de ne pas trop sacrifier à l'idole du jour qui se vante trop indiscrètement de tous les hommages qu'on lui rend, et surtout de ramener l'opinion publique, que les différents mouvements qui ont eu lieu à Malte depuis deux ans ont indisposée à notre égard.
Si la révolution s'affermit en France, c est-à-dire, si l'Etat où la France se trouve dure encore un ou deux ans (car il est impossible qu'une machine pareillement organisée serve plus longtemps, abstraction faite de toutes causes extérieures de destruction, il ne faut pas nous abuser, l'Ordre de Malte sera inévitablement proscrit; il n'a fait jusqu'ici qu'escamoter, pour ainsi dire, le coup qu'on veut lui porter ; mais sa constitution propre, son existence morale sont trop contraires à l'esprit de la constitution française pour échapper plus longtemps à ses décrets. Il n'y a qu'à réfléchir sur la composition de la nouvelle
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Assemblée législative^), toute composée des affiliés des Jacobins, c est-à-dire, de tout ce qu il y a de plus exalté dans le royaume, pour se persuader que leurs principes et le dénuement de fonds où le désordre des finances et de l'administration les jettera bientôt, leur feront regarder les biens de l'Ordre comme une ressource indispensable à la satisfaction de leurs besoins. 11 ne faut pas croire que la Chambre de Marseille nous sauve toujours; voit-on que l'on ait eu égard jusqu'à présent aux pétitions nombreuses des places de Nantes, Bordeaux, le Havre, relativement au décret du 15 mars, sur les colonies? Cet objet vaut bien cependant notre commerce du Levant; il est donc très important pour la religion qu'un nouvel ordre de choses vienne la rassurer sur son existence.
P. S. — Le ministre de Prusse, comte de Goertz, a reçu avant hier copie de la déclaration ci-dessus mentionnée, avec une dépêche. On lui indique les raisons pour lesquelles on la lui envoie. On l'autorise à déclarer que l'alliance entre ces deux cours ne doit absolument rien changer au système politique de l'Allemagne, qu'elle n'est que défensive entre elles et offensive seulement contre la France dans le cas mentionné dans la déclaration. Le baron de Seckendorf (2) l'a également officiellement reçue, ce qui prouve que les cours veulent lui donner toute la publicité possible.
Ratisbonne, le 25 septembre 1791.
Le manifeste des princes s'adressera aux peuples et entrera dans de plus grands détails sur tous les objets qui touchent à son intérêt. Ce premier écrit ouvre la scène; il apprend à l'Europe ce qu'elle doit attendre, il nomme les acteurs qui seront mis en jeu, il expose les causes et les vues qui les animent et, à divers titres, c'est sans doute un monument très précieux pour nos annales dans l'histoire de notre révolution.
(1) C'est le 1er octobre que l'Assemblée législative tint sa première séance et se substitua à la Constituante.
(2) Ministre à la diète pour Wurtemberg.
Mais, en dépit de tout le bien que nous devons attendre du premier coup d'éclat, les intentions personnelles de l'Empereur nous menacent de beaucoup de lenteur et conséquemment beaucoup de maux. J'ai déjà indiqué dans ma dépêche précédente tous les obstaclesqui en résulteraient pour l'exécution du plan des princes; aujourd'hui ce n'est plus un doute que Léopold adopte de nouvelles vues. Il s'entend avec la Reine pour admettre de nouvelles mesures. J'ai vu une lettre du duc de Polignac qui est à Prague auprès de l'Empereur, il annonce que le projet est de rassembler, à Aix-la-Chapelle, tous les ministres que les différentes cours intéressées avaient à Paris, pour y concerter le plan d'une constitution qu'on donnerait à la France. Je n'examinerai point ce que ce projet a d'im politique, de contraire aux principes les plus sains du droit des gens. Je me bornerai à observer ici qu'un tel projet (1), après la déclaration de Pillnitz, est destructif de la considération des souverains qui l'ont signée, que son exécution entraînerait des longueurs infinies et des inconvénients incalculables, que si l'on négocie, on reconnaît la légitimité de ceux avec qui l'on négocie; que nous n'avons pas plus besoin de la constitution que l'on feraàAix,que de celle que l'Assemblée nationale a faite; que nous en avions une et que c'est celle-là qu'il faut rétablir et perfectionner. Enfin, les ressources des émigrés seront épuisées, l'audace des démagogues augmentée, les malheurs du royaume portés à leur comble par ce congrès que je regarde comme les États généraux de 1 Europe et certes ceux que la France s'est donnés devraient apprendre tout le danger qu il y a de livrer aujourd'hui à la discussion publique les maximes fondamentales des gouvernements.
Il ne faut plus, dans ces conditions, songer à agir cet automne, ni l'hiver prochain, nous voilà rejetés peut-être à six mois; en attendant on fera parler, agir, notre malheureux monarque comme l'on voudra, on lui dicte ses paroles, on dirige chacune de ses actions, on le force d'étouffer ses pensées (2). Les
(1) Ce projet fut aussitôt abandonné que conçu ; le 18 septembre, le roi avait notifié aux souverains étrangers l'établissement de la Constitution.
(2) C'est Louis XVI qui déclara la guerre à l'Autriche, le 20 avril 1792, et ce n'est qu'en août suivant que les alliés pénétrèrent en France alors que, dès le