INVASION DE LA BELGIQUE
Pitt voulait garder la neutralité au moment où la guerre éclatait entre la France, la Prusse et l'Autriche, et profiter de cet état de guerre du continent pour développer le commerce et par conséquent la prospérité de la nation anglaise. D'ailleurs comment l'Angleterre, qui avait fait librement sa révolution, aurait-elle justifié une intervention armée en France? Le gouvernement anglais pouvait manifester toute sa sympathie pour la malheureuse famille royale, mais ses principes politiques, comme ses intérêts, écartaient toute idée d'intervention, au moment où nous sommes arrivés, dans les affaires de la France. Les événements du 10 août, les massacres de Paris, produisirent à Londres le même sentiment d'horreur que dans toute l'Europe, et l'ambassadeur lord Gower fut rappelé. Mais l'admirable effort militaire des Français et la journée de Valmy opérèrent un retour d'opinion en faveur de la République en voilant, par des succès imprévus et étonnants, les excès exécrables dont elle se souillait à Paris.
Pourtant l'entrée de Dumouriez en Belgique inquiéta singulièrement les Anglais. La possession des Pays-Bas, par conséquent de Bruxelles et d'Anvers, parles Français, était une menace directe pour l'Angleterre et son commerce. La guerre devint populaire de l'autre côté du détroit, de même que l'était en France l'invasion de la Belgique. Ce fut dès lors, et avant même l'exécution de Louis XVI, comme l'indique M. de Bray, la cause déterminante de l'entrée de l'Angleterre dans la coalition.
Ralisbonne, le 16 novembre 1792.
Hier au soir nous avons reçu la nouvelle que les Français forts de plus de 30,000 hommes, ont attaqué, le 6 et le 7 novembre, les Autrichiens dans leur camp de Frameries, près de Mons. Les Autrichiens étaient infiniment moins nombreux. Le général Clerfayt les commandait. Ils ont été obligés de céder au nombre et à l'opiniâtreté des attaques qui se sont renouvelées avec un acharnement incroyable. Il y a eu plusieurs milliers d'hommes tués de part et d'autre et les Français se sont emparés de Mons. Les bases de cette nouvelle sont positives, les détails ne sont pas encore bien connus. Je tiens ceci du prince de la Tour à qui on l'écrit de Bruxelles. Cette défaite paraît devoir entraîner les suites le plus graves. A Bruxelles on est dans la consternation. On empaquette, on expédie les effets les plus précieux et il y a tout à craindre des dispositions d'une grande partie du peuple.
Les Français ont pour eux le nombre, une artillerie parfaite, les opinions désorganisatrices qu'ils répandent, un homme extrêmement actif à leur tète, car Dumouriez a eu l'honneur de toute la campagne, grâce à la mésintelligence qui règne entre les cours alliées.
Des lettres de Francfort disent que, le 8, les Autrichiens ont de nouveau été complètement battus. Mais ceci n'est nullement confirmé. D'un autre côté, Custine et les Prussiens doivent en être venus aux mains du côté de Limbourg et de Montbauer. Si les Autrichiens étaient battus de nouveau, il serait impossible de calculer les suites des événements.
Custine veut occuper Mannheim, il en a fait la demande. L'électeur palatin se résout enfin à faire partir les bataillons pour fortifier la garnison de cette ville, où il n'y a que 4,000 hommes effectifs. Mais si Custine bat les Prussiens, les quatre bataillons arriveront trop tard, car ils ne partent que lundi 19, pour Donauwert, où est leur rendez-vous.
La diète doit ouvrir aujourd'hui le protocole, mais que feraitelle lorsque l'ennemi est au sein de l'Empire; c'est provoquer sa ruine que de le braver par de vaines déclarations. Si les princes de l'Empire n'avaient pas montré tant de faiblesse, après avoir crié si haut contre les spoliations qu'on leur faisait éprouver; si, au lieu de ne se considérer que comme des Etats isolés qui avaient chacun des intérêts partiels, ils eussent obéi à l'esprit de leur constitution qui leur ordonne, à tous, de s'armer lorsqu'un seul est offensé, tout cela ne serait pas arrivé; d'un autre côté, on reproche aux grandes puissances d'avoir celé leurs projets et excité par là la défiance des petits Etats. Enfin, l'alliance entre l'Autriche et la Prusse tient bon. Les ministres de ces deux puissances ont déclaré officiellement que l'Autriche faisait avancer 33,000 hommes vers Mayence — ils sont en pleine marche depuis le 12 — et la Prusse 32,000 hommes, qui se porteront vers l'électorat de Trêves.
Les Français sont entrés à Mons, le 7 novembre et ils ont atteint Bruxelles, le 14, au matin; delà, Dumouriez compte occuper toute la Belgique. Les Autrichiens se replient vers Luxembourg.