‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 55 sur 92 · LINVAS10X DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

LINVAS10X DE LA HOLLANDE

reuscment, il arriva une ordonnance du prince de Wurtemberg commandant l'aile droite qui faisait dire que l'on ne fût pas inquiet de la colonne qui avait marché vis-à-vis de lui; qu'ayant reconnu son peu de profondeur, il l'avait fait charger, qu il l'avait enfoncée avec un grand carnage et qu'il la poursuivait. Alors on s'est résolu de faire venir toute la cavalerie de la droite à la gauche. Quand elle a été arrivée, à A heures, l'aile gauche s'est reportée en avant, on a poussé l'ennemi, on a attaqué Neerwinden; tandis que les grenadiers l'emportaient, la bayonnette au bout des fusils, les cuirassiers passaient outre pour attaquer la cavalerie française qui était derrière le village. Celle-ci a attendu sans bouger; lorsque les cuirassiers ont été à quatre cents pas, elle s'est ouverte et a démasqué une batterie qui a mis en désordre les premiers escadrons de cuirassiers que les Français heureusement n'ont pas chargés ; le reste a foncé sur les batteries, les a enlevées et a taillé en pièces la cavalerie patriote au point que quatre régiments entiers ont été détruits. La Tour s'était jeté sur l'infanterie qui fuyait de Neerwinden et en avait fait une grande boucherie. Alors l'ennemi a été enfoncé de toute part à cette aile. Cependant, Dumouriez est parvenu à faire sa retraite avec assez d'ordre et ne s'est retiré qu'à une lieue et demie, ayant Tirlemont derrière lui. En se retirant, il a mis le feu à tous les villages sur sa route.

Le 19 au matin, M. de Cobourg ayant appris que Dumouriez devait l'attaquer de nouveau, a préféré marcher pour l'attaquer lui-même. On lui a représenté que l'armée était harassée et surtout découragée; ce qui fit qu'avant de rien résoudre, il fit parcourir par les généraux les lignes pour examiner le soldat; on le trouva ayant repris courage et confiance, d'autant qu'on avait fait courir le bruit que Beaulieu arrivait à la gauche et les Prussiens à la droite. Sur ce rapport, M. de Cobourg a ordonné de marcher. Pendant que le centre et la droite marchaient de front à Dumouriez, Clerfayt passa la Gette vers la gauche. Ce général, par le moyen d'un rideau et des bois, trouva le moment de dépasser la droite de Dumouriez et de se mettre en potence sur son flanc. Lorsque l'ennemi a attaqué, Clerfayt a paru, ses batteries ont pris la droite des patriotes en flanc, en écharpe et de revers. Le désordre s'y est mis, on les a chargés et enfoncés de toute part, on les a poursuivis et il y en a eu une quantité prodigieuse de tués. On a cessé la poursuite, l'armée étant excédée et manquant de pain, d'eau-de vie et même d'eau depuis trois jours. On compte que les patriotes ont perdu dans ces deux jours 15,000 hommes et les Autrichiens 5,000, le tout tué

sur la place; le nombre des blessés est énorme. Cette victoire est complète, mais elle a été indécise le 18; le 20, à 1 heure après-midi, il y avait 27 canons de pris et beaucoup de caissons. Tirlemont était évacué, mais rempli de blessés français; leur armée a passé la Dyle, une aile à Louvain et une à Wavre.

Pendant que tout ceci s'est passé, Beaulieu avait chassé les Français des Ardennes en en tuant un grand nombre, puis il s était emparé de Huy et avait marché sur Namur qu'il a trouvé abandonné à l'exception de 1,500 hommes restés dans le château et qui Pont évacué depuis.

Le 20 et le 21, les Autrichiens, harassés, ne se sont portés qu'un peu en avant de Tirlemont où ils ont établi leur quartier général. Dumouriez s'était retiré près de Louvain et s'était porté depuis Pellenberg jusqu'à Bierbeek et s'y était retranché. Le 21 , au matin, M. le maréchal de Cobourg, ayant eu connaissance qu'il se disposait à se retirer, a voulu le prévenir, a marché à lui et l'a attaqué. Il y a eu deux heures de résistance dans les villages de Pellenberg et de Bierbeek, mais ensuite tout a été culbuté. Les patriotes se sont enfuis par Louvain et Wavre. Dans la nuit, l'armée autrichienne a traversé I ouvain et à 7 heures du matin elle a marché à l'ennemi qui était à la montagne de fer, mais qui a plié sans combat. Le prince d'Hohenthal s'est avancé pour la couper dans sa retraite, le prince Charles est entré dans Bruxelles et les patriotes ont évacué depuis tout le Brabant.

Cette dernière affaire du 22 est plus décisive que les deux premières; il faut que le maréchal de Cobourg la regarde comme bien importante, puisqu'il a envoyé le prince de Lichtenstein en porter la nouvelle à l'Empereur ; il a passé ici et a dit qu'il y avait eu à cette affaire près de 14.000 hommes de perdus dont 1,400 Autrichiens tués.

Cette relation a été envoyée par un officier sage et rempli de lumières qni l'a fournie d'après la combinaison des rapports de généraux, officiers et adjudants autrichiens.

Le chevalier de Bray s'était rendu à La Haye pour y mieux suivre la politique anglaise dont l'intervention dans les affaires de l'Europe pouvait modilier du tout au tout la situation de la France. C'est de là qu'il assiste aux préparatifs de résistance des Hollandais contre Dumouriez. Cependant il sentit bientôt que c'était à Londres qu'il serait le mieux placé pour comprendre les intérêts et la politique des Anglais et c'est de là qu'il écrit, en mars et en juin, quelques lettres malheureusement fort espacées, mais qui montrent bien l'état des esprits et des choses en Angleterre.

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