‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 59 sur 92 · LES PUISSANCES DU NORD · texte numérisé non relu

LES PUISSANCES DU NORD

Hoche reprend les lignes de Wissemburg. — État politique des puissances au début de 1794 : l'Autriche et la Sardaigne ; la Prusse et la Russie : l'Angleterre; l'Espagne et la France.

Dans l'espace de quelques mois, la situation des armées françaises s'est transformée. En janvier 1794, le territoire de la République est complètement délivré. Les victoires de Houchard à Hondschoot, de Jourdan à Wattignies, de Hoche au Geisberg et de Dugommier à Toulon ont refoulé l'invasion au nord, à l'est et au sud. L'insurrection de Lyon est vaincue et la guerre terminée en Vendée par la bataille de Savenay.

En présence des défaites que viennent de subir les armées de la coalition, M. deBray annonce, déjà en 1794, plus d'un an avant qu'elle ne soit signée, la paix prochaine. Il examine donc la situation des puissances à cette époque, en indiquant quelles sont leurs intentions à l'égard de la France. Il croit que la Prusse désire la paix. Dès janvier 1794, Frédéric-Guillaume II inclinait en effet à négocier; ses ministres le lui conseillaient.

L'Autriche et les princes allemands n'étaient pas non plus éloignés de l'idée de conclure la paix, mais moyennant des indemnités ; les seules que les républicains victorieux pourront leur offrir, seront des sécularisations d'États ecclésiastiques en Allemagne. Ce sera l'objet des négociations du congrès de Radstadt, comme le fait pressentir M. de Bray plus de quatre ans auparavant.

Pour que les puissances négocient avec la France, il faut que celle-ci possède un gouvernement stable. Le moment n'est pas encore venu. Au contraire, la libération du territoire coïncide avec l'organisation définitive du régime terroriste que Danton, Robespierre et leurs amis imposent à la France, le 11 octobre 1795. Les chefs de la Terreur, avec l'aide du Comité de Sûreté générale, disposent de la France. En janvier 1794 s'affirme la dictature de Robespierre qui, pour gouverner souverainement, va consommer la ruine des autres partis, ceux d'Hébert et de Danton.

Ratisbonne, le 26 janvier 1794 (*).

Depuis ma dernière lettre, les événements ont tellement favorisé la cause des républicains que toutes les conséquences que je tirais de la résistance opiniâtre qu'ils opposent aux efforts des puissances alliées peuvent être regardées aujourd'hui comme ayant passé de la vraisemblance à la certitude; ça n'a plus été qu'une suite de défaites pour l'armée combinée. Les Français, placés sous le commandement du général Hoche (2), et sans cesse renforcés par de nouvelles troupes, ont sans cesse attaqué avec une nouvelle audace.

D'après le résultat d'un conseil, tenu le 25 décembre, on devait attaquer le 26, c'était l'idée du duc de Brunswick, Wurmser avait même donné les ordres en conséquence; déjà sa cavalerie avait enfoncé la droite des Français, lorsque ce général, sans aucun motif, fait donner l'ordre de la retraite; les Français étonnés du mouvement rétrograde des Autrichiens au milieu de leur victoire, se rallient, les pressent avec vigueur et forcent

(1) Au baron d'Oxenstiern.

(2) Lazare Hoche, général français (1768-1797). Fut remarqué par Lafayette comme sergent parmi les défenseurs du château de Versailles dans les journées des 5 et 6 octobre. Il se distingua au siège de Thionville; était lieutenant aide de camp, à la bataille de Neerwinden. Il fut chargé de la défense de Dunkerque et repoussa victorieusement les Anglais. Nommé à 24 ans commandant en chef de l'armée de la Moselle, il s'illustra par ses victoires aux lignes de Wissembourg. Dénoncé comme dangereux et ambitieux, il fut arrêté, emmené à Paris et eût péri sur l'échafaud sans la révolution du 9 thermidor. Il fut ensuite le « Pacificateur de la Vendée ». En 1797, il se distingua à la tête de l'armée de Sarnbreet-Meuse, gagna les batailles de Neuwied (17 avril), d'Ukerath, d'Altenkirchen, mais les préliminaires de Léoben arrêtèrent ses succès ; il mourut inopinément en septembre 1797; il avait 29 ans.

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