HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMKURG
Wurmser à se battre, malgré lui. Il les charge lui-même une seconde fois à la tête de ses escadrons, mais comme le reste de son armée, d'après ses derniers ordres, était resté sans faire aucun mouvement, il fut bientôt obligé de se replier pour ne pas risquer d'être tourné. Alors les Français attaquèrent de toutes part et sans l'audace et la présence d'esprit du duc de Brunswick qui, à la tête de huit bataillons autrichiens qu'il avait ralliés sur les hauteurs deWissembourg, arrêta l'ennemi, la retraite aurait été entièrement coupée sur cette ville.
Enfin, la déroute a été complète; nuls ordres n'étaient donnés pour une retraite combinée; les corps défilaient les uns après les autres, selon l'ordre de leurs officiers particuliers. L'artillerie était d'un côté, l'infanterie d'un autre, le soldat était étourdi par ces revers et furieux contre Wurmser, dont la bravoure et les intentions méritaient un meilleur sort, mais on lui reproche généralement de s'être constamment refusé aux avis du duc de Brunswick, qui lui avait démontré l'impossibilité de tenir sa position à Wœrtz et Frœschwiller, et la nécessité de se replie1' sur Wissem bourg et de prendre poste au Geisberg, afin de ra{ procher par là son aile droite de l'armée prussienne.
Le duc a fait à cet égard les déclarations les plus authentiques pour se disculper des malheureux revers qui devaient résulter de l'opiniâtreté du général autrichien (d'après le rapport officiel) et l'on ne peut disconvenir que par sa bravoure et ses manœuvres savantes, il n'ait préservé l'armée d'une défaite totale. Sa conduite militaire sur la fin de cette campagne, a réveillé toute l'opinion que l'on avait de ses talents et fait effacer en partie l'impression de la campagne de 1792; mais si une malheureuse division n'avait pas tenu les Prussiens oisifs, tandis que Wurmser faisait en août de vains efforts pour emporter les lignes, les malheurs actuels ne seraient peut-être pas arrivés.
INous avons vu que les négociations qui s'étaient ouvertes entre les cours devienne et de Berlin après la reprise de Mayence avaient ralenti les opérations des alliés. Dès que le roi de Prusse eut reçu satisfaction au sujet de la Pologne, il se rendit dans ce pays et laissa le commandement à Brunswick. Les opérations reprirent alors avec un parfait accord et l'armée alliée attaqua les lignes de Wissembouig. Les Fran-
çais, tournés et menacés sur leur gauche par les Prussiens, durent abandonner toutes leurs positions et se replier sur Haguenau et la Lauter, laissant ainsi à l'ennemi une partie du territoire français. Ces événements se passaient du 15 au 15 octobre 1793.
Là pourtant se borna l'offensive des alliés et les Français en profitèrent pour renforcer les armées du Rhin et de la Moselle par des conscrits que l'on menait chaque jour au combat, sous les yeux de Saint-Just, envoyé du Comité du Salut public, pour les aguerrir. 11 fallait à tout prix reprendre les lignes de Wissembourg et débloquer Landau.
Hoche attaquait chaque jour Brunsuick avec un courage et une résolution remarquables et ce dernier, quoique résistant partout avec succès, s'était peu à peu replié jusqu'à Kayserslautern, sans en aviser Wurmser qui s'était, au contraire, avancé vers Strasbourg, sur le versant oriental des Vosges, en face de l'armée du Rhin. Le flanc droit des Autrichiens étant ainsi découvert, Hoche fit le projet de franchir les Vosges et de tomber sur le flanc de Wurmser pendant que l'armée du Rhin ferait une attaque générale en front. Cette opération réussit. Wurmser dut se replier hâtivement sur la Lauter, à hauteur des Prussiens qu'il accusait de ses revers. Les alliés se trouvaient ainsi, le 24 décembre, de nouveau réunis, mais mécontents l'un de l'autre et peu disposés à se dévouer l'un pour l'autre.
Les armées françaises, au contraire, pleines d'ardeur et d'enthousiasme, furent mises sous le commandement en chef du jeune général victorieux Hoche. Le 26 décembre, les deux adversaires prirent l'offensive. Les alliés, malgré une belle résistance qui fit ressortir tout particulièrement les talents militaires du duc de Brunswick, ne purent s'opposer aux succès des Français qui avançaient toujours en criant : « Landau ou la mort » (Thiers).
Les lignes de Wissembourg furent reprises. Landau débloqué, les Autrichiens repassèrent le Rhin, les Prussiens se replièrent sur Mayence et les Français occupèrent le Palatinat.
Telles sont les opérations dont le chevalier de Bray donne un aperçu en signalant surtout, comme il n'a cessé de le faire, les déplorables effets du manque de solidarité existant entre les chefs alliés.
Depuis la déroute du 26, ce fut la reculade continuelle, les Autrichiens ont passé le Rhin à Spire et à Philipsbourg; ils sont entrés par pelotons successifs dans Mannheim, en face duquel les Français ont paru dès le 50 décembre. Cependant les Prussiens ont fait leur retraite dans le meilleur ordre, par Bergzabern, Alberweiler, Burweiler, Edickhoven, Neustadt et