HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMBURG
Worms; et depuis, ils ont remporté plusieurs avantages assez considérables, entre autres à Bingen et Kreuznach, où le général Szeculy s'est porté pour couvrir Coblentz, tandis que les Saxons occupent Bingen et qu'une ligne de positions, depuis ces postes jusqu'auprès de Worms, et en avant de Mayence, couvre cette dernière ville, celles de Francfort et de Mannheim, qui est actuellement dans le meilleur état de défense. Le landgrave de Hesse a fait marcher deux nouveaux régiments à Francfort et Hanau ; tous les habitants s'arment ; leur zèle est vraiment admirable et l'on espère qu'au moins on pourra contenir ces hordes dévastatrices, dont la férocité et le brigandage passent toute idée et toute description.
Ainsi voilà le fruit de trente batailles et de trois sièges perdu en deux journées; en effet, les Autrichiens désespérant de conserver Fort-Louis, l'ont fait sauter et se sont retirés. Ajoutez à ces progrès inattendus la prise de Toulon et les avantages successifs remportés sur les royalistes et vous concevrez à quel degré d'audace et d'espoir les républicains doivent être parvenus !
Ces événements ont jeté l'Allemagne dans le trouble et dans le désespoir; ils ont fait sentir, mais trop tard, aux cabinets le besoin de l'union et les suites funestes qu'entraîne le défaut d'harmonie; car, le croirez-vous, on tient encore à cette idée, que l'on travaille pour ses rivaux en combattant l'ennemi commun !
27 janvier 1794 (*).
Je vais exposer, à Votre Altesse Sérénissime, le plus brièvement qu'il me sera possible, ce qui concerne les différentes puissances coalisées, en faisant pour chacune un article séparé.
Autriche et Sardaigne.
De toutes les puissances engagées dans la guerre actuelle, l'Autriche et la Sardaigne sont celles dont la position est la plus critique.
(1) A S. A. S. Mqr le duc de Mecklembourq.
402 SITUATION DE l'eDROPE AU DEBUT DE 1794.
L'harmonie n'ayant jamais existé entre les puissances coalisées, elles ont toutes cherché leur agrandissement dans l'affaiblissement de leurs alliés, de là ces traités et ces démarches contradictoires qui, en Sardaigne et en Allemagne, arrêtent les progrès des armes allemandes.
Aujourd'hui que la pièce s'approche du dénouement, il faut cependant pouvoir compter sur quelque chose de positif, aussi écrit-on de Turin, en date du 8, qu'il y est arrivé peu de jours auparavant un envoyé extraordinaire de l'Empereur, pour proposer au roi de Sardaigne (*) un nouveau traité, celui qui avait eu lieu au commencement de la guerre ne pouvant plus exister vu les circonstances. Par ce nouveau traité, le roi de Sardaigne rétrocéderait le Navarrais et le Tortonais qui lui avaient été cédés par le traité de 1738 (2), confirmé par celui de Worms de 1743, sous le marquis Osario, et l'Empereur s'engagerait à lui fournir 24,000 hommes de troupes effectives que Sa Majesté sarde se chargerait de nourrir, moyennant paiement, et auxquels il joindrait 24,000 Piémontais pour attaquer de concert les Français, les chasser de Nice et de la Savoie, et leur arracher, s'il était possible, quelques parties de la Provence ou du Dauphiné. Si bien que le roi de Sardaigne sacrifierait le certain pour l'incertain et tâcherait, au moins au prix d'une partie de ses États, de sauver ce qui lui reste, heureux s'il peut recouvrer ce que les républicains lui ont déjà arraché.
Ce monarque, le plus maltraité de tous par la guerre actuelle, voit aussi périr tous les fruits d'un système si heureusement suivi par sa maison depuis 1696, sous Victor-Amédée, jusqu'à nos jours.
Cet arrangement serait un des plus avantageux que l'Autriche ait faits dans cette guerre, puisqu'il est pour elle de la plus grande importance de conserver ses Etats d'Italie et que pour y parvenir il faudrait dans tous les cas qu'elle protégeât les Etats du roi de Sardaigne qui conservera les siens. Ainsi l'Autriche
(1) Victor-Amédée III qui avait succédé, en 1773, à son père, Charles-Emmanuel III.
(2j Le troisième traité de Vienne.
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suit, à l'égard de la Sardaigne le système que la Prusse a suivi envers elle; elle profite des circonstances pour lui vendre le plus cher possible une coopération qu'elle ne pourrait pas lui refuser, sans trahir, sans ruiner ses propres intérêts.
Les dédommagements que l'Autriche peut espérer obtenir en France, devenant de jour en jour pius précaires, il est également indispensable, pour elle, de songer à d'autres moyens qui puissent compenser les pertes énormes qu'elle a faites. Si l'on écoute les propositions de paix des républicains victorieux, il ne faut pas s'attendre qu'ils consentent à des démembrements de leur empire sur le continent; la cession de leurs îles et l'abandon de leurs conquêtes serait même déjà une forte preuve de modération de leur part, je ne verrais donc point d'autre moyen de dédommagement pour l'Autriche que dans des sécularisations qui fussent à sa bienséance, telle qu'à Liège, Constance, etc. ; peut-être même en Italie.
L'issue vraiment très épineuse d'une guerre dans laquelle on s'était promis des succès faciles et où l'on comptait sur une proie assurée ayant dérangé toutes les combinaisons, il en résuite une fluctuation extrême dans les plans des cabinets, et cette fluctuation exerce son influence sur la stabilité des ministres qui les composent; déjà Spielman, Cobenzl ont été écartés, le prince de Colloredo, dont la hauteur a révolté la plupart des Etats de l'Empire et semé mille difficultés dans les négociations avec la Russie, paraît perdre sensiblement de son crédit; on parle même de l'entrée prochaine de Lehrbach au ministère. En attendant, Lehrbach et Lucchésini éprouvent toutes sortes d'embarras et de désagréments dans leurs négociations respectives. Le dernier aurait été hué au spectacle de Vienne; la haine natio nale est à son comble des deux côtés, et l'on reconnaît chaque jour davantage l'impossibilité de faire une aggrégation solide de principes aussi opposés.
L'affaire de Pologne d'un côté, les vues sur la Bavière de l'autre, ne s'oublient point; cependant si l'on veut faire la paix, il faut au moins s'entendre, se concilier et poser des bases qui puissent être généralement adoptées. Et pour parvenir à traiter solidement cette grande opération, il faut menacer l'ennemi
commun par le développement de nouvelles forces. Mais jusqu'ici, l'Autriche n'a encore rien fait de vraiment imposant ; ses ressources sont extrêmement diminuées par cette guerre et celle qui l'a précédée; elle n'ose asseoir de nouveaux impôts; elle se borne jusqu'aujourd'hui à faire filer vers ses armées quelques renforts.
Parmi les Etats de l'Empire qui montrent le plus de bonne volonté, il faut distinguer outre le landgrave de Hesse, le nouveau duc de Wurtemberg (4) qui a développé le patriotisme le plus noble et le plus énergique et dont le pays s'est #rmé, et en général, les cercles de Souabe et du Haut-Rhin, l'évêque de Wuzbourg et l'électeur de Saxe (2) qui va relever entièrement son contingent par un corps nouveau et complet. Il reste aux États d'empire lésés par les décrets de l'Assemblée nationale bien peu d'espoir de recevoir quelques indemnités, du moins de la part de la France. Le système des sécu laïcisations serait donc, selon toute apparence, celui que Ion suivrait pour dédommager les princes laïques aux dépens des ecclésiastiques.
La Prusse.
Quoique cette puissance se soit attribué en Pologne d'immenses acquisitions, elle se plaint cependant sans relâche des pertes et des frais que lui cause la guerre actuelle. Liée par des traités et sentant la nécessité de repousser l'attaque des vrais ennemis du genre humain, elle voudrait le faire au meilleur marché possible pour elle et avec le moins de profit possible pour l'Autriche. Elle offre dans ce moment-ci de fournir 30,000 hommes de nouvelles troupes moyennant 80,000,000 de livres de subsides qui seraient supportés par les puissances belligérantes. Tenue de fournir 24,000 hommes en vertu de ses traités avec l'Autriche, environ 10,000 comme Etat de
(1) Louis-Eugène, frère de Charles-Eugène, mort le 24 octobre 1793. 11 se prononça contre la Révolution française. Mort le 20 mai 1795; il eut pour successeur son frère Frédéric-Eugène.
(2) Frédéric- Auguste III, le dernier électeur de Saxe, devenu roi en 1806 et grand-duc de Varsovie. Il fut un des alliés de Napoléon pendant la campagne de Russie.
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l'Empire ; elle a toujours 57 à 60,000 hommes en campagne. De si grands efforts ont, dit-elle, épuisé ses moyens, et, point iCaryenl, point de Suisse. Lord Malmesbury (*), sur cette nouvelle proposition, a, selon ce qu'on m'assure, expédié un courrier à Londres, mais il est à croire que l'urgence du danger amènera le roi à des conditions moins onéreuses pour les alliés. Supposons même que le cabinet de Berlin penche décidément vers la paix, il est clair qu'on ne peut l'obtenir que par de vigoureuses démonstrations et il ne faut jamais marchander quand il s'agit de terminer une bonne fois les choses.
Ce qui me fait surtout présumer que l'intention de cette puissance n'est point de continuer sérieusement la guerre, c'est la retraite du duc de Brunswick qui vient de remettre le commandement au général Môllendorf. Le duc s'est trop cruellement convaincu de l'impossibilité de rien faire de bon avec les armées alliées. Aucun de ses avis n'a été suivi dans ces derniers temps et il a pris soin d'en faire savoir à l'Europe les détails et les circonstances. Il est vrai qu'il n'y a qu'une voix sur la conduite du duc qui a été admirable vers la fin de cette campagne; l'inaction où il est resté, trois mois auparavant, ne doit sûrement point lui être imputée et lorsque Wurmser, abandonné à ses propres forces, a été échouer dans le mois d'août contre ces lignes qu'une utile coopération des Prussiens lui eût fait emporter infailliblement, il existait alors, entre les deux cours, des causes de dissension qui répandaient sur les opérations militaires leur funeste influence.
Enfin, le duc a saisi le moment où il a reconquis une partie de l'opinion publique pour se retirer, en emportant ses regrets. Mais il ne serait sûrement pas parti, s'il avait prévu qu'il y avait quelque chose de mieux à faire.
Le démembrement de la Pologne ôte au roi tout prétexte de
(1) James-Harris, comte de Malmesbury, ministre plénipotentiaire à Madrid et à Berlin, puis à Saint-Pétersbourg. Au moment de la Révolution française, il fut envoyé près de la cour de Prusse et signa le traité de subsides du 19 avril 1794, comme le rappelle M. de Bray. La Prusse devait entretenir sur le Rhin une armée de 63,000 hommes, et recevoir plus d'un million de livres sterling par an.
réclamer de nouvelles acquisitions de territoire. Où serait donc son intérêt de prolonger une guerre qui ne lui offre plus aucun avantage? Cependant si r Autriche obtenait quelques places dans la Flandre française, on mettrait, sûrement sur le tapis la cession à la Prusse de la partie autrichienne de la Gueldre. 11 est aussi question de quelques échanges en Silésie et la cour de Berlin suit en ce moment-ci, en Franconie, un système de réunion absolument semblable à celui des chambres de Metz et de Brisaeh. Ce système, desorganisa leur de la constitution germanique et destructeur des privilèges de la noblesse immédiate et des villes impériales, excite de vives clameurs et tait regretter hautement la domination paisible des margraves d'Anspach et de Baireuth.
Le comte de Goltz vient d'être remplacé à Pétersbourg par le comte de Tauenxien (*) , et le prince de IVassau est arrivé à Berlin charge de quelques commissions de la part de l'impératrice qui ne se lasse point déjouer dans les affaires de France le rôle de trompette, tandis qu'elle lait toutes ses dispositions pour renouveler à l'Orient l'époque de 1453 et qu'elle s'occupe de garotter les volontés ou prévenir l'opposition de la Prusse à cet égard.
L'Angleterre.
Il faut rendre à l'Angleterre celte justice que de toutes les puissances confédérées, elle est, la seule qui ait vraiment fait tout ce qu'elle pouvait l'aire. Je n'examine point ici quels motifs l'ont fait agir ; qu'elle ait voulu l'affaiblissement de la France, cela ne doit étonner personne: si toutes l'avaient voulu aussi sérieusement, la France eût. en effet, été détruite politiquement. Un nouveau gouvernement, monstrueux par sa nature, mais terrible par ses efforts, n'aurait eu ni le temps, ni les moyens de s'élever sur les ruines de l'ancien. L'Angleterre a voulu sincè-
(1) Frédéric- Boleslas-Cumarinel, comte de Tauentaien-Wittemberg, général
prussien, sel il distingué pendant la guerre de Sept Ans, mais resta sans emploi dans la guerre de L791. Envoyé i Pétersbourg par son gendre Haugwiti, devenu premier ministre, pour régler le partage de la Pologne, il y resta jusqu'à la mort de Catherine. Il prit part à la guerre de 1806 eontre la France.