HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMRURG
rement le rétablissement d'une monarchie constitutionnelle, d'une espèce de gouvernement mixte assez fort contre l'anarchie de l'intérieur, trop faible pour rien oser, pour rien pouvoir au dehors. Elle a voulu, elle voudrait surtout aujourd'hui, la destruction d'un gouvernement dont les principes, une fois consacrés par le succès, menaceront éternellement toutes les autres constitutions, surtout celles des pays où l'on raisonne sur la constitution et conséquemment la sienne toute la première ; gouvernement dangereux, dont les mesures ramenant les hommes à la pauvreté et à la férocité par les vexations et la violence, feront du peuple français un peuple nécessairement conquérant. Car les nations pauvres ont sur les autres l'avantage qui résulte de l'impossibilité où elles sont de perdre ; rien n'entrave leur marche et tout excite leurs désir; et les Français, voyant des trésors à côté, ne seront point assez philosophes pour ne pas les regarder comme des trésors et ils songeront aux moyens qu'ils ont de s'en emparer.
Les Français, métamorphosés tout à coup en Scythes ou en Vandales, au milieu des peuples riches, amollis, engourdis, de l'Europe doivent donc les menacer tous, et leur existence républicaine une fois reconnue pourra devenir le germe fécond d'une révolution soit générale, soit partielle et successive qui changera la face de l'Europe.
Voilà ce que l'Angleterre, dont Fexistence est fondée sur l'industrie, dont l'industrie veut être revivifiée par le repos, alimentée par les richesses, a prévu et voulu éviter. Si ses plans ne lui réussissent pas, elle aura au moins la gloire de n'avoir rien négligé pour amener leur succès. Elle aura le profit momentané des acquisitions immenses qu'elle aura faites dans les colonies françaises, acquisitions dont le prix sera moindre sans doute en proportion de la diminution du nombre des riches consommateurs, mais qui, en remettant entre ses mains toutes les sources du commerce, lui donneront toujours une supériorité décidée sur les autres nations commerçantes. Cette supériorité sera d'ailleurs d'autant plus facile à conserver que n'ayant plus de rivale à craindre, elle aura besoin d'entretenir des forces moins considérables. La réduction de sa marine laissera donc
au ministère de grandes sommes disponibles. Le gouvernement pourra dès lors, ou s'en servir pour liquider la dette, ou diminuer d'autant les charges annuelles et cela en soulageant toujours la moins aisée.
La politique de l'Angleterre, concentrée dans les intérêts commerciaux, aura bien moins d'occasion d'être entraînée dans les affaires du continent, affaires toujours ruineuses pour elle, et desquelles jadis la rivalité de la France ne lui permettait pas de se dégager. Son but principal sera dorénavant de contenir la Russie et d'intimider l'Espagne; et, sans de grands efforts, elle pourra s'assurer une supériorité décidée sur les forces maritimes de ces deux puissances, d'autant plus que la première ne sera jamais à même de venir l'inquiéter chez elle ou dans ses vastes colonies et aura toujours autant besoin de son argent et de son industrie qu'elle-même en aura des bois, des grains, des chanvres, etc., de la Russie. Il résulte de là, que de quelque manière que les choses tournent, l'Angleterre est celle qui, du moins dans le principe, aura recueilli de la guerre actuelle les avantages les plus décisifs et les plus importants.
La France républicaine pourra être encore longtemps redoutable à l'Europe sans le devenir pour elle, si toutefois d'autres considérations bien importantes aussi ne la forcent pas de contracter avec les autres puissances des liaisons de défense et de sûreté générales, qui, alors, pourraient bien la rejeter de nouveau dans tous les embarras de la guerre ; mais au moins le danger ne sera-t-il jamais aussi voisin d'elle que des autres, la France étant hors d'état d'agir sur mer.
L'Angleterre n'aura donc qu'à surveiller attentivement les mouvements que quelques têtes ambitieuses ou quelques esprits turbulents et novateurs pourraient vouloir chercher à exciter dans son sein, sous prétexte de réformes politiques et d'amélioration de sa constitution; car il faut reconnaître que le peuple n'est point trop chargé chez elle et que l'industrie nationale y ouvre à l'homme actif mille sources de fortune et de contentement.
C'est cette disposition des choses qui me fait croire que l'Angleterre ne sera pas la dernière à traiter avec les républicains.