‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 63 sur 92 · HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMRURG · texte numérisé non relu

HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMRURG

Le désir de la nation forcera peut-être à cet égard la marche du ministère qui, ne pouvant plus rétablir dans l'intérieur de la France un gouvernement analogue à ses principes, se gardera bien de prolonger une guerre qui ne lui laisse plus espérer aucun succès.

Dans les différents traités contractés par elle avec les autres puissances, elle a lié celles-ci sans se lier elle-même; elle n'est point d'ailleurs assez contente de leur coopération pour garder avec elles d'autres ménagements que ceux d'une vaine décence, et je me persuade que l'Angleterre saisira désormais (si l'expédition de Lord Moira (*) manque, comme tout le fait présumer) les premières ouvertures de paix que lui seront faites par les républicains.

L'Espagne.

De toutes les puissances intéressées dans la guerre actuelle, l'Espagne est celle dont les efforts contre le gouvernement républicain sont les plus sincères et les moins suspects. Outre les liens du sang, les rapports d'intérêts, la sûreté de son voisinage, l'inquiétude résultant de la propagation des principes anarchiques, il est incontestable que si la France est détruite, l'Espagne devient l'esclave de l'Angleterre.

Depuis la guerre de succession, l'Espagne a changé de politique, et, maîtresse d'un nouveau monde, elle a senti qu'elle ne pourrait le conserver qu'en combinant ses forces avec celles d'une puissance animée par les mêmes craintes et dirigée par de semblables intérêts. Déjà sa main ne tient plus qu'en tremblant les rênes qui attachent à son trône antique presque, les deux parties d'un autre hémisphère; elle se consume en efforts qui n'ont abouti jusqu'ici qu'à la rendre maîtresse de quelques places dans le Roussillon. Déjà les Français menacent de l'attaquer avec des forces triples des siennes : l'armée de Toulon marche vers les Pyrénées, et quiconque connaît l'intérieur de l'Espagne conçoit toutes les difficultés pour elle de résister longtemps aux attaques multipliées d'un ennemi qui renaît de ses défaites.

(1) Lord François Rawdon Moira marquis d'Hastings. Le chevalier de Bray fait ici allusion à la désastreuse affaire de Quiberon qu'il dirigea.

Désespérant devoir la monarchie rétablie en France, le parti

le plus sage qu'elle puisse prendre c'est de s'arrêter avant que ses forces soient totalement épuisées et de les réserver pour un avenir menaçant; une alliance avec la Russie offre à l'un et à l'autre des avantages qui ne sont point indifférents et des moyens de résistance contre le système que l'Angleterre ne manquera pas de vouloir suivre envers les puissances maritimes. D'ailleurs, l'Espagne peut encore recueillir quelques débris des colonies françaises; si elle restait en possession de tout Saint-Domingue, ce serait pour elle une acquisition de la plus haute importance, mais déjà l'Angleterre a pris pied dans cette île. Enfin on sait que le ministère actuel incline à la paix par sentiment et que la vigueur momentanée qu'il a déployée n'est due qu'à l'impulsion que le meurtre du roi, l'assassinat des prêtres et enfin la déclaration de guerre faite par la France, ont donnée à la nation espagnole.

La Hollande.

Cette république a besoin de la paix et la désire. L'Angleterre qui la tient sous son influence politique, enchaîne ses flottes et mine son industrie. Il est certain que l'Angleterre et la Hollande feront une paix simultanée, peut-être la seconde obtiendra-t-elle de la première l'entrée en possession de quelques colonies françaises. Mais les Hollandais gémissent de la continuation d'une guerre qui anéantit leur commerce et ils attendent l'ouverture des ports de France avec bien plus d impatience que le retour de ce pays vers un gouvernement monarchique qu'ils n'aiment point et qu'ils regardent désormais comme impossible.

Ajoutez à cela le peu de crédit que la République a elle-même, la non-réussite de ses emprunts, l'embarras de ses finances, le mauvais esprit de ses armées et décidez si la Hollande doit pencher vers la continuation de la guerre.

D'après ce tableau de la position respective des diverses puissances, on peut présumer qu'aucune n'est éloignée réellement de la paix.

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