‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 64 sur 92 · HOCHE REPREND LES LIGNES DE W1SSEMBURG · texte numérisé non relu

HOCHE REPREND LES LIGNES DE W1SSEMBURG

La France.

La grande objection contre la paix, c'est celle qui résulte de l'impossibilité supposée de traiter avec un gouvernement qui change tous les jours, mais cette impossibilité justement exposée dans l'éloquent discours de M. Barère, du 17 juin 1 793, n'existe plus sous les mêmes rapports.

Si le Comité de Salut public conserve toujours l'unité du pouvoir, alors il sera l'organe et le garant de la volonté nationale, or tout annonce que les deux hommes qui dirigent le Comité ont pris leurs mesures en conséquence; il est vrai que si on pouvait concentrer encore une année les républicains chez eux, ils seraient à la longue infailliblement réduits par la nature des moyens qu'ils ont employés pour leur défense. Ces moyens sont tellement outrés qu'ils doivent très promptement entraîner la ruine de ceux qui les ont pratiqués, si un autre ordre de choses ne succède pas bientôt à Tordre actuel. En effet, toutes les sources de la reproduction, tous les canaux de la félicité publique ont été bouchés, obstrués par les mesures révolutionnaires; on ne peut plus être propriétaire, marchand, artisan, banquier sans que votre propriété, vos marchandises, votre industrie, vos opérations soient pour vous un titre arbitraire de persécution ou de mort. Or, comment supposer qu'une nation de 25 millions d'âmes existe sans le concours de ces différents agents qui sont nécessaires aux grandes sociétés. L'effroi glace toutes les âmes; du moment qu'on voit qu'il n'y a plus de sûreté que pour ceux qui n'ont rien, on aime mieux alors se réduire par l'inaction à cet état favorisé par les dogmes actuels que de courir à une perte certaine en travaillant.

Si donc il était effectivement possible d'opposer à l'unité d'eiïorts que les Français feront pour percer au dehors, une unité d'eiïorts distribués avec autant d'intelligence, appliqués avec autant d'énergie, pour les repousser, alors je commencerais à croire à la ruine prochaine du gouvernement français. Mais qu'il se lève, celui qui croit à ce miracle; qu'il prenne sous sa responsabilité les malheurs de l'univers entier, celui qui se flat-

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tera de réaliser le prodige de l'union sincère et constante entre les puissances coalisées.

La France, avec l'arme du désespoir et de la fureur, se tient debout devant celte ligue de l'Europe agitée, tirée en sens contraire par une foule d'intérêts mal combinés, mal calculés. Toutes deux sont à leur dernière période de résistance, mais les souverains sentent que s'ils dépassent une fois la ligne des mesures propres aux anciens gouvernements, ils se précipitent dans un abîme, au lieu que la France, tant qu'elle conserve des ennemis, peut faire retomber sur eux tous les maux résultant des mouvements convulsifs qui l'agitent.

Le point le plus épineux c'est de savoir si les républicains voudront sérieusement la paix, s'ils la maintiendront, s'ils la proposeront. Tout ce que j'ai lu des opinions de Robespierre et de Danton m'a démontré que ces deux hommes et le parti de la Montagne étaient opposés à la guerre. Ils ont même fait à Brissot et consorts un reproche capital des déclarations de guerre multipliées qu'ils ont conseillées et entraînées.

Cependant il semble que les meneurs actuels auraient bien d'autres embarras, s'ils ne rejetaient pas les calamités publiques sur la guerre étrangère, et l'on ne voit pas comment ils arrêteraient cette impulsion de brigandage donnée à tous les désœuvrés de la République, s'ils ne pouvaient plus diriger ces désœuvrés contre les ennemis du dehors. Malgré cela, je ne m'étonnerais point qu'ils proposassent la paix, ne fût-ce que pour jeter une pomme de discorde entre les puissances ; et d'ailleurs, on a beau dire, il faut que cette guerre finisse et j'imagine qu il existe bien peu de personnes aujourd'hui qui pensent qu'on puisse et qu'on veuille la continuer jusqu'au rétablissement chimérique d'une monarchie détruite jusque dans ses éléments propres.

Il se peut que ceux qui feront la paix en France soient les victimes de l'honneur qu'ils auront eu de forcer l'Europe à légitimer leur autorité et qu'ils périssent victimes de nouvelles agitations et de l'application des principes de leur gouvernement révolutionnaire. Il n'est pas possible de se dissimuler les dangers infinis qui résulteront, pour le gouvernement dirigeant, du

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