HOCHE REPREND LES LIGNES DE WISSEMBURG
retour dans l'intérieur de tant d'armées sans emploi, instruments aveugles de persécution et d'oppression, façonnés de manière à ne plus pouvoir qu'opprimer et persécuter, pleines de l'esprit d'insubordination et du fanatisme de l'anarchie; mais c'est précisément alors et pour cela que l'Europe aurait beaucoup gagné, si elle détournait sur la France ces torrents prêts a l'inonder, ce serait l'affaire des démagogues régnants d'en diriger l'action selon leurs desseins; à moins que, par une paix partielle, ils ne laissent habilement un aliment à une grande partie de leurs armées et qu'ils ne s'acheminent ainsi que lentement vers la paix générale.
D'ailleurs ne croyons pas que l'énergie qu ils donnent à leur gouvernement soit une énergie provisoire. Ce gouvernement, comme le dit Robespierre, dans son rapport extrêmement remarquable du 25 décembre 1793, n'a été prévu par aucun publiciste et il ne faut point en chercher les principes dans les livres. Les événements, la marche irrésistible des faits font les gouvernements; les hommes, avec leurs décrets, croient créer lorsqu'ils ne font qu'obéir; leur amour-propre les aveugle! Ils sanctionnent les événements et ils donnent un nom, une forme déterminée, à une chose dont l'ordre impénétrable des destinées a seul formé le moule et l'ensemble. Ce gouvernement révolutionnaire se trouve donc être aujourd'hui le résultat de l'action des passions, des individus, que leurs talents, leur énergie, leur audace ont porté à la tête des affaires. Ils ont commencé par agir et ils ont légalisé leurs actions en les revêtant de formes qui les autorisent et les légitiment.
Ce gouvernement révolutionnaire qui fonde, dit Robespierre, la liberté, sera suivi par un gbuvernemeut constitutionnel qui la protégera, mais, ou je me trompe, ou ce gouvernement contitutionnel promis ne sera que celui qui existe aujourd'hui à quelques modifications près.
Si la paix se fait, il est dans tous les cas constant que lËurope y gagnera d'être débarrassée de la force destructrice qui l'opprime et qui se repliera sur elle-même.
Il serait, sans doute, imprudent de regarder l'olive qui germera sur l'amas d'atrocités qui a caractérisé cette guerre,
comme le gage d'une tranquillité inviolable, mais la cessation des hostilités serait toujours un grand bien; et d'ailleurs on pourrait prendre des mesures telles, que quand même les Français nourriraient de perfides desseins, ils risquassent d'en devenir les premières victimes. Une union constante pourrait être établie entre toutes les puissances (4) et au cas où Tune d'elles serait attaquée, cette obligation pour les autres, de se tenir prêtes à repousser l'attaque ainsi faite, serait un frein puissant opposé à l'ambition des démagogues, puisqu'il serait, dès lors, hautement reconnu qu'attaquer une puissance serait les provoquer toutes.
Enfin, si l'on reconnaît que le défaut de subsistances et l'aiguillon du besoin rendent surtout aujourd'hui les Français redoutables, il faut en conclure que lorsque l'abondance pourra de nouveau affluer chez eux de toutes parts, à l'aide du commerce, plus heureux dans leur intérieur, ils seront moins disposés à aller troubler le repos des autres.
La paix serait donc dans toutes les suppositions un bienfait pour l'Europe, comme elle pourrait en devenir un pour la France; et, si elle devenait fatale à ses auteurs dans ce pays, il ne faudrait pas tirer de cette possibilité la conséquence qu'ils se garderont bien de la faire. D'abord, en effet, ils peuvent se tromper sur les résultats qui les concernent individuellement et avoir assez de confiance en leurs moyens et en leurs forces pour ne rien redouter de la malveillance de leurs adversaires, et ensuite, la gloire de faire reconnaître leur gouvernement parlera toujours hautement à leur esprit, à leur ambition, en faveur de cette détermination; car ces hommes qui ne sont aujourd'hui que des usurpateurs en butte aux blasphèmes de l'Europe, seraient alors des magistrats suprêmes et légitimes (2). Ce repos politique leur est d'autant plus nécessaire qu'ils n'auront jamais celui de la conscience. Enfin, ils pourront toujours ne faire
(1) Idée réalisée par la Sainte-Alliance.
(2) C'est ainsi que raisonneront Danton et Robespierre, mais ce sont les thermidoriens qui réaliseront ces projets d'apaisement.