LA PRUSSE RÉCLAME DES SUBSIDES, ETC
qu'une paix partielle, afin de rendre leur présence au pouvoir nécessaire et de distraire vers les champs de bataille ces années qui, rentrant inactives dans le cœur de leur pays, deviendraient vite un danger pour la République.
La Prusse réclame des subsides pour continuer la guerre. — Le rétablissemen de la royauté en France est un objectif secondaire pour les puissances Ce sont les Français eux-mêmes qui rétabliront l'ordre chez eux. — L'Angleterre vise principalement la conquête des Colonies françaises et l'empire des mers ; ses dépenses pour 1794.
Dans cette guerre, où les Français devaient être vaincus et qui va se terminer par leur triomphe, les seules préoccupations des alliés n'étaient pas de rétablir en France la monarchie légitime, d'autres intérêts leur tenaient à cœur; c'étaient surtout ceux relatifs à l'obtention de légitimes compensations pour les charges de la guerre en hommes et en argent. Or, la compensation la mieux assurée était celle que pouvait donner le démembrement de la Pologne. De là ces jalousies, à peine déguisées, entre Prussiens et Autrichiens; même entre Anglais et Autrichiens, et sur lesquelles M. de Bray a raison d'insister encore pour bien montrer les causes des échecs de la coalition, qui va subir de graves défaites, alors que tout ce qui se passait en France devait assurer son succès. Les réflexions de M. de Bray sont à cet égard des plus suggestives.
Tandis que l'Angleterre cherche à rallier contre la France les Prussiens et les Autrichiens hésitants, en leur faisant des offres de subsides (négociations de Malmesbury),la Russie s'apprête à envahir la Turquie et masse des troupes en Crimée et en Bessarabie; c'est l'exécution du plan de Catherine qui se poursuit. Mais les troubles qui éclatent en Pologne en mars 1794- (insurrection dirigée par Kosciusko), vont détourner des Turcs Forage qui les menaçait. D'autre part, l'attention de l'Autriche et de la Prusse va se reporter vers les plaines de la Vistule ; de moins en moins donc les alliés — sauf l'Angleterre — pourront se donner entièrement aux affaires de France.
Là, comme l'indique M. de Bray, c'est Robespierre qui est tout-puissant, mais il prévoit sa tin prochaine qui sera le signal de la paix définitive. Car, de même que Robespierre a renversé et livré à l'échafaud Hébert et ses partisans (24 mars 1794) qui, au Comité de Salut public, représentaient le parti violent, et les Dantonistes (5 avril) qui, voyant
que la France en était lasse, voulaient mettre fin au régime de la terreur, il périra, car sa dictature sanguinaire va lui créer des ennemis sans cesse plus nombreux.
La terreur fonctionnera sous Robespierre au profit d'un seul homme et elle deviendra d'autant plus odieuse que le territoire étant délivré, elle ne pourra plus être légitimée, aux yeux de personne, par la nécessité de la défense nationale. Elle sera donc un simple moyen d'oppression, destiné à faire le vide autour du nouveau chef de la France. Robespierre, en même temps, organisera le culte de l'Être suprême pour contribuer à l'amélioration des âmes ; il cherchera ainsi à rehausser son prestige et à dominer les consciences (fête de l'Être suprême, 20 prairial-8 juin 1794). La loi du 22 prairial (10 juin) aggravera encore le régime terroriste, le tribunal révolutionnaire ne pouvant plus prononcer désormais d'autres peines que la mort. Avec cette loi, en 49 jours il y aura 1376 exécutions.
C'est à supposer qu'il voulait se défaire plus aisément de ses adversaires par un immense procès sanglant, et puis, après avoir ainsi fauché autour de lui tout ce qui pouvait lui résister, organiser le règne de la clémence et gouverner pacifiquement. Avec raison, par conséquent, M. de Bray lui prête le désir de terminer la guerre incompatible avec le régime nouveau qu'il préparait. Mais cette paix, les rois d'Europe et notamment le roi de Prusse, ne la concluront pas avec le gouvernement personnifié désormais en Robespierre. Il est vrai que sa chute est proche et qu'il va périr victime de ses excès avant d'avoir pu donner le jour à ses projets de pacification.
27 janvier 1794.
La division, le défaut d'harmonie qui existe entre toutes les puissances sont la cause principale de leurs insuccès contre la France. Elle n'ont jamais déployé toute l'étendue des moyens qu'elles avaient, ni témoigné la bonne volonté qui doit donner la force par l'union. Les suites fâcheuses qui en sont résultées n'ont fait que les aigrir davantage. Aujourd'hui, elles rejettent mutuellement, l'une sur l'autre, le blâme qu'ont encouru leurs fautes combinées.
Les Espagnols et les Anglais ont été sur le point de se battre en quittant Toulouse. Voilà ce qui les a empêchés de faire tout le mal qu'ils pouvaient faire aux républicains. La prise de Saint- Domingue sera un nouveau sujet de discorte entre ces deux peuples.