‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 67 sur 92 · LA PRUSSE RÉCLAME DES SUBSIDES, ETC · texte numérisé non relu

LA PRUSSE RÉCLAME DES SUBSIDES, ETC

Les Hollandais et les Autrichiens se sont, aux Pays-Bas, accablés de reproches réciproques. Le Stathouder a été jusqu'à demander le renvoi du brave Beaulieu. La retraite de Wurmser a fait éclater dans toute son étendue l'animosité des Prussiens contre les Autrichiens et les deux cabinets, imitant les deux armées, s'accusent du mal que cette retraite a produit. Enfin, comme Ton songe avant tout à se payer aux dépens des autres, les deux cours ont fait faire à la diète une déclaration dictée par le même esprit.

La Prusse déclare qu'elle n'a plus le sou, qu'elle ne peut plus nourrir son armée et que si l'Europe ne la nourrit pas, elle la retirera. En conséquence, elle demande 40,000 rations et 80,000 portions par jour. L'Autriche fait une demande analogue. Le ministre de Bohême a reçu le 26 une estafette qui lui donne cette commission. Alors, si l'Empire paie, on se battra encore un an peut-être, puis l'on tâchera d'obtenir des condiiions un peu moins défavorables, sinon il faudra bien faire la paix tout de suite et alors se développera le grand système des dédommagements à prendre en-dedans, puisqu'on ne peut plus espérer de s'en procurer aux dépens de l'ennemi commun.

Le roi de Prusse demande des indemnités de tous côtés ; il réclame, pour frais du siège de Mayence, des sommes à payer par la caisse d'opérations de l'Empire et reproche à l'Autriche d'y avoir pris un million... pour frais du siège de Yalenciennes dont l'Empereur a pris possession en son nom, tandis que l'intention de la loi est que cet argent ne soit délivré que pour frais occasionnés par l'entretien ou la défense des forteresses de l'Empire. Le prince Colloredo a répondu de la manière la plus haute à ces observations. L'Empire est aujourd'hui dans une agitation extrême et les petits princes, dont tous les moyens se dirigeaient vers des dépenses de luxe, se trouvent pris au dépourvu lorsqu'il s'agit de contribuer justement à leur défense immédiate; d'autres ne se dissimulent point qu'ils ont éludé les obligations que la constitution leur impose et tous craignent que le système copartagcant, une fois adopté par les deux grandes puissances alliées, ne les réduise bientôt à un esclavage absolu. 27

Ratisbonne, le 3 mars 1794 (*),

J'ai dit déjà que la monarchie française était immolée dans tous les cabinets. Il se peut que cette expression renferme un peu d'humeur, mais plus je réfléchis, plus je songe à tout ce qui se fait, à tout ce qui se prépare et plus elle me paraît vraisemblable, pour ne pas dire vraie. Je suis intimement persuadé qu'il n'est aucun cabinet qui ne fût bien aise de voir la France obéir de nouveau à un roi, à un descendant de la maison antique qui l'a gouvernée si longtemps, mais cette disposition n'est que secondaire, aujourd'hui ; elle est subordonnée à d'autres considérations, mal déterminées, mal calculées sans doute, qui en empêcheront encore longtemps la réalisation.

On n'a fait qu'un objet secondaire de ce qui aurait dû être le but principal. Depuis la retraite du 28 septembre 1792, un système nouveau a été adopté et suivi partiellement par les puissances suivant la manière dont elles se sont expliqué leurs intérêts. On a oublié qu'il n'existait d'autre moyen de donner la paix à l'Europe que de la donner à la France; que pour parvenir à cette dernière fin, il fallait provoquer par tous les moyens possibles le rétablissement de l'autorité dans les mains de qui elle appartenait de droit, et qu'alors le premier acte d'un gouvernement juste eût été de satisfaire convenablement aux justes offenses dont les différentes puissances avaient à se plaindre.

Au lieu de cela, on a cherché à priver ses alliés des avantages que le sort d'une guerre bien conduite pouvait leur assurer; on a, au milieu d'intérêts déjà si vastes, jeté d'autres intérêts dont la poursuite devait nécessairement faire manquer celle des premiers. On a, d'un côté, effectué des envahissements qui ont fourni une ample et juste matière aux déclamations contre la politique des cours ; de l'autre, on a réveillé d'anciens projets qui menaçaient la liberté de l'Empire. Et, tandis qu'après la prise de Mayence, l'armée seule de Wurmser se consumait en vains elîorts pour assurer à l'Autriche l'Alsace et la Lorraine, les

(1) Au marquis de Bombelles.

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